Menu actualité

Thématiques

“Une politique de l’eau ne peut être que partenariale”

Publiée le 19 juillet 2022 à 8h33 - par

L'année 2022 connaît un épisode de sécheresse exceptionnel qui impose à certaines collectivités d'adopter des mesures spécifiques pour préserver la ressource en eau. Le syndicat départemental des eaux de l'Aube (SDDEA) a mis en place dès 2017 une stratégie d'adaptation au changement climatique de long terme : la "Stratégie 2100". Son directeur général, Stéphane Gillis, dévoile les grands principes de cette politique de gestion de l'eau à horizon 2100.
“Une politique de l'eau ne peut être que partenariale”

Pour quelle raison avez-vous décidé de lancer une stratégie de gestion de l’eau à horizon 2100 ?

En 2017, des premières modélisations des impacts potentiels du changement climatique ont montré que certaines nappes d’eau pourraient descendre de plusieurs mètres, et arriver à des niveaux qui ne seraient plus suffisants pour alimenter une partie de la population. Il fallait donc anticiper. Nous avons lancé un séminaire associant les élus, le préfet, le président du conseil départemental et divers partenaires comme l’agence de l’eau, l’agence régionale de santé… Au total, près de 90 personnes. Avec l’aide de trois experts (un membre du Giec, un spécialiste de la biodiversité et une spécialiste des nappes d’eau souterraines), le travail a porté sur deux projections : que se passera-t-il en 2100 si on n’a rien préparé ou si on a tout préparé… Car les équipements et les installations (canalisations, forages…) sur lesquels on investit aujourd’hui seront encore là. Et on n’a plus envie d’investir sans savoir si ces équipements seront encore efficaces en 2100, ce qui correspond à la durée d’amortissement.

Vous avez commencé à travailler sur ce sujet depuis déjà cinq ans…

On était un peu précurseurs à l’époque… Quand on évoquait 2100, on nous regardait de travers, les études se faisaient plutôt autour de 2030 ou 2050 ; or, c’est l’horizon sur lequel on doit travailler pour étudier le changement climatique. En 2050, on est déjà sur la dette climatique : même si on arrêtait de rejeter aujourd’hui des gaz à effet de serre, il y aurait une évolution des températures jusqu’en 2050.

Quels sont vos principaux axes de recherche ?

Quatre axes principaux ont été développés. Le premier, c’est la connaissance. Il s’agit de comprendre, avec l’aide du BRGM*, quel sera l’impact du changement climatique sur l’alimentation en eau potable à partir d’eaux souterraines. Le deuxième axe consiste à réaliser des schémas directeurs d’alimentation en eau potable. La plupart des réseaux et canalisations de l’Aube, notamment en milieu rural, datent d’entre les années 30 et la fin des années 70 : il y a donc beaucoup à faire. Un peu plus de 20 millions d’euros d’études permettront de repenser l’alimentation en eau potable sous plusieurs angles : qualité, quantité, sécurisation via des interconnexions notamment. Le troisième axe de travail concerne la protection de la ressource de façon plus globale, en partenariat avec la chambre d’agriculture. Enfin, nous avons mis en place un observatoire de l’eau annuel dont la première édition a eu lieu en novembre 2021. L’objectif est de faire travailler ensemble tous les partenaires du domaine de l’eau du département (assainissement, agriculture, industrie, activités économiques, de loisirs, de tourisme, associations de défense de l’environnement…) afin de définir des axes prioritaires – un état des lieux partagé, par exemple. Cet observatoire a réuni près de 300 personnes pour la séance plénière et 200 personnes lors des ateliers.

Vous misez beaucoup sur les partenariats ?

Une politique de l’eau ne peut être que partenariale. Nous avons décidé de travailler ensemble, à travers notamment des conventions que nous signons avec de nombreux organismes. Nous avons ainsi commencé à travailler sur l’impact du changement climatique avec la région Grand-Est et le BRGM, avec la chambre d’agriculture de l’Aube. Nous avons également des relations avec l’EPTB Seine-Grands lacs et l’agence de l’eau.

Quels sont les premières prévisions de la Stratégie 2100 ?

L’idée est vraiment de travailler sur la période entre 2050 et 2100. On n’a pas terminé l’étude d’impact du changement climatique sur la ressource en eau et, sans les données, on ne peut pas travailler. Mais on a déjà quelques indications des secteurs qui seront plus en tension que d’autres. Par exemple, une nappe qui est en secteur alluvial en bord de rivière devrait tenir le coup d’ici 2100 alors que dans les vallées ou les coteaux, et dans les têtes de bassins, ce sera plus compliqué. Sauf qu’on ne sait pas ce que cela veut dire : n’y aura-t-il plus d’eau du tout ou en aura-t-on encore suffisamment ? Pour cela, la modélisation va nous aider. En outre, les milieux aquatiques ne seront plus soumis au même régime. On sait que dans les années qui viennent, jusqu’à 80 % du couvert végétal qui apportait de l’ombre aux têtes de bassins diminue alors que la température augmente et les débits des cours d’eau diminueront, ce qui va créer de vrais problèmes à court et moyen termes. Les modélisations ne prévoient pas de diminution de la quantité d’eau qui va tomber sur le département de l’Aube. Il pourrait même y en avoir davantage selon certaines études, mais elle sera répartie différemment, avec plus d’inondations, de périodes de fortes pluies et de sécheresse. Donc, plus de longues périodes sans eau.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

* Bureau de recherches géologiques et minières

SDDEA

Avec ses 340 agents, le syndicat départemental des eaux de l’Aube (SDDEA) et sa régie interviennent sur la gestion de l’eau potable et de l’assainissement collectif, la prévention des inondations et la démoustication de 481 communes.