Suicide : « Quand un enfant se donne la mort »

Jeunesse

Le rapport du neuropsychiatre Boris Cyrulnik sur le suicide des enfants formule une trentaine de préconisations pour tenter de prévenir les tentatives de suicide infantile.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a remis, le 29 septembre à la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative, Jeannette Bougrab, son rapport sur le thème du suicide des enfants, intitulé « Quand un enfant se donne la mort ». Celui-ci est destiné « à éclairer sur les mécanismes qui peuvent pousser un jeune et un enfant à se donner la mort et à apporter des pistes d’action pour éviter de tels drames ».

Réalisé à travers une approche pluridisciplinaire, mêlant neurobiologie, biochimie, psychologie, sociologie et autres disciplines, ce travail inédit dresse un état des lieux des connaissances scientifiques en matière de suicide et de tentatives de suicide des jeunes, notamment chez les pré “teens” (5-14 ans). La réflexion générale menée par Boris Cyrulnik permet « d’appréhender ce phénomène et de mettre en perspective la situation que nous connaissons dans notre pays au regard de celle de nos voisins européens », précise le secrétariat d’État.

Le rapport se construit autour de quatre thématiques : autour de la naissance, autour de l’école, autour de la famille, dans la culture. Il contient une trentaine de préconisations. Autant de mesures qui pourront être expertisées dans le cadre du comité de pilotage du programme d’actions contre le suicide, chargé d’analyser les propositions de ce rapport.

Voici les principales propositions du rapport.

Autour de la naissance

– Stabiliser les interactions précoces : en fin de grossesse ; au cours des premiers mois de la vie.
– Étayer le couple parental (congés maternel, congés paternel).
– Lutter contre les ruptures affectives répétées.
– Donner cohérence aux métiers de la petite enfance, notamment en créant une Université de la petite enfance.
 

Autour de l’école

– Développer les structures « Traits-d’Union » entre les enseignants et les familles.
– Adapter les rythmes scolaires aux rythmes biologiques de l’apprentissage.
– Offrir un soutien affectif et intellectuel aux enfants en difficulté.
– Fournir un soutien à la parentalité pour les parents en difficulté.
– Créer des lieux de parole à l’occasion d’activités artistiques : films à commenter, contes à compléter, mallettes pédagogiques de prévention du suicide, partage d’activités naturelles et culturelles avec des tuteurs éducatifs.
– Retarder la notation stigmatisante.
– Lutter contre le harcèlement à l’école qui constitue un très grave facteur de vulnérabilité.
– En cas de malheur, organiser des groupes de paroles entre adultes et des groupes entre enfants qui se réfèrent à un adulte.

Autour de la famille

– Favoriser le « village » protecteur et éducatif qui ouvre les familles closes.
– Renforcer les cultures de quartier : associations, engagement des enfants dans des activités sportives, sociales et sensées comme le scoutisme, les Francas ou le patronage, adaptés aux valeurs de notre nouvelle société.
– Donner aux enfants le droit de donner en les engageant dans des responsabilités d’enfants.
– Publier un répertoire pour faire connaître les réseaux d’écoutes téléphoniques, les lieux de rencontres et d’aide immédiate.
– En cas de malheur, faire savoir que la « postvention » existe.
 

Dans la culture

– Participer aux débats sur la philosophie du suicide.
– Faire entrer dans les récits collectifs la notion de « crise suicidaire » et non pas de fatalité.
– Encourager les créations artistiques : films, romans, théâtre et essais.
– Organiser dans les quartiers une culture de village où les loisirs partagés possèdent un grand effet préventif.
– Participer aux messages d’internet et aux blogs en contrôlant les conseils néfastes et en validant les aides précieuses de ces rencontres technologiques.

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