L’eusko basque devient la monnaie locale la plus utilisée en Europe

Finances locales

Commander un café, acheter une brosse à dents ou payer sa baguette… Pour tout ça, il y a au Pays Basque l’eusko : cette monnaie alternative vient de passer le cap du million en circulation, une première en Europe pour une devise locale.

Créé en 2013, l’eusko a atteint le seuil ce mois-ci, devenant la monnaie locale la plus importante d’Europe, devant le Chiemgauer en Allemagne (648 000 euros en circulation) et la Bristol Pound (environ 780 000) en Angleterre.

Le change est simple. Un eusko égale un euro. Il suffit d’une faible cotisation annuelle, et l’on peut ouvrir un compte crédité en eusko, payer en billets d’eusko ou avec son « euskokart » dans tous les magasins adhérents.

Xina Dulong, adhérent à l’eusko dans la vie quotidienne comme professionnelle, est patron de bar et paie une grande partie de ses fournisseurs en eusko. « J’en ai un notamment, c’est parce qu’il prend l’eusko que je l’ai choisi pour la bière ».

L’association Euskal Moneta-Monnaie locale du Pays basque a lancé cette devise il y a six ans. Son directeur général, Dante Edme-Sanjurjo, estime que le succès vient surtout d’une « capacité à être fédérateur ».

Comme la quarantaine de monnaies locales créées en France ces dernières années, l’eusko est voué au développement économique local. L’association 1901 reverse tous les euros changés en eusko dans le financement de projets écologiques ou paysans, de commerces de proximité, d’associations ou collectivités publiques… mais aussi dans la défense de la langue basque.

« Si quelqu’un me paye en eusko, je lui parle en basque, ça crée un lien évident », dit Pantxika Heguiaphal, salariée d’une boulangerie de Bayonne.

« Cette monnaie, ce n’est pas le nationalisme basque qui la porte, estime Dante Edme-Sanjurjo. On mobilise des sphères différentes, que l’on connecte entre elles ».

« Tous les mois, assure-t-il, plus de 40 000 eusko sont crédités sur les comptes de particuliers ». Et sur le million d’eusko en circulation, 600 000 le sont en version numérique et 400 000 en billets.

« 3 000 particuliers, 770 entreprises, 16 communes et l’Agglomération Pays basque, qui regroupe les 158 communes du territoire, ont adhéré à la monnaie locale ».

« Pas une rigolade »

« Nous avons le réseau le plus étoffé de France mais maintenant ce que l’on vise, pour 2021, c’est l’autonomie financière », dit M. Edme-Sanjurjo. Car aujourd’hui, 50 % des frais de gestion sont assurés par les cotisations des adhérents mais l’autre moitié est financée par des subventions publiques et des aides sur salaires.

L’eusko a encore une grande marge de progression, grâce à une victoire juridique remportée cet été par la ville de Bayonne contre la sous-préfecture.

Au nom de l’État, celle-ci voulait faire annuler une résolution du conseil municipal, votée à l’unanimité, prévoyant d’accepter les paiements en eusko et le « versement d’indemnités aux élus et de subventions aux associations » après un accord avec l’association Euskal Moneta.

Le tribunal administratif de Pau a finalement donné son feu vert à Bayonne, qui a commencé à effectuer ses paiements municipaux en monnaie locale.

Pour cela, la ville remet un mandat d’encaissement à l’association Euskal Moneta, qui encaisse les paiements en euros et se charge de les créditer, en eusko, sur les comptes désignés.

La mairie d’Hendaye a suivi et à Bayonne, deux élus viennent de demander à ce que leurs indemnités leur soient versées en eusko.

« Il reste maintenant à le mettre en place de façon administrative. On a travaillé avec le service financier de la ville et on a présenté la demande au Trésor public vendredi 19 octobre », explique M. Edme-Sanjurjo.

« J’ai demandé à ce que mon indemnité me soit versée en partie en eusko », raconte Martine Bisauta, adjointe au maire de Bayonne en charge du développement durable. « C’est une vraie monnaie d’échange, pas une rigolade. Elle doit avoir la même souplesse que l’euro donc il faut la faire vivre socialement ».

Et pour ceux qui se raviseraient et souhaiteraient rechanger leurs euskos en euros, ils doivent s’attendre à une pénalité : au moment de la conversion, ils se verront appliquer une commission de 5 %.

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