Le gouvernement se penche sur le « coworking » pour l’utiliser à ses fins

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Après avoir fait émerger de nouveaux acteurs immobiliers et séduit plusieurs promoteurs, le « coworking » peut-il servir les objectifs de l’État ? Désireux de ranimer des régions délaissées, le gouvernement va subventionner le développement d’espaces de travail partagés.

L’exécutif va « mettre de l’argent significativement : (…) 60 millions d’euros de l’État » dans une « politique publique d’aménagement des espaces de coworking et des tiers lieux », a déclaré le 19 septembre Julien Denormandie, secrétaire d’État à la Cohésion des Territoires, lors de la présentation d’un rapport commandé par le gouvernement.

Au sens strict, le coworking, apparu dans les années 2000 aux États-Unis, est un marché immobilier dont les opérateurs proposent de vastes espaces de travail, partagés entre de nombreux clients aux activités différentes. En France, la plupart des acteurs se concentrent sur Paris et sa banlieue proche. C’est le cas de l’antenne française de WeWork, pionnier américain du secteur qui vaut une vingtaine de milliards de dollars huit ans après sa naissance, ou de Nextdoor, porté par le constructeur Bouygues et l’hôtelier AccorHotels.

Les visées du gouvernement vont à l’encontre de la réalité très urbaine de ce marché : il y voit un outil pour ranimer l’activité de régions délaissées, de même qu’il a déjà promis cinq milliards d’euros pour revitaliser les centres de 200 villes moyennes et veut couvrir tout le pays en très haut débit numérique d’ici à 2022.

Ce grand écart passe par une redéfinition. Paradoxe pour une « mission coworking », le rapport présenté mercredi 19 septembre écrit dès son introduction que « le coworking n’est certainement pas la forme adéquate pour redynamiser tous nos territoires ». Réalisé par Patrick Levy-Waitz, président d’une fondation consacrée aux nouveaux modes de travail, le rapport choisit une définition bien plus lâche, qui lui permet de décompter 1 800 espaces en France.

Qualifiés de « tiers lieux » – car à mi-chemin entre travail et entreprises -, ils comprennent par exemple des « fab labs » : ces lieux mutualisent l’utilisation de machines comme des fraiseuses ou des imprimantes 3D.

« Fabriques des territoires »

« Le terme coworking, là où je l’assume pleinement, c’est travailler avec les autres », a expliqué à l’AFP M. Denormandie. « Ce qui unit tous ces différents sites, c’est qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de volonté d’être indépendant et, pour autant, une peur totale de faire tout cela seul ». Pourquoi, face à l’émergence naturelle de ces lieux, passer par la puissance publique ? M. Denormandie, qui compte sur 50 millions d’euros d’investissements privés à côté des subventions de l’État, assure ne pas s’inscrire dans une vision planificatrice, alors qu’il souhaite voir émerger quelque 300 « fabriques des territoires ».

« En France, sans une dynamique forte de l’État, parfois, on a du mal à enclencher certains sujets », estime auprès de l’AFP Séverin Naudet, qui a mené l’implantation en France de WeWork et est aujourd’hui l’un des dirigeants du cabinet Amaris.

« Il y a un foncier dormant public énorme : l’État a des leviers pour dire à certains organismes publics de s’engager », cite-t-il comme exemple, évoquant non seulement les collectivités locales mais aussi des entreprises comme la Poste. Reste la place à donner aux acteurs qui ont réellement développé ces dernières années le marché : les opérateurs, comme WeWork ou Spaces, et les promoteurs. Le rapport évacue le sujet en n’y voyant qu’une partie « émergée de l’iceberg ».

« Il faut aussi des grands opérateurs qui amènent des investisseurs et des lieux qui sont rentables », prévient auprès de l’AFP Christophe Burckart, directeur général pour la France de la multinationale IWG, propriétaire de Spaces. « Moi j’aimerais bien ouvrir un restau demain, je ne suis pas sûr que je pourrai le faire… Si vous regardez la réalité, ceux qui apportent les investissements structurés et massifs pour que ces initiatives soient pérennes, ce sont de grands opérateurs, nationaux ou internationaux », insiste-t-il.

Signe que le marché peut s’étendre naturellement au-delà des abords immédiats de la capitale, son groupe exploite des espaces dans le Val-d’Oise et hors de l’Île-de-France, à Beauvais (60). Certes, le projet est passé par une coentreprise avec une institution publique, la Caisse des dépôts. « On sait que le marché existe : on l’aurait fait seuls parce qu’il y a un besoin », conclut M. Burckart, tout en soulignant que la présence de la Caisse est « clairement un plus ».

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