Thierry Chrétien : “L’offre de logement est le complément inévitable de l’offre économique” (1/2)

Développement territorial

Première partie de notre entretien avec Thierry Chrétien, maire de Saint-Denis-de-Gastines, Vice-président en charge de l’urbanisme de la Communauté de Communes de l’Ernée.

Saint-Denis-de-Gastines est une commune rurale de plus 1 500 habitants. Peut-on dire que la commune a, du fait de sa ruralité, une longue expérience des transitions économiques ?

Thierry Chrétien

Thierry Chrétien

Effectivement, car la commune a dû, au cours de son histoire, s’adapter à plusieurs reprises à la disparition d’activités qui étaient jusque-là le moteur de sa croissance. Aux XVIIIe-XIXe siècles, la ville tirait ses revenus de l’industrie et de l’agriculture. Sur le plan industriel, c’était un territoire de tisserands qui comportait une usine de vêtements. Il y avait en outre 3 carrières de pavées dionysiens. 200 personnes y travaillaient. Mais celles-ci ont fermé en 1939 et l’activité s’est arrêtée après la seconde Guerre mondiale, du fait du développement du transport par route financé par le plan Marshall qui a avantagé d’autres modes de supports routiers, tel que le macadam. Dans les deux cas, l’évolution technologique a ainsi fait que les activités existantes ont disparu au profit d’autres choses.

C’est toutefois dans le même temps un territoire agricole qui vit depuis longtemps du produit de la terre avec cette particularité que sa superficie est très grande. Pour vous donner un ordre d’idée, aujourd’hui encore, c’est une commune de 4 875 hectares. C’est la superficie de Reims organisée autour d’une diagonale de 16 km. Cette agriculture a eu un âge d’or à partir de 1880 avec la création de la ligne de chemin de fer Mayenne-Fougères qui reliait Paris. Beaucoup d’exploitations agricoles avec beaucoup d’élevage se sont maintenus par la suite sur le territoire. Encore aujourd’hui, c’est le secteur du département où il y a le plus d’élevage en production laitière. Mais l’activité a malgré tout pâti d’un double phénomène : de celui des quotas laitiers tout d’abord à partir de 1984 ; de celui de la fermeture de la ligne de chemin de fer en 1987 ensuite. Il ne faut toutefois pas forcément voir ces évènements comme des catastrophes. Car la commune tire de son histoire des fondations solides qui en font un territoire résilient.

L’agriculture et l’artisanat demeurent une source d’activité importante pour la circonscription. Comment l’expliquez-vous ?

Oui car les exploitations agricoles restantes ont su diversifier leur production. À la production laitière s’est ajoutée la production céréalière, principalement le blé. Il y a également un peu de production hors sol porcine et volaille. Depuis 4-5 ans un nouveau mouvement arrive : celui des fermes bio. Ce sont des fermes plus petites de 40 hectares. Pour le territoire, cette activité agricole représente au total de 2 à 5 personnes par exploitation, soit peut-être 150 emplois en tout. Le para-agricole est aussi présent lié au tissu de production, des entreprises agro-alimentaires, usine d’aliments du bétail ; commerce d’engrais et de semences ; produits de nutrition ; et le stockage pour la récolte des céréales.

De même, il y a toujours eu une forte volonté politique de faire des bâtiments relais pour les industriels afin de les attirer sur le territoire. En 1973, le premier acteur arrivé était la société Deschamps, entreprise de charpente et couverture. Aujourd’hui, elle emploie encore 49 personnes. Tous les corps de métiers du bâtiment étaient par ailleurs présents à Saint-Denis. Les maçons ont certes disparu de nos jours mais on a encore 4 charpentiers et les artisans et commerçant représentent environ une cinquantaine d’emplois.

Comment la commune s’y est-elle prise pour conserver ou attirer de nouveaux opérateurs économiques sur son territoire à la suite de la perte de ses activités historiques ?

La destruction d’activités liée au progrès technologique s’est répétée à plusieurs reprises dans l’histoire de la commune, ce qui se ressent dans l’évolution de sa démographie. En 1968, elle comptait 2 000 habitants contre 1 500 aujourd’hui comme vous l’avez rappelé. Alors que c’était dans les années 1960 une commune moyenne avec une forte densité de population dans son agglomération, elle a perdu près d’un quart de ses habitants par la suite.

Pour faire face à ce phénomène, deux choix stratégiques ont été faits pour renforcer l’attractivité du territoire. Tandis que le premier a consisté à promouvoir le monde associatif, le second a visé à développer et soutenir les acteurs économiques et à diversifier les infrastructures, tel que les gites de groupe pour les touristes et d’étape pour les professionnels.

La commune de Saint-Denis-de-Gastines est connue au niveau national pour son festival de musique « Aux foins de la rue ». Est-ce véritablement une source de retombées économiques directes et indirectes pour le territoire ?

Le succès de festival doit être mis en perspective avec les efforts déployés par mes prédécesseurs pour susciter une culture associative au niveau communal.

C’est en 1967 qu’a été créé le premier comité des jeunes sur le territoire. Ce qui veut dire – il faut le souligner – que Saint-Denis s’est préoccupé de ses jeunes avant le mouvement de mai 68. Cela a permis aux habitants de s’initier et de prendre goût au bénévolat. Par la suite, les fêtes communales ont joué un rôle très important dans la cohésion sociale et le développement de l’économie locale dans les années 70. La Fête de la moisson réunissait encore 6 000 personnes tous les 2 ans dans les années 1980 grâce au soutien d’associations dynamiques, tel que l’orchestre d’harmonie de musique, qui ont toujours cherché à favoriser le développement culturel.

C’est en 1999 qu’une nouvelle association baptisée « Le foin de la rue » a vu le jour sur le territoire avec la volonté de développer des activités plus tournées vers les jeunes. L’association a pris l’initiative de la création d’un festival de musiques actuelles en 1998-1999 au moment de la fête de la musique, la commune mettant à disposition un grand espace pour les différents événements, et les accompagnant avec ces agents municipaux et d’équipements. De fil en aiguille, le festival a pris de l’ampleur. Avant la crise sanitaire, 16 000 festivaliers venaient sur le territoire assister à l’évènement le vendredi-samedi du 1er week-end de juillet. Si 1 200 bénévoles concourent au succès de l’opération, celle-ci est également facilitée par les subventions locales versées par la commune à hauteur de 8 500 euros, et de la communauté de communes de l’Ernée à hauteur de 35 000 euros, sans compter les subventions du département et de la région. Ce qui se justifie par le cercle vertueux que la manifestation crée entre le culturel et l’économique : les retombées économiques directes et indirectes pour la commune et les alentours du festival ont avant la crise été estimées à près de 300 000 euros.

Dans le même ordre idée, le vélo club gastinais a créé un événement sportif unique en France en 2017 : un Endurathlon, une compétition sur 24 heures de relais de courses à pied et VTT au sein du bourg.

Les initiatives des acteurs associatifs présents sur le territoire de la commune contribuent à la faire connaître. Comment a-t-elle fait pour capitaliser son potentiel touristique ?

La commune bénéficie d’un tourisme « vert ». Des particuliers ont pris l’initiative de développer leurs propres gites. Mais la commune a parallèlement fait le choix en 2002 de racheter et de transformer un château qui appartenait à une association en un gîte communal avec l’aide de la communauté de communes, puisque le tourisme est une compétence partagée.

L’intercommunalité a ainsi financé une partie du projet et la commune a fait l’investissement. Ce  choix s’explique dans la mesure où il y a un manque d’hébergement en Mayenne. Toute l’énergie communale a toutefois été mise au moment de la création du lieu. Car par la suite sa gestion a été confiée à l’association du gîte du château du bourg. La commune n’est ainsi pas directement gestionnaire du lieu.

Mais ce dernier a un budget à l’équilibre puisqu’il accueille en moyenne 4 200 personnes par an une année normale, sachant qu’il a une capacité d’accueil de 25 chambres. Ce qui donne une idée de son attractivité. En période d’été, il fait gîte de groupes mais le reste du temps c’est un gîte d’étape pour les professionnels.

Pour le développement de la LGV, beaucoup de travailleurs sont ainsi venus y séjourner pour bénéficier de tout l’écosystème économico-culturel qui l’entoure. Encore aujourd’hui, beaucoup de commerciaux et d’artisans le fréquentent. Sans surprise, le gîte contribue par son activité au développement économique local de par les retombées pour les commerçants de Saint-Denis puisque les personnes qui viennent consomment sur place auprès d’eux.

Dans le même état d’esprit, on nourrit actuellement un projet de logement partagé face à l’école. Le public cible vise des jeunes de 20 à 25 ans. Chacun aura sa propre chambre mais tous devront partager les espaces de vie. Ce projet se justifie car beaucoup d’apprentis ou de services civiques viennent travailler sur le territoire. L’intérêt immédiat du dispositif est ainsi de pouvoir leur offrir un loyer modéré. Au-delà, le projet repose sur un constat simple : l’économie sans l’habitat ne peut fonctionner en ce sens que l’offre de logement est le complément inévitable de l’offre économique.

Propos recueillis par Fabien Bottini, consultant qualifié aux fonctions de Professeur des Universités

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