Raynald Maheut : “Une fois le territoire fibré, plus de télétravailleurs viendront s’installer” (2/2)

Développement territorial

Deuxième partie de notre entretien avec Raynald Maheut, Vice-Président en charge du Développement Économique et de la Pêche de l’Agglomération « Fécamp Caux Littoral ».

Vous êtes-vous sentis seuls face à la crise ?

Raynald Maheut

Raynald Maheut

Non car nous avons pu travailler de façon partenariale avec différentes autres institutions. Outre les CCI, nous avons pu agir avec la région Normandie qui est un acteur incontournable en matière économique. D’autant plus que Madame le Maire siège à l’ADEN, l’agence de développement économique de Normandie, et qu’elle est présidente de la foncière sur le territoire de Fécamp. Cette double responsabilité a grandement facilité les contacts. Enfin, le sous-préfet à la relance est venu présenter le plan de relance en avril, afin que le service devéco puisse en faire la promotion et s’en emparer pour accompagner les entreprises.

Doit-on comprendre que vous bénéficiez vous-même du plan de relance ?

Afin d’accompagner l’emploi des jeunes, la collectivité va lancer des recrutements Parcours Emploi Compétences dans le cadre du dispositif #1jeune#1solution. Or celui-ci s’inscrit bien dans le cadre du Plan de Relance et se concrétise par un soutien financier de l’État.

C’est également toujours dans le cadre de ce plan que l’Agglo travaille actuellement à la rédaction de son contrat de relance et de transition écologique (CRTE) et de ses orientations stratégiques prioritaires. Le CRTE comprend un volet PCAET (Plan Climat Air Énergie territorial), qui entre dans sa phase de concertation avec les partenaires et la population pour définir les actions et priorités à mettre en œuvre, en lien avec les éléments de diagnostic, afin de lutter localement et collectivement contre le réchauffement climatique.

Est-ce à dire que le pari tendant à profiter de la crise sanitaire pour accélérer la transition écologique a du sens au niveau de votre territoire ?

La transition écologique et énergétique est au cœur du projet de notre territoire, emblématique des énergies renouvelables avec le chantier en cours du parc éolien en mer de Fécamp. Elle est, de ce point de vue, déjà créatrice d’emplois sur notre sol.

On le sait car la ville s’est dotée d’un bureau municipal de l’emploi qui contribue à faire de l’insertion dans les entreprises ayant remporté les appels d’offres.

Comme vous le savez sans doute, certains emplois peuvent en effet être réservés à l’insertion dans les marchés publics. Pour s’acquitter de sa mission, le bureau travaille avec la mission locale et Pôle emploi dans le but d’aider les entreprises à trouver la main-d’œuvre dont elles ont besoin, par exemple en maintenance ou méthanisation. Quand un chef d’entreprise projette de s’installer sur le territoire, l’action du bureau contribue à finir de le décider, en le rassurant sur sa capacité à trouver les salariés dont il aura besoin. J’ai en tête l’exemple récent d’une entreprise qui cherchait 50 salariés pour s’implanter dans les environs de Fécamp : Wecycling (ex-Morphosis), une société spécialisée en recyclage de métaux, s’est installée à la campagne, sur l’ancien site de la bénédictine, et cherche encore à s’agrandir. Franck Riester, le ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité, est venu pour la rencontrer car il s’agit d’une entreprise innovante.

D’autres activités en lien avec la méthanisation se développent : deux usines sont déjà en service et une troisième va se créer sur le territoire de l’agglo de Fécamp. Elles sont dirigées par un agriculteur qui fabrique du gaz à partir des déchets verts ou des animaux et le revend à GRDF.

Quels sont les grandes dynamiques de votre territoire et vos principaux projets actuels ?

Les menuisiers sont aujourd’hui débordés. Jamais autant de piscines n’ont été construites sur Fécamp. Le secteur immobilier a été boosté depuis la première vague. Une maison qui se vendait 200 000 euros au début de la crise se vend désormais 300 000. On s’attend à ce que le mouvement s’amplifie, du fait de la révolution culturelle qui s’amorce, en partie liée au télétravail. Une fois que le territoire va être fibré, on anticipe que plus de télétravailleurs viendront s’y installer. Seine-Maritime numérique, l’agence dédiée du département en charge de l’installation de la fibre en zone rurale, a pris du retard dans la réalisation des travaux sur l’agglo mais les choses devraient se terminer d’ici 2022. Le territoire devrait ainsi gagner en attractivité à cette date car, Fécamp ayant très peu de disponibilités foncières, les familles s’installent plutôt en zone rurale. Ce qui n’empêche pas la ville d’avoir un plan important d’habitats neufs, même si on a très peu de marge de manœuvre. Car le temps du public n’est pas celui du privé. Les réalisations prennent du temps.

Je voudrai enfin dire que l’agglomération a créée en 2015 un Groupe d’Action Locale Pêche Aquaculture (GALPA) financé par le FEAMP, un fonds européen.

Sur un dispositif, dont l’enveloppe était de plus de 1 million d’euros (Fonds Européens et fonds Région), nous avons pu à la fin du dispositif en 2021 consacrer l’ensemble de cette enveloppe sur des projets afin de favoriser le territoire, tant sur le monde de l’entreprise, le monde de la pêche, le monde touristique, bref tout ce qui est en lien avec la mer. Le plus grand projet et le plus innovant a été le financement pour le lycée maritime de Fécamp avec la construction d’un bateau école, bateau réalisé par une entreprise de la Région, puisque le chantier était à Dieppe.

Même si la Seine-Maritime est assez mal organisée pour récupérer ce genre de fonds européens, on re-candidate en 2022 tout en agrandissant le périmètre de l’opération : on a « vendu » notre projet à un territoire voisin, la communauté de communes de la côte d’Albâtre. Nos territoires sont proches, notre fonctionnement aussi, proche de celui d’une PME : nos services sont réactifs et nos élus impliqués au quotidien. Cette alliance va permettre de développer de nouveaux projets en lien avec l’économie bleue.

Propos recueillis par Fabien Bottini, consultant qualifié aux fonctions de Professeur des Universités

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