Covid-19 : une application aide l’État à gérer les stocks de médicaments de réanimation

Santé

Au printemps, alors que le stock de médicaments clés pour la réanimation des patients Covid-19 s’épuise au plus fort de la crise sanitaire, une jeune pousse rennaise a permis aux hôpitaux de suivre au plus près leurs stocks de médicaments critiques.

Fin mars 2020, la planète entière se met à commander en même temps cinq médicaments d’anesthésie vitaux pour la prise en charge des malades du Covid-19 en réanimation : deux hypnotiques et trois curares. Du jamais vu, rappelle le ministère de la Santé. 

« Les réanimateurs m’appelaient pour dire qu’ils n’avaient plus que deux jours de curare et qu’ils allaient devoir débrancher les patients », se souvient la responsable de la « politique du médicament » à l’Agence régionale de Santé (ARS) Île-de-France, Anne de Saunière.

Elle contacte alors en urgence la plate-forme en ligne MaPUI « Ma pharmacie à usage intérieur », du nom des pharmacies hospitalières, sur laquelle les hôpitaux s’échangent déjà des médicaments, notamment pour éviter de gaspiller des traitements à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

La plate-forme est adaptée au pas de charge. Début avril, tous les hôpitaux d’Île-de-France se connectent pour partager quotidiennement leurs stocks auprès de l’ARS et se dépanner entre eux.

Face à l’aggravation de la crise, le ministère de la Santé demande à la jeune pousse de 14 salariés de déployer son outil dans toute la France. « On s’est retrouvé subitement avec 100 % du marché, on travaillait de 7h à minuit », relate Goulwen Lorcy, informaticien, qui a lancé la plate-forme en 2016 avec un ami pharmacien. 

Mais les échanges ne suffisent plus à combler la pénurie. Fin avril, l’État décide de centraliser les achats de médicaments prioritaires en réanimation pour les redistribuer ensuite aux hôpitaux en fonction de différents critères dont les besoins exprimés sur MaPUI.

« Avant la crise, il fallait plusieurs jours pour connaître l’état général des stocks. Un hôpital n’a aucun moyen de savoir ce qui se passe dans un autre hôpital, sauf en téléphonant », observe Axel Carde, pharmacien hospitalier et directeur général de MaPUI.

« Stratégique »

« On réalise 700 échanges de médicaments par an, ça représente des centaines de milliers d’euros. La plate-forme permet de quitter le fax, les bouts de papier, et de ne pas oublier une facture », témoigne Vincent Gicquel, chef de pharmacie au CHU de Rennes.

En pleine deuxième vague, la jeune pousse rennaise s’apprête à passer le relais à l’État, qui a développé en interne son propre outil de remontée des stocks. « On est fier d’avoir été à la hauteur. C’est assez logique que ça devienne un outil stratégique de l’État », reconnaît Goulwen Lorcy, de nouveau sollicité pour évaluer la disponibilité des stocks de vaccins anti-grippe. 

« Grâce à cette expérience, on n’a pas les mêmes tensions sur les stocks aujourd’hui que celles qu’on avait au printemps », assure de son côté la Société française d’anesthésie et de réanimation.

Forte de sa nouvelle crédibilité, la société s’attaque à un autre « trou dans la raquette » : les erreurs médicamenteuses liées à un « manque de communication » entre la ville et l’hôpital. 

En juin, le ministère de la Santé reconnaissait l’« échec des politiques publiques des 20 dernières années » en matière de déploiement du numérique dans le secteur de la santé, prenant l’exemple de logiciels qui ont « fleuri de toute part sans vision ni cadre clair défini par l’État et sans garantie de sécurité ». « Avec cette crise, on a sans doute gagné plusieurs années en quelques mois », estime Goulwen Lorcy.

« Côté décideurs, on parle beaucoup de résistance au changement dans le secteur de la santé, mais les usagers disent que les outils sont souvent trop compliqués à utiliser », observe Laurie Marrauld, maître de conférences à l’EHESP, rappelant que des médecins ont lancé pendant la crise une application pour connaître la disponibilité des lits de réanimation en temps réel.

« Les hôpitaux avancent à pas de loup, d’autant qu’ils sont devenus la cible de grosses cyberattaques depuis deux ans. Or, plus tout est standardisé et plus on est vulnérable », ajoute-t-elle.

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