Droits des femmes : l’amer constat d’anciennes ministres

Élus

Des anciennes ministres en charge des questions féminines, dont Yvette Roudy et Monique Pelletier ont dressé mercredi 7 mars, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, un constat assez amer de la situation du droit des femmes, lors d’un déjeuner au Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles (CNIDFF).

Lors d’une conférence de presse, en présence de Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et dont dépend les questions féminines, les anciennes responsables ont dressé un tableau assez sombre, parlant même de « régression ».

Yvette Roudy, 82 ans, ministre de 1981 à 1986 pendant le premier septennat de François Mitterrand, a insisté sur la question des droits spécifiques des femmes. « Tant qu’on n’aura pas réglé cette question – et on en est loin, on est même en pleine régression – le reste des problèmes, sociaux, politiques ne seront pas réglés », a-t-elle estimé.

Selon elle, il faut une ministre chargée de cette question, « de sensibilité féministe de préférence » qui puisse siéger régulièrement au Conseil des ministres. « J’y siégeais au début, puis cela n’a plus été le cas. Il a fallu que Simone de Beauvoir tape du poing sur la table pour que j’y revienne », se souvient cette militante socialiste qui fut d’abord ministre déléguée puis ministre de plein exercice des Droits de la femme.

Monique Pelletier, 85 ans, ministre déléguée chargée de la Condition féminine de 1978 à 1981 sous Valéry Giscard d’Estaing – qui avait nommé en 1974 la première secrétaire d’État à la condition féminine, Françoise Giroud -, a dit partager une grande partie des points de vue de Mme Roudy.
Elle a particulièrement souligné la situation des femmes handicapées, qui est, selon elle, pire que celle des hommes atteints de handicaps identiques, notamment dans le domaine de l’emploi avec un taux de chômage supérieur à 35 %.

« Quelquefois il m’arrive de rêver à une action sur l’indifférence des élites sur celles qui souffrent », a-t-elle confié.

Appelant les femmes à « être unies » par delà leurs différences politiques, Mme Roudy a rappelé qu’à son initiative et celle de Mme Pelletier, cinq femmes de gauche et cinq femmes de droite avaient élaboré en 1996 des propositions sur la parité reprises ensuite par le gouvernement de Lionel Jospin.

Pour Geneviève Fraisse, philosophe, ancienne déléguée interministérielle aux droits des femmes de 1997 à 1998, « La France n’est pas en retard, elle est bloquée », sur la question du droit des femmes, mettant en cause le « machisme » des intellectuels, plus important encore, selon elle que celui des politiques.

« Ce pays est tellement fier de lui qu’il ne fait rien » a-t-elle lancé, approuvée par Mme Bachelot qui a rappelé les critiques dont elle a fait l’objet quand elle s’est inquiétée de l’hyper-sexualisation de certaines fillettes.

 

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Pour aller plus loin : 8 mars : célébration de la journée internationale de la femme (Discours et protocole)

 

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