Cinq ans du Louvre-Lens : un pari culturel réussi, un impact limité pour le bassin minier

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Les attentes étaient immenses, les retombées cinq ans plus tard le sont moins. Le Louvre-Lens, qui fête son anniversaire, a réussi le pari de la démocratisation culturelle dans un territoire frappé par la pauvreté, mais peine encore à stimuler l’économie locale.

Le petit frère du Louvre, dont le site avait été choisi dès 2004 et aura nécessité 200 millions d’euros, célèbrera les cinq ans de son inauguration le 4 décembre, jour de la fête des mineurs.

Cet élégant et lumineux musée de verre et d’aluminium poli bâti sur un ancien carreau de mine, œuvre du célèbre cabinet d’architecture japonais Sanaa, aura accueilli 2,8 millions de visiteurs, après un pic à 870 000 en 2013 avant de se stabiliser autour de 450 000. Soit la 3e fréquentation d’un musée en province, derrière le Mucem (Marseille) et Confluences (Lyon).

« L’enjeu était de capter un public plus difficile à attirer, pas forcément le plus aisé ni le plus riche, et local, sans abaisser le niveau d’exigences. Nous avons marqué des points », se félicite la directrice Marie Lavandier, qui prépare des expositions sur la peinture polonaise et la couleur noire en hommage aux « gueules noires ».

Plus de 83 % des visiteurs sont français, en majorité de la région, et environ 18 % sont ouvriers et employés, selon le musée.

Sur 8 700 m2, le Louvre-Lens a proposé onze expositions temporaires payantes d’envergure internationale, soit plus de 3 200 œuvres venues du Louvre, de New York ou de Londres.

La Galerie du Temps, immense espace en longueur retraçant 5 000 ans d’histoire, gratuite en 2013, n’est, elle, finalement jamais devenue payante. « Ce serait en contradiction flagrante avec l’enjeu de démocratisation culturelle », justifie Mme Lavandier, citant une étude selon laquelle un tiers de ses visiteurs ne seraient pas venus en cas de tarification.

Un pari financier : avec un budget de 15 millions d’euros, dont 2,5 millions d’euros d’autofinancement, le musée doit trouver un équilibre, le reste étant subventionné par les collectivités locales.

Partenariat avec les prisons

Le musée tente ainsi par tous les moyens d’attirer un nouveau public : partenariats avec les hôpitaux et les prisons, médiations pour le jeune public et les familles, 67 000 élèves, dont la moitié originaires du Pas-de-Calais, accueillis annuellement… »C’est un musée qui  se veut pour son territoire, » analyse Xavier Greffe, professeur d’économie culturelle à Paris I.

Mais avec seulement 17 % de visiteurs étrangers, de surcroît originaires principalement du proche Benelux, l’impact sur l’économie locale reste limité : « Non seulement il n’y a pas de visiteurs étrangers, mais ils ne restent pas à Lens », relève-t-il.

Selon un rapport de l’urbaniste Jean-Louis Subileau, Arras et Lille, hors de l’ex-bassin minier et son taux de pauvreté à 23,1 %, sont les principaux bénéficiaires des retombées hôtelières.

Pas de baguette magique

« C’est un projet qui sort des ornières habituelles. On met, à dessein, un grand projet dans un lieu de pauvreté et de pauvreté culturelle. Ça ne peut pas transformer le territoire d’un coup de baguette magique », souligne M. Subileau.

Avec l’exposition Rubens qui avait attiré énormément de Belges, « on était un peu dans l’euphorie la première année », se rappelle Bruno Rosik, restaurateur et vice-président de la CCI Artois. Mais depuis, « les retombées ne sont pas à la hauteur de cet espoir ».

La directrice de la mission bassin minier Catherine Bertram estime cependant que « le Louvre a été un catalyseur ». « On ne peut pas dire qu’on a repeint en rose les volets des cités minières mais on a des signaux positifs », insiste-elle, rejetant la comparaison avec Bilbao, qui a pris un essor remarquable depuis l’installation du musée Guggenheim.

« Bilbao est une exception », confirme Jean-Michel Tobelem, professeur associé à Paris-I, qui regrette néanmoins un impact limité sur l’économie locale et la localisation excentrée du musée.

Certains signes incitent toutefois à l’optimisme : des guides touristiques sur le Louvre-Lens et le bassin minier ont vu le jour, un hôtel 4 étoiles est prévu en 2019, tout comme le pôle de conservation de 250 000 œuvres du Louvre, à Liévin, tout près du musée.

« Des promoteurs privés viennent sur notre territoire, sans le musée il n’y a aurait pas eu cet intérêt », assure le maire PS de Lens et président de l’agglomération Sylvain Robert.

Bernard Masset, délégué général d’Euralens, association créée en 2009 pour gérer les retombées économiques, donne lui rendez-vous dans cinq ans. « Le Louvre a marqué l’évolution du territoire, même si tout n’est pas encore visible et une insatisfaction demeure chez les habitants. Il faut du temps ».

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Posté le par Rédaction Weka

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