Thierry Chrétien : “le tiers lieu est un projet très intéressant pour l’État, puisqu’il coche la case numérique et environnementale” (2/2)

Développement territorial

Deuxième partie de notre entretien avec Thierry Chrétien, maire de Saint-Denis-de-Gastines, Vice-président en charge de l’urbanisme de la Communauté de Communes de l’Ernée.

Comment vous est venue l’idée de créer un tiers-lieu dans le centre-bourg ? Quelles retombées en attendez-vous ?

Thierry Chrétien

Thierry Chrétien

En 2014, dans le cadre de la recomposition du conseil municipal, il y a eu une volonté politique de travailler sur la revitalisation et la redynamisation du centre bourg. Des études ont été faites avec le Conseil Architecture Urbanisme Environnement (CAUE) local pour examiner l’état du territoire. On a notamment fait un atelier d’architecture rural (workshop) avec des étudiants architectes de Belleville pour étudier les entrées de bourg, les dents-creuses, l’aspect paysager… Un échange avec les citoyens a montré qu’un projet pouvait être intéressant avec l’association « Le foin de la rue » en vue de la création d’un tiers lieu. C’est le point d’ancrage de la réflexion de ce projet. Suite à un appel d’offre, le cabinet Retiss a été recruté pour faire une étude de faisabilité. Le projet coûtait au départ 1,5 million d’euros et était financé à 80 %, soit 1,2 million d’euros, par des subventions. Il devait être finalisé pour 2021 avant la crise.

Du fait de cette dernière, l’échéance est reportée à avril 2022. Il y a évidemment un surcoût lié aux évènements, du fait de la hausse du prix des matières premières dans le BTP, mais qui a été compensé par des subventions supplémentaires, notamment du plan de relance. La commune a déposé un dossier de demande de subventions de DSIL grande priorité (dotation de soutien à l’investissement local) et obtenu 248 000 euros. D’autres subventions complètent le plan de financement à l’investissement du projet. Elles viennent de la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) : 300 000 euros, du contrat régional : 176 000 euros, du contrat départemental de la Mayenne : 375 000 euros, ainsi que de l’Ademe. Ce qui s’explique dans la mesure où le tiers lieu est un projet très intéressant pour l’État, puisqu’il coche la case numérique – dans la mesure où l’action d’aidants connectés aidera à lutter contre la fracture numérique et environnementale – dans la mesure où il sera chauffé par un réseau de chaleur. Ce dernier point est un autre dossier préparé avant la crise mais qui a bénéficié des critères environnementaux du plan de relance. Il le finance à hauteur de 117 000 euros, sachant que ce réseau chauffera, outre le tiers lieu, l’école et l’habitat dans l’école avec des granulés. À cela s’ajoute le fait que Saint-Denis est reconnu en tant que fabrique de territoire. Le label est octroyé par le ministère de la Cohésion des territoires sous l’autorité de la ministre Jacqueline Gourault. 150 tiers-lieux en France seront lauréats dans les territoires ruraux. À ce titre, la fabrique aura au total 150 000 euros sur 3 ans de subvention en fonctionnement.

À terme, le tiers lieu accueillera l’espace de travail partagé, c’est-à-dire de coworking. Sans attendre son ouverture, on a d’ailleurs commencé à accueillir des téléweurs (ou télétravailleurs) à la mairie pour répondre à une demande et créer une dynamique. Mais le lieu accueillera aussi des associations « couture » qui contribueront au développement de l’esprit de convivialité et de partage. Il devrait aussi accueillir une salle de visioconférence à multi-usages ; un espace cuisine ; un fablab ; un espace couture ; une cabane à dons et un repair café et intégrera peut-être le jardin partagé, la plupart de ces activités étant déjà existantes.

Certaines illustrent, il faut le souligner, le lien possible entre l’économie et l’écologie. La liste des activités offertes aux usagers du lieu n’est toutefois pas figée. Ce sont les acteurs qui l’arrêteront et la feront évoluer dans le temps au gré des besoins et des attentes de ces usagers. Fort du retour d’expérience du gîte du château du bourg, le lieu sera en effet géré à terme sous forme soit d’association soit de SCIC.

Avez-vous déjà pu constater des retombées positives de vos différents projets en termes d’attractivité économique du territoire ?

Oui, car depuis 4 ans, on assiste à une grosse évolution de l’offre en termes de prestations de service : en 2011, on a voulu faire, avec l’aide de l’intercommunalité propriétaire du bâtiment, une pépinière d’entreprise pour réhabiliter une ancienne usine de couture. Or, conjugué aux autres, ce projet a porté ses fruits, puisqu’une orthophoniste, une relaxologue, une esthéticienne, un ostéopathe, une diététicienne occupent les locaux. Dans le même espace, une entreprise d’électricité-plomberie-chauffage et une supérette se sont installés.

Mi-septembre 2021, un médecin de 29 ans devrait également arriver : on a été le chercher en Espagne grâce à une agence d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques). Le maire doit valoriser les atouts d’attractivités de sa commune pour accueillir et pérenniser les différents acteurs et familles. Le coût pour la municipalité de l’opération est de 30 000 euros, du fait notamment qu’elle finance le logement et le recrutement. Mais face à la démédicalisation des territoires, il n’y avait pas trop le choix. La Mayenne est le 3e département où il y a le moins de médecins. En faire venir un contribue ainsi à l’attractivité économique de la commune. Car les acteurs du marché regardent les services qu’une municipalité peut leur offrir pour s’installer. Le médecin était ainsi une question centrale, d’autant plus que la commune dispose d’un Ehpad de 81 lits. Le fait d’avoir une vie socio-culturelle attractive a évidemment été un plus pour le convaincre de venir.

L’après crise sanitaire ouvre-t-il des perspectives nouvelles de développement à votre commune du fait de la Révolution numérique ?

Oui car la Mayenne va être le premier département fibré à 100 % fin 2022, c’est-dire demain. On s’attend de ce point de vue à un effet « Coronavirus » nous rendant plus attractif car les gens qui ont souffert du confinement cherchent à s’installer à la campagne. Or, non seulement le télétravail rendra la démarche possible, mais on a beaucoup de bâtis libres sur le territoire de Saint-Denis-de-Gastines. Il s’agit d’anciennes fermes ou encore de longères. Certaines ont déjà été reprises par des familles qui viennent s’installer mais plus de 80 bâtiments peuvent potentiellement d’après nos calculs encore changer de destination.

Comme à terme on ne pourra plus faire de parcellaire, on s’attend à une re-densification du bourg qui sera l’occasion pour des anciens urbains de devenir des néo-ruraux. D’autant que la LGV nous place à 1h15 de Paris via Laval. Ce qui est un atout pour le territoire. Signe de cette attractivité nouvelle, le prix de l’immobilier a déjà commencé à augmenter sur le territoire de la Mayenne.

Pensez-vous également pouvoir bénéficier sur le plan économique des retombées positives de la transition écologique ?

On s’y attend du fait de l’objectif porté au niveau national de l’auto-suffisance énergétique d’ici 2050. Car cet objectif devrait se traduire sur le territoire communal par deux projets de méthanisation accompagnés par l’intercommunalité mais qui devraient se situer dans la circonscription ou dans sa périphérie. À terme, ce serait une source de revenus complémentaires pour les exploitants de la commune qui pourront y vendre leurs déchets organiques, notamment les lisiers, pour les revaloriser ; les commerçants locaux pourraient également bénéficier de la consommation des personnes qui y travailleront. Mais la réalisation de ces usines jouera aussi un effet levier en termes de commande publique, puisque ce sont des projets à 1,5 et 2 millions d’euros, sans parler des réseaux à construire derrière. Les retombées économiques attendues sont donc importantes.

Propos recueillis par Fabien Bottini, consultant qualifié aux fonctions de Professeur des Universités

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