L’exécutif engage son « reset » avec les collectivités locales

Administration

Emmanuel Macron avait promis d’appuyer sur le bouton « reset », selon sa formule : l’exécutif a annoncé vendredi 19 octobre un changement dans sa méthode de concertation avec les collectivités locales, pour tenter d’apaiser les tensions arrivées selon les élus au stade de la « colère ».

Au terme d’un déjeuner avec les présidents de région à Matignon sous l’égide du Premier ministre Édouard Philippe, la ministre des Territoires et des Collectivités Jacqueline Gourault a annoncé la mise en place de rendez-vous réguliers et consacrés à chaque type de collectivités (régions, départements, communes…) et un passage au second plan de l’actuelle Conférence nationale des territoires (CNT).

Ces rendez-vous auront lieu « à peu près tous les deux mois et puis il y aura une rencontre trois fois par an avec aussi le Premier ministre », la prochaine étant envisagée pour « mi-janvier », a dit la ministre MoDem sur le perron de Matignon. Des réunions plus thématiques sont également prévues avec les ministres concernés.

L’actuelle CNT, mise en place par Emmanuel Macron au début du quinquennat, survivra dans sa partie « instance de dialogue ». Mais elle devrait disparaître dans son volet de réunion plénière tous les six mois, jugé inadapté par les associations d’élus.

Cette réorganisation intervient alors que le chef de l’État a promis mardi aux présidents des grandes associations d’élus (AMF, Régions de France, ADF…) un « reset » (remettre à zéro, réinitialiser, en anglais) des « relations avec les territoires ».

Avec la création du ministère de plein exercice de Mme Gourault, regroupant celui de la Cohésion des Territoires avec les collectivités locales qui dépendaient jusque-là de l’Intérieur, le remaniement annoncé mardi 16 octobre a voulu donner un signal aux élus locaux.

« Nous partons sur de nouvelles bases, un dialogue régulier, constructif », a estimé Mme Gourault. « Discussion franche (…) J’en retiens une volonté partagée de construire ensemble une nouvelle méthode de travail », a tweeté Édouard Philippe.

Le président de Régions de France, le centriste Hervé Morin, s’est dit « satisfait » de la volonté du gouvernement « de reprendre un dialogue que nous n’avions pas connu depuis 18 mois ».

« L’appel de Marseille » est « remonté à Paris », s’est-il réjoui, en référence à l’appel des trois grandes associations d’élus lancé fin septembre contre « la recentralisation » dont ils accusent l’exécutif Macron. « Dommage qu’il ait fallu une telle colère pour qu’on en arrive là ».

Le contentieux État-collectivités a été nourri ces derniers mois par plusieurs dossiers : coupes dans les emplois aidés, coût exponentiel des aides sociales pour les départements, suppression de la taxe d’habitation, limitation des dépenses des principales collectivités ou encore limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires.

Dernière polémique en date : le hashtag #Balancetonmaire, animé par des militants LREM, pour dénoncer les 6 000 maires qui ont augmenté les taux de leur taxe d’habitation.

Une « méthode de voyou qui a consisté à faire de la délation administrative, organisée par le ministre du Budget » Gérald Darmanin, a tonné M. Morin dans Le Parisien.

S’il reconnaît l’effort demandé aux collectivités pour restaurer les finances publiques, l’exécutif souligne que les dotations de l’État aux collectivités n’ont pas baissé et accuse les présidents d’associations d’élus de « postures » politiciennes.

François Baroin (AMF), Dominique Bussereau (ADF) et Hervé Morin (Régions de France), qui font front commun, ont été tous trois ministres sous l’ère Sarkozy et ne comptent pas faciliter la tâche du « nouveau monde » macroniste, souligne-t-on du côté du gouvernement.

« Il n’y a aucune posture politicienne. Chaque semaine ont lieu des rassemblements d’élus exaspérés, qui ont très largement voté pour Emmanuel Macron », s’est défendu M. Morin vendredi.

Un volet semble en revanche loin de se réchauffer : la Corse. Présent mardi avec la plupart des présidents régionaux – le patron de LR Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse étaient absents – le nationaliste Gilles Simeoni a fait état de ses mauvaises relations avec le gouvernement. « Pour l’instant on n’est pas malheureusement dans une logique de dialogue », a lâché le président de l’exécutif régional corse.

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