À Paris, presque un sans-abri sur deux est à la rue depuis plus d’un an

Lutte contre les exclusions

Après avoir recensé 3 000 personnes à la rue, Paris découvre le visage de ses sans-abri : des hommes surtout, et un nombre croissant de femmes, dont près de la moitié vivent depuis plus d’un an dans la rue, selon le rapport d’une association.

L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a publié lundi 22 octobre son analyse des données recueillies en février lors de la « Nuit de la solidarité ». Ce recensement inédit, effectué par des bénévoles, avait permis de dénombrer 3 035 sans-abri dans les rues de Paris, tandis que 18 150 personnes étaient accueillies dans des hébergements d’urgence.

Près de la moitié (46 %) des SDF interrogés sont à la rue depuis plus d’un an, et 20 % d’entre eux le sont depuis plus de cinq ans, relève le rapport. Ces sans-abri sont très majoritairement des hommes (88 %).

Si les femmes sont minoritaires, l’Apur remarque « une féminisation de la population à la rue » : en 2012, date de la dernière enquête de l’Insee sur les SDF, les femmes représentaient seulement 2 % des sans-abri de l’agglomération parisienne.

Le nombre de femmes recensées en février est d’ailleurs « certainement un nombre a minima de la réalité », selon l’association. Car les femmes à la rue adoptent des « stratégies d’invisibilité » : elles essaient plus que les hommes de se cacher pendant leur sommeil, en dormant à l’hôpital ou dans une voiture.

Les femmes sans-abri apparaissent aussi plus vulnérables : seules 12 % d’entre elles sont suivies par un travailleur social, contre 28 % pour les hommes. Elles sont aussi moins nombreuses à avoir une couverture maladie (21 % contre 33 % des hommes).

Vingt-trois familles, avec 35 enfants, ont également été recensées.

Hommes ou femmes, les sans-abri ont peu recours aux dispositifs d’urgence : 45 % déclarent n’avoir jamais dormi dans un centre d’hébergement et 65 % n’ont même jamais appelé le Samu social, au 115. Ils sont 19 % à ne pas connaître ce numéro. Ceux qui en sont informés expliquent leur découragement par plusieurs raisons : le 115 est souvent difficile à joindre, leur a déjà répondu qu’il n’y a pas de place, ou ils évoquent des problèmes d’insécurité ou des vols dans les centres d’hébergement d’urgence.

Le rapport détaille également les ressources des sans-abri. Environ un tiers mendie pour vivre et la même proportion perçoit des allocations ou des minima sociaux (respectivement 36 % et 34 %), 22 % font des « petits boulots », 8 % bénéficient de l’aide de proches ou amis. Ils sont également 3 % à toucher une pension de retraite et 5 % à percevoir un salaire grâce à un travail déclaré.

Enfin, 16 % des sans-abri parisiens ont moins de 25 ans. Pour ces jeunes, la précarité est souvent récente : 56 % d’entre eux sont à la rue depuis moins de trois mois.

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