Circulation alternée : un coup d’essai avant une application plus large ?

Santé

Faut-il recourir plus largement à la circulation alternée en cas de pics de pollution ? Au lendemain de la mise en œuvre sans couac majeur de cette mesure en Île-de-France, le ministère de l’Écologie continue à plancher sur le sujet et Airparif promet un bilan dans les prochains jours.

« Nous ferons une analyse a posteriori » de l’impact sur les émissions de particules, a indiqué mardi 18 mars à l’AFP Anne Kauffmann, la directrice-adjointe d’Airparif. Lundi, le taux de particules est resté en deçà des seuils réglementaires d’information et d’alerte en Île-de-France et le gouvernement a décidé de ne pas prolonger le dispositif.

À partir des mesures effectuées dans une cinquantaine de stations en région parisienne, les agents d’Airparif vont essayer de distinguer l’effet d’une météo plus favorable et celui de la baisse du trafic (moins 25 à 30 % selon les axes).

En octobre 1997, lors de l’unique précédente expérience d’application de la circulation alternée dans l’Hexagone, la circulation avait été réduite de 15 % dans la Petite couronne et de 20 % dans la capitale.

À l’époque, l’alerte concernait les oxydes d’azote. « La baisse avait été significative : on avait évalué que les émissions d’oxydes d’azote avaient chuté de 25 % à Paris et de 15 % en Île-de-France », rappelle Anne Kauffmann.

L’analyse d’Airparif sera donc scrutée à la loupe par les autorités, notamment au ministère de l’Écologie qui pourrait être conforté dans sa volonté d’étendre l’application de cette mesure.

En décembre, alors que la France est menacée de lourdes amendes par Bruxelles pour des pics de pollution trop fréquents dans une quinzaine de villes, le ministère avait affiché sa volonté d’agir en faveur de la circulation alternée. Un décret avait été annoncé pour 2014 pour la rendre possible pour tous les pics de pollution (ozone, particules, oxydes d’azote), comme c’est le cas en Île-de-France depuis 2011. Une table-ronde sur le sujet avec les collectivités et les régies de transport, initialement prévue en janvier, doit aussi être organisée ce printemps.

Selon une source à Matignon, « dans quelques jours » un arrêté interministériel précisera les mesures graduées à prendre lors de pics : l’idée est d’avoir des réponses plus harmonisées d’une région à l’autre (activités industrielle et agricole, circulation en général et des poids-lourds en particulier, etc.) même si la mise en œuvre relèvera toujours d’une décision préfectorale.

Pollution chronique

Par ailleurs, « l’administration travaille à un projet de décret sur les conditions dans lesquelles on met en œuvre la circulation alternée », indique-t-on de même source, en précisant que cela va prendre encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois de concertation.

Deux voies sont étudiées : circulation alternée en fonction des plaques d’immatriculation, comme lundi en région parisienne, ou en fonction du niveau d’émission des véhicules matérialisé par une vignette ou une puce.

Lundi, le ministre de l’Écologie Philippe Martin s’est félicité du « succès » de la mise en œuvre d’une « mesure lourde » : « Je veux croire que la prise de conscience de cette pollution comme élément de santé publique et le civisme et la compréhension des Français nous permettront d’aller plus loin », a-t-il affirmé.

Si la circulation alternée a été globalement bien reçue par la population – malgré 5 000 contraventions dressées – « c’est que l’impact sur la santé de la pollution est de mieux en mieux documenté et connu », estime Denis Voisin de la Fondation Nicolas Hulot. « Cela a une certaine efficacité en cas de pic, mais ce n’est pas la panacée », poursuit M. Voisin, responsable des transports à la Fondation, « car la lutte contre la pollution passe par des mesures de long terme ».

Analyse similaire chez Écologie sans frontière : « C’est une mesure courageuse, mais une mesure d’urgence », commente Nadir Saïfi, vice-président de l’ONG. « Il faut prendre des mesures courageuses plus pérennes », plaide-t-il, comme un soutien plus fort au véhicule électrique.

« Il faut réfléchir sur l’exposition annuelle », souligne également Charlotte Songeur, ingénieur chez Airparif, car au-delà des pics, « il y a un gros problème de pollution chronique ».

 

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