À Limoges, la santé publique au cœur de chaque décision municipale

Santé

Peintures écologiques, bannissement des bouteilles en plastique, repas moins salés dans les cantines : depuis 2015, la ville de Limoges intègre une démarche de santé publique dans chaque décision politique, avec de premiers effets concrets sur la vie des habitants, surtout les plus jeunes.

Baptisée « Limoges Ville Santé Citoyenne », l’initiative s’attache à porter une attention sanitaire spécifique aux actions engagées par le conseil municipal de cette ville de 135 000 habitants.

Elle est menée avec l’appui technique et financier de l’Agence régionale de santé (ARS). « Ce qui est original dans la démarche de Limoges, c’est la diversité des actions, dans une approche de prévention allant des questions de santé environnementale à la nutrition, en passant par le bien-être psychique », explique François Négrier, directeur de la délégation départementale de l’ARS pour la Haute-Vienne.

La municipalité a ainsi fait mesurer la qualité de l’air dans les établissements accueillants des enfants. En janvier, une pollution au radon, mis en cause dans les dérèglements thyroïdiens, a été détectée dans un centre de loisirs. « Cela n’avait jamais été fait et nous a permis de prendre toutes les mesures pour protéger les enfants », explique le maire, Émile-Roger Lombertie (LR), un ancien psychiatre hospitalier.

Côté prévention, les professionnels de la petite enfance et les parents ont été sensibilisés aux dangers des perturbateurs endocriniens et à l’excès de sel, responsable de l’hypertension. « En deux ans, nous avons baissé le taux de sel dans les cantines de 33 %, et toutes nos crèches sont certifiées sans perturbateurs endocriniens », se félicite Marc Wasilewski, responsable « développement durable et santé » à la mairie, qui pilote le dispositif.

La collectivité a aussi intégré la démarche au plan de rénovation des écoles. Elle a opté pour une dépollution des sites et l’utilisation de peintures écologiques. Tous les arbres réputés allergènes présents aux abords des crèches ont été abattus et remplacés par d’autres espèces.

« Nous sommes dans une perspective presque expérimentale, il a fallu choisir un point de départ : nous avons opté pour tout ce qui touche à l’enfance, à la fois plus fragiles et représentant l’avenir. Leur qualité de vie est un sujet moteur et fédérateur », estime M. Lombertie.

« Soutien franc »

« Nous avons des comités d’évaluation réguliers pour ajuster le dispositif et mesurer sa pertinence. Mais il s’agit d’actions de fond, pour lesquelles il est compliqué de mesurer le gain thérapeutique à très court terme », relève François Négrier.

Il en va ainsi du « pollinarium » installé dans un jardin public. Il permet de collecter des données permettant aux médecins d’ajuster les traitements contre les allergies et de limiter les doses de cortisone. De la même façon, bouteilles d’eau et vaisselle en plastique ont été bannies des événements publics.

En matière d’urbanisme également, le référent du projet « Ville Santé Citoyenne » a désormais son mot à dire. Il a déconseillé la création d’un miroir d’eau sur une place de la ville, qui aurait pu attirer des moustiques tigres, vecteurs potentiels de plusieurs maladies.

« Contre toute attente, cette initiative a reçu le soutien franc des agents municipaux qui s’y sont impliqués, y compris personnellement », se félicite le maire qui reconnaît avoir craint, au départ, des réticences dues à de vieilles habitudes.

Redoutant initialement des effets d’annonce, Marie-Anne Robert-Kerbrat, élue d’opposition écologiste passée à En Marche, reconnaît que les actions vont « dans le bon sens ». « Elles m’enthousiasment par leur cible : la jeunesse, et leur rapidité de mise en place », souligne-t-elle.

Pour autant, l’élue qui siège également à l’agglomération, appelle à aller « encore plus loin, en passant au 100 % bio dans les cantines. C’est possible à mettre en place rapidement, d’autant que la Métropole porte un projet de ceinture maraîchère qui collerait avec cette ambition ».

Pour M. Lombertie, qui a aussi travaillé comme expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « Limoges Ville Santé Citoyenne » est un « investissement sur l’avenir ». « À terme, c’est une économie pour la ville et la Sécurité sociale », prédit-il.

 

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Posté le par Rédaction Weka

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