Lutter contre le décrochage en faisant entrer l’art à l’école

Jeunesse

« Avant qu’on vous parle de maths, je vais vous jouer un rythme africain à la batterie ». Ce musicien s’adresse à des jeunes de 4e, anciens « décrocheurs ». Objectif : les réconcilier avec l’école grâce à l’art.

Huit adolescents suivent ce programme expérimental, mis en place par la fondation Apprentis d’Auteuil à Paris (XVIe) et baptisé « académie des arts ». Huit jeunes qui, il y a peu, n’allaient plus à l’école : la plupart ont été exclus d’un ou plusieurs établissements à cause de leur comportement inadapté. Certains sont restés déscolarisés plusieurs mois.

Le programme, qui a débuté en septembre, vise à les faire renouer avec l’apprentissage général grâce à l’approche artistique et à leur éviter de quitter l’école avant d’avoir empoché le bac ou un CAP.

Quelque 100 000 jeunes sortent encore chaque année du système éducatif français sans aucun diplôme.

« Ces jeunes ne comprennent pas les notions de respect ou d’autorité, mais il y a une autre façon d’enseigner : en leur faisant ressentir des choses », explique Charles Dumas, le fondateur du projet. « La musique, le théâtre, la peinture, l’art en général constituent un langage différent qu’ils vont davantage comprendre ».

Avant le début de ce cours qui allie la musique et les mathématiques, difficile d’obtenir la concentration nécessaire pour lancer les apprentissages. Les élèves sont arrivés dans la classe en ordre dispersé, certains avec plusieurs minutes de retard, et ne parviennent pas vraiment à se calmer sous l’injonction des adultes présents.

« Avec Jamel (le professeur de maths), on s’est rendu compte qu’il y avait un lien entre la musique et ce que vous étudiez en mathématiques », leur lance Thomas Chalindar, le musicien invité.

Il ne parvient à obtenir leur attention qu’au moment où il se met à taper sur sa grosse caisse. Puis il demande à une moitié de la classe de frapper le rythme avec les mains, à l’autre le tempo avec les pieds.

Il décompose le rythme au tableau en détaillant la valeur des notes : « une noire vaut 1, une croche un demi, un silence un demi »…

C’est à ce moment que Jamel Ouersighni, le professeur de mathématiques, prend le relais en soumettant aux élèves un travail sur des fractions : « Les fractions, c’est comme de la musique, il y a un rythme ».

« Plus concret »

Les jeunes entament l’exercice laborieusement mais l’un d’eux semble avoir compris, et se propose de l’expliquer aux autres.

« On a réussi à créer une dynamique d’apprentissage », se félicite l’enseignant auprès de l’AFP.

Selon lui, le support artistique permet « une transition » vers l’enseignement général, qui sinon ne serait pas possible. « Si on avait commencé le cours par les fractions, personne ne se serait mis au travail », assure-t-il. « Ces jeunes ont une grosse énergie qu’il faut réussir à canaliser » et « ils sont en rupture avec les institutions ; il faut donc innover ».

Au total, les élèves suivent quatre heures par semaine de ces cours dispensés en binômes : le français est par exemple enseigné avec la musique, l’anglais avec le théâtre.

« On aura bientôt un artiste peintre qui présentera son œuvre et en expliquera les volumes, les perspectives, ce qui permettra d’introduire des notions de géométrie », indique Charles Dumas. Un projet alliant l’histoire et le théâtre, avec une pièce sur l’esclavage, devrait également voir le jour. Afin de « faire vivre le cours, le rendre plus concret ».

Émile, 14 ans, dit avoir cette année « davantage envie d’aller en cours ». « L’an dernier, je ne voulais plus aller à l’école. Mais là c’est différent, on apprend en s’amusant ».

Dann sent aussi que « ça intéresse plus ». « Avant, je rentrais chez moi, mais je n’avais rien appris car rien écouté ». Désormais, il trouve les cours « moins ennuyeux ».

Le programme, en partie financé par le Fonds social européen, ne s’adresse pour l’instant qu’à cette petite classe « pilote », mais l’objectif est de poursuivre l’an prochain l’expérience en 3e et de l’ouvrir à davantage de classes.

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