Faciliter la verbalisation de l’action
Le but de l’entretien d’explicitation est de faciliter la verbalisation de l’action par celui qui en a été l’auteur ou s’y est trouvé impliqué. Dans ce cas, c’est l’action elle-même qui est le référent de l’entretien et de ce qui peut en résulter en termes de conseil, d’admonestation, voire de sanction, et non d’abord les intentions qui l’animent ou ses conditions de réalisation. Il ne s’agit pas de savoir le pourquoi ni le comment, mais le quoi : que s’est-il passé ?
Cette amnésie du procédural de l’action est aussi réelle dans le cas d’une action finalisée et inscrite dans un projet (un délégué de classe qui organise une réunion des élèves préalable au conseil de classe) que dans celui d’un événement plus spontané (un professeur qui est victime d’un acte d’incivilité, ou deux élèves qui en viennent aux mains dans un couloir de l’établissement).
Après l’action, il s’agit de passer par une phase de verbalisation au cours de laquelle celui qui s’est trouvé impliqué va devenir conscient de son déroulement qui, en grande partie, lui échappe. Pour ce faire, il a besoin de l’aide et de la médiation de quelqu’un qui va lui faciliter l’accès au vécu de sa propre action.
Remarque
C’est ensuite seulement qu’il sera possible que l’un (l’acteur) et l’autre (l’interlocuteur) prennent position, chacun en ce qui les concerne, par rapport à ce qui s’est passé (pour l’argumenter, le justifier, l’interpréter, le critiquer, voire le sanctionner).
Le faire et le dire
La difficulté de ce type d’entretien provient, d’une manière à peu près symétrique, de l’acteur (celui qui a vécu l’action) et du CPE (qui en a peut-être été observateur et qui, de toute façon, a son point de vue sur la question).
Pour le premier, c’est d’abord une difficulté technique qui renvoie au fait qu’il n’a pas un accès facile à la réalité de sa propre action, justement parce que c’est la sienne et qu’il y est impliqué ; mais c’est également une difficulté d’ordre psychologique : la réticence qu’il peut y avoir à évoquer ce que l’on a fait devant quelqu’un qui peut le juger ou le punir.
Pour le second, la perception ou la représentation de l’action de l’autre est conditionnée par son rôle institutionnel, et limitée par de nombreux filtres plus ou moins implicites (il a peut-être déjà caractérisé tel élève, voire tel enseignant comme « à problème »).
Mettre en place une médiation
Pour que l’entretien soit productif et prenne effectivement appui sur les caractéristiques réelles de l’action (de l’élève, du parent, du collègue), il est donc nécessaire de mettre en place une stratégie particulière pour vaincre les tendances spontanées qui tendent à y faire obstacle, du côté de l’un (l’acteur) comme de l’autre (l’interlocuteur).
Si c’est sur ce qui s’est réellement passé que peut se fonder l’action éducative et/ou répressive, celle-ci ne peut s’amorcer tant que l’acteur lui-même ne s’en est pas approprié les caractéristiques, sur le plan tant de la prise de conscience que de l’acceptation. Pour les raisons évoquées plus haut, il ne peut le faire seul, et le CPE peut alors être la médiation nécessaire entre lui-même et les caractéristiques de son action.
Remarque
De ce point de vie, l’entretien d’explicitation est particulièrement indiqué pour permettre la mise en œuvre du principe du contradictoire dans le cadre de la procédure disciplinaire.