En banlieue de Paris, protéger la biodiversité au milieu des cités

Développement durable

À l’ombre des tours de cités, des parents surveillent leurs enfants qui jouent dans des parcs de la banlieue nord-est de Paris. Sans se douter que ces espaces verts, d’où l’on entend souvent une autoroute voisine, sont aussi un lieu important pour la préservation de la biodiversité.

Ce site, unique en Europe, qui regroupe 15 parcs et forêts du département de Seine-Saint-Denis forme un site bénéficiant du classement Natura 2000, réseau de plus de 27 500 lieux à travers l’Union Européenne destiné à protéger espèces et habitats représentatifs de la biodiversité du continent. Mais c’est le seul entièrement situé en zone urbaine très dense.

Cette question de la place de la nature en ville sera d’ailleurs au menu du Congrès mondial de la nature de l’UICN qui s’ouvre vendredi 3 septembre à Marseille.

Le site du « neuf-trois » – comme est surnommé le département le plus pauvre de France et avec la population la plus jeune du pays – vise à protéger 12 espèces d’oiseaux, dont certains menacés.

Un « double pari », du fait de cet environnement particulier et de l’éclatement des sites, qui abritent des zones humides, forestières et ouvertes, souligne Gaëlle Stotzenbach, directrice de la nature, des paysages et de la biodiversité au Conseil départemental, structure « animatrice » du réseau.

Certaines des 12 espèces nichent à demeure, d’autres migrent, « les plus fragiles et sensibles aux milieux », souligne la responsable, affichant l’objectif « d’arriver à maintenir ces populations fragiles », voire d’attirer de nouvelles espèces, en préservant ces lieux naturels ou semi-naturels.

« Ces espaces péri-urbains sont un peu une aire d’atterrissage d’urgence », notamment pour migrateurs, détaille Vincent Gibaud, directeur du parc du Sausset, 200 hectares entre les villes de Villepinte et Aulnay-sous-Bois, observant un espace de marécage derrière une palissade d’observation.

Soudain ses jumelles se braquent sur la trajectoire rapide d’un petit oiseau au long bec et au ventre jaune. Un blongios nain, le plus petit héron d’Europe. « On a de la chance de le voir ». Moins d’une demi-douzaine de couples sont répertoriés sur le site.

Pique-nique

La zone de marais, un peu plus d’un hectare, a été « complètement créé par des paysagistes », lors de l’aménagement du parc il y a une quarantaine d’années. « Un endroit sauvage au milieu d’un espace surtout dédié aux loisirs et aux jeux, les gens qui viennent pique-niquer ne savent souvent pas ce qu’il y a derrière » les hautes haies qui le protègent.

Il est géré comme un milieu naturel où « on ne pénètre qu’au mois d’octobre pour les travaux d’entretien, entre le départ des jeunes et le retour des migrateurs », explique Vincent Gibaud.

Car les équipes doivent aussi veiller à maintenir les meilleures conditions d’accueil et de séjour à leurs hôtes ailés.

Au Sausset, la « structure paysagère » de certains milieux ouverts est ainsi travaillée pour favoriser l’existence de la pie griéche, dite « écorcheur ». Taille de la végétation pour l’empêcher de se « refermer » et préservation de plantes épineuses sur lesquelles ce petit passereau vient piquer ses proies pour se constituer un garde-manger.

« Pour le public ça ne change pas grand chose, mais pour les espèces c’est hyper important », souligne Vincent Gibaud.

Une illustration d’un des grands enjeux du site, au delà de la seule conservation : la cohabitation avec les habitants de ces banlieues pour qui ces espaces verts constituent des  zones de respiration indispensables.

Concilier les usages

« On recherche une gestion harmonieuse, on n’est pas là pour fabriquer un espace sous cloche mais pour concilier les usages », souligne Gaëlle Stotzenbach. D’autant que depuis le premier confinement, pendant lequel les parcs maintenus fermés ont connu un record « d’intrusions », la fréquentation a augmenté de 30 %.

En plus du grand public, le site Natura accueille des visites de scolaires ou de groupes. Et le parc du Sausset abrite aussi un jardin partagé et une vigne produisant vin, jus de raisin et fruits secs. Une ferme maraîchère et une pépiniériste sont en cours d’installation.

« Les milieux urbains sont un potentiel formidable à récupérer » pour la biodiversité, se réjouit Allain Bougrain-Dubourg, l’emblématique président de la Ligue de protection des oiseaux, qui organise régulièrement des visites du site de Seine-Saint-Denis.

« Il faut développer ce type d’espaces, avec des aménagements, parfois des petits gestes très simples, qui peuvent être reproduits un peu partout et sont extrêmement efficaces ».

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