Élodie Massol : “La crise a montré la capacité de notre EPCI à coordonner différents acteurs de l’écosystème économique local”

Intercommunalité

Deuxième partie de notre entretien avec Élodie Massol, Directrice du service développement économique de la communauté de communes Vallée de l’Hérault (34).

La viticulture, pilier de l’économie agricole de votre territoire, a été particulièrement menacée par la crise. Qu’avez-vous fait pour la soutenir ?

Élodie Massol

Élodie Massol

L’agriculture a été doublement menacée, puisque les gelées noires d’avril 2021 ont succédé à la crise Covid. Aussi l’interco a voté un plan de soutien et participe au plan de soutien « Gelée noire » qui vise à prévenir les conséquences économiques négatives des coups de froid sur les vignes. Cette participation reste plus que jamais d’actualité, sachant que ce plan est alimenté par trois sources de financement complémentaires. À la contribution au fond de solidarité départemental en cours d’approbation viennent s’ajouter l’exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) qui s’élève à 150 000 € en 2022 et l’engagement d’actions en faveur du maintien ou du développement de l’agriculture financé par un plan pluriannuel d’investissement (PPI) porté par l’EPCI.

De plus, par conventionnement avec la Chambre d’agriculture de l’Hérault, la Communauté de communes participe à hauteur de 10 000 € à la mise en place du service d’aide à la décision pour les agriculteurs dans la gestion des vagues de froid et de chaleur « Agripredict ».

Au début de la crise, la comcom a par ailleurs attribué des aides aux sites Internet des viticulteurs en vue de faciliter leur promotion et les ventes en circuits courts à hauteur de 4 000 €. Enfin, par la suite, la comcom a agi pour soutenir l’économie locale en organisant ou soutenant des manifestations d’évènements. Un règlement d’intervention existe pour cadrer ce type d’aide. Il nous a permis de soutenir plusieurs événements agricoles ou viticoles lors des périodes de déconfinement. De plus, nous avons organisé au Pont-du-Diable, en tant que maître d’ouvrage, un événement œnotouristique appelé « Place aux vins » dédié aux viticulteurs lors de l’été 2020. Le succès de l’opération a conduit l’interco à organiser un événement à l’issue du 34e concours des vins 2021 auquel ont participé 42 producteurs. Ce concours des vins, que nous avons dû adapter au contexte sanitaire, a permis de faire découvrir 161 cuvées, dont 19 médailles or, 19 médailles d’argent, 2 médailles de bronze. Nous avons cette fois organisé l’évènement à Saint-Bauzille-de-la-Sylve. Cela a permis à la commune de bénéficier des retombées économiques directes et indirectes liées à la venue de 400 visiteurs mais aussi de promouvoir ces vins d’exception et de les vendre, outre via les circuits traditionnels et via la vinothèque locale. Il s’agit d’un secteur économique à fort enjeu, en sachant que 610 des 718 exploitations agricoles du territoire sont des exploitations viticoles. La filière représente donc 85 % des établissements et une grande part des 1 281 salariés du secteur agricole.

La crise a-t-elle aussi été l’occasion d’accélérer la transition écologique de votre territoire en matière économique ?

Avant la crise sanitaire, notre projet de territoire était déjà fondé sur le développement durable. Notre règlement d’intervention d’aide aux entreprises comportait pour cette raison avant 2020 des éco-conditionnalités consistant à bonifier nos aides aux entreprises en fonction de l’impact environnemental du projet dont le financement était demandé. Plus ce projet est vertueux, plus le taux d’intervention de l’interco dans son financement est optimal.

De ce point de vue, la crise n’a rien changé si ce n’est qu’elle nous permet d’avoir accès aux moyens supplémentaires du plan de relance, au travers notamment des contrats de relance et de transition écologique qui ont été négociés nous concernant au niveau du pays.

Quels enseignements avez-vous tiré de la crise en termes de savoir-faire et de savoir-être ?

La crise a révélé notre capacité à renforcer la présence sur le terrain de nos agents de développement économique ainsi que la posture d’écoute et d’accompagnement des entreprises et des commerçants. Elle a également mis en lumière notre capacité à mettre rapidement en œuvre un partenariat structurant et fluide avec la Région Occitanie autour des aides d’urgence via le Fonds de solidarité complémentaire et le fonds L’OCCAL précités, tout comme notre capacité à intégrer tout aussi rapidement les nouveaux dispositifs de relance, comme Petites villes de demain, ou le CRTE à l’échelle du Pays. Enfin, la crise à montrer la capacité de notre EPCI à coordonner les relations et les interventions entre différents acteurs de l’écosystème économique local (EPCI, CMA, CCI, SydelCœur d’Hérault, Plateforme initiatives, ordre des experts comptables…).

Quelle capitalisation et quel positionnement pour l’avenir en termes de développement économique ?

Il convient pour l’avenir de maintenir et de nourrir le lien direct avec les entrepreneurs du territoire pour créer des synergies économiques, des mutualisations et élaborer les stratégies locales. Il convient de même de veiller au déploiement d’une politique locale du commerce à la hauteur des enjeux du territoire (grâce à l’action du manager de commerce, la revitalisation ou la requalification urbaine, des opérations de façade ou encore la lutte contre la vacance commerciale…) et de pérenniser et de renforcer les partenariats avec les acteurs de l’économie locale (CCI, CMA, plateforme initiative, ARIAC…).

Enfin, il faudra veiller à déployer une démarche d’accompagnement et de développement économique complémentaire à la stricte compétence légale « aide à l’immobilier d’entreprises ».

Quelles sont vos priorités à ce jour ?

L’intercommunalité s’est efforcée depuis la crise d’étoffer l’équipe de son service de développement économique autour de deux priorités. La première, illustrée par le lancement du recrutement d’un(une) chargé(e) de mission agriculture, tient au soutien à apporter à la viticulture et à l’agriculture locale dont on a vu l’importance pour l’économie de notre territoire. La seconde tient à la lutte contre les vacances commerciales et à l’animation du commerce local. Il faut à ce titre souligner que deux communes ont eu le label « petites villes de demain » ce qui a permis de recruter une manager de commerce territorial, puisqu’une partie de son poste est cofinancé par ce programme. Or, son action s’inscrit dans la lutte contre la vacance commerciale. Il lui reviendra à ce titre de proposer une stratégie pour renforcer l’attractivité commerciale et la revitalisation des cœurs de ville et des villages dont on mesure bien l’importance pour demain à l’aune de la crise sanitaire en termes d’accès au commerce de proximité et donc aux biens de première nécessité.

Propos recueillis par Fabien Bottini, Professeur des Universités à l’Université du Mans, Membre Sénior de l’Institut Universitaire de France, Membre du Thémis, Membre associé du LexFEIM

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