Le dossier patient Alzheimer

Santé

Le centre hospitalier universitaire de Nice, premier établissement de santé à avoir reçu l’agrément hébergeur de santé fin 2010, vient d’obtenir au 30 août 2011 un nouvel agrément concernant le dossier patient Alzheimer. Philippe Mayer, directeur du Système d’Information du CHU de Nice, répond à nos questions

Weka.fr : Pouvez-vous nous rappeler l’objet du dossier patient Alzheimer, comment est-il construit et quel a été le rôle de la DSI du CHU de Nice?

Philippe Mayer : Dans la cadre du plan national Alzheimer 2008-2012, un certain nombre de mesures ont été identifiées. La mesure 34 a concerné la mise en place d’un dossier de spécialité permettant de structurer une information médicale attachée au patient et, plus particulièrement, le CORPUS qui reprend des items sur lesquels s’appuie la Banque Nationale Alzheimer (BNA) pour le suivi épidémiologique. Cette solution a pour objectif d’équiper l’ensemble des centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR), des centres mémoires (CM) et des cabinets libéraux. La solution repose sur deux outils principaux : Calliope utilisé comme dossier médical par les CMRR et CM pour la transmission anonymisée des données saisies et validées à la BNA (CORPUS)

Il est important de noter que nous avons intégré d’autres solutions déjà présentes dans certains CM, CMRR, comme R@pid. Un existant était déjà présent. Ainsi, il n’était pas souhaitable de le remettre en cause. Nous avons donc normalisé les échanges pour l’envoi des CORPUS entre dossier et BNA. En résumé, nous avons un produit dossier patient Calliope élaboré par la société Kappa Santé, la BNA mise en œuvre par la société Ellipse, complété par quelques dossiers spécifiques. Le rôle du CHU a été de coordonner l’ensemble du projet et de piloter les différents intervenants avec comme objectif de livrer au plus tôt la solution. Lancé en novembre 2008, rédaction d’un cahier des charges, le projet a été opérationnel en octobre 2009. Les premiers centres connectés ont pu ainsi transférer le CORPUS dans la BNA. Deux ans après le lancement opérationnel du projet, la BNA compte 185 000 patients pour 367 000 actes, l’ensemble étant alimenté par 321 acteurs (260 Centres mémoires, 27 Centres mémoire de ressources et de recherche, et 34 spécialistes libéraux).

Weka.fr : Pourquoi votre établissement a-t-il souhaité s’engager sur la voie tracée par le décret hébergeur ?

Philippe Mayer : Cette démarche est liée à plusieurs éléments. Le dossier médical eNadis a été développé par des équipes du CHU avec une forte implication de la DSI de l’époque. Historiquement, le CHU de Nice a été moteur sur ce dossier en proposant, pour certains établissements COREVIH, l’hébergement de l’application et des données. En 2002, l’établissement s’est engagé  sur une refonte complète de son système d’information et a fortement rationalisé et optimisé l’architecture technique lui garantissant une continuité de service. Après avoir analysé le contenu du décret hébergeur, nous avons identifié le fait que nous avions les moyens de répondre et d’obtenir un agrément, de garder à Nice le dossier médical eNadis. Cette réflexion a été renforcée par la volonté en 2009 pour notre établissement de s’investir sur la mesure 34 du projet Alzheimer.

Weka.fr : Le fait d’être hébergeur de données de santé a-t-il été bénéfique pour le CHU de Nice ?

Philippe Mayer : Indiscutablement. Au-delà de l’image très positive qu’a pu nous donner le fait d’être le premier établissement de santé à disposer de cet agrément, nous avons été dans l’obligation, en regard des exigences du décret, de passer au filtre l’ensemble de nos moyens techniques, organisationnels, de nous reposer un certain nombre de questions, de revisiter certaines de nos approches. Nous n’aurions vraisemblablement jamais engagé ce travail si nous n’avions pas eu l’objectif d’être hébergeur de données. Ce projet nous a « tirés » vers le haut.

Weka.fr : Aujourd’hui, êtes-vous sollicité et, si oui, par quel type d’acteurs, quel type de projets ?

Philippe Mayer : Nous le sommes et ce très régulièrement, ce qui a été pour nous une vraie surprise. Les sollicitations viennent  aussi bien de petites structures, de réseaux, de petits établissements, d’entreprises privées que d’organisations plus complexes avec une approche très industrielle. Ces projets couvrent tous les types de besoins, du petit dossier de spécialité à des dossiers plus complexes autour de la télé-radiologie, par exemple. Nous étudions chaque demande.

Weka.fr : Comment avancez-vous sur ces dossiers ?

Philippe Mayer : Très prudemment. Notre priorité reste le pilotage du SIH du CHU. Nous devons être très vigilants sur la charge que peuvent-nous procurer ces nouvelles demandes d’hébergement. Le fait de disposer d’une architecture technique très souple, très modulaire, nous permet de limiter notre investissement en temps humain sans pour autant dégrader le service.

Weka.fr : Pensez-vous que d’autres établissements ont engagé des demandes d’agrément ?

Philippe Mayer : Je pense qu’un certain nombre d’établissements ont pris position sur ce dossier hébergeur et souhaitent disposer de l’agrément, en nombre limité toutefois.

Weka.fr : La publication d’appels d’offres montre, pour de nombreuses structures, la volonté de faire l’acquisition d’une solution globale, à savoir logicielle et d’hébergement : comment expliquez-vous cette tendance ?

Philippe Mayer : Je pense que nombre d’établissements ont identifié le fait qu’ils ne disposaient pas des moyens techniques nécessaires pour accueillir des applications soumises à fortes contraintes ainsi que des compétences indispensables pour piloter mais aussi pour définir et élaborer une architecture. Lié à ces éléments, le coût financier reste très important. On peut penser qu’ils recentrent leurs compétences sur le cœur de métier, à savoir la partie fonctionnelle, en se positionnant comme architecte du système d’information. Je pense que ce sont de très bonnes décisions. On ne peut pas tout faire, il faut le comprendre.

Weka.fr : Allons-nous voir émerger des offres de type « éditeur/hébergeurs » ?

Philippe Mayer : Si cette tendance se confirme, il est préférable d’être prêt en amont et de proposer une offre industrielle correctement structurée techniquement et économiquement, afin de ne pas tomber dans le syndrome de la réflexion après coup ! Ce sont aussi aux industriels éditeurs d’anticiper ces approches.

Weka.fr : En tant qu’hébergeur de santé, le CHU pourrait être un acteur dans ce schéma « hébergement SIH » ?

Philippe Mayer : Il pourrait et il l’est déjà. Nous hébergeons pour notre compte, comme de nombreux établissements, des applications métiers soumises à de fortes contraintes. Étendre l’hébergement d’une application à l’hébergement d’un SIH ou une partie du SIH reste dans la théorie tout à fait réalisable. D’ailleurs, le CHU de Nice dans le cadre de sa participation au GCS hôpitaux pédiatrie CHU-Lenval héberge une partie importante du SIH de ce dernier tout comme le GCS de l’Institut Universitaire de la Face et du Coût (IUFC) GCS entre le Centre Antoine Lacassagne et le CHU. Nous démontrons, au travers de ces deux GCS, notre capacité à aller plus loin dans la notion d’hébergement.

Weka.fr : Les hébergeurs de santé se sont structurés dans une association : l’AFHADS. Êtes-vous présent et quel est le rôle de l’association ?

Philippe Mayer : En tant qu’hébergeur de santé, nous sommes présents dans cette association. Nous allons participer à l’assemblée générale le 5 octobre 2011 à Boulogne. Il est vrai qu’aujourd’hui nous n’avons eu que peu d’échanges avec cette dernière ; notre première participation à l’assemblée générale devrait nous éclairer sur son rôle et celui que pourra tenir le CHU de Nice. Ces associations sont très positives car elles permettent d’échanger entre acteurs venant d’horizons différents.

Posté le 26/09/11 par Rédaction Weka

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