Pénuries de médicaments : les fabricants présentent leur « plan d’actions »

Santé

Face au phénomène toujours plus préoccupant des pénuries de médicaments, montées en flèche ces dernières années en France, les représentants du secteur pharmaceutique ont dévoilé le 19 février 2019 un « plan d’actions », nécessitant toutefois l’appui des autorités nationales, voire européennes, pour se concrétiser.

En 2017, 538 signalements de rupture ou tensions d’approvisionnement ont été recensés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), un record en France, contre seulement 44 en 2008, rappelle dans un communiqué la fédération française des industriels du médicament, le Leem. Le sujet est devenu très médiatisé, en raison de ruptures portant sur des médicaments d’utilisation courante ou de première importance, comme des antibiotiques, des vaccins ou des anticancéreux. Selon une enquête Ipsos réalisée l’an dernier pour le Leem, 31 % des Français ont été confrontés au moins une fois à l’indisponibilité d’un médicament demandé due à une rupture de stock au cours des six derniers mois.

Les propositions du Leem s’inscrivent dans la lignée de certaines recommandations d’un rapport du Sénat sur le sujet, publié en octobre 2018 dernier. L’organisation propose notamment de définir un ensemble de « médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique » pour lesquels des mesures de gestion de pénurie (stocks de sécurité mobilisables, suivi plus précoce des stocks, etc.) devraient être renforcées. Cette liste établie « au regard de critères précis » permettrait de se concentrer sur les traitements « les plus indispensables et irremplaçables », alors que le périmètre actuel des « médicaments d’intérêt thérapeutique majeur » englobe près de la moitié des produits sur le marché, justifie le Leem.

Sans surprise, l’organisation sectorielle est favorable à une revalorisation des prix des médicaments de ville en France. Leur faible rentabilité incite en effet les fabricants à limiter, voire arrêter leur production, ou encore à les écouler sur d’autres marchés européens offrant des tarifs plus attractifs. Concernant les médicaments hospitaliers, le Leem préconise des appels d’offres systématiquement multi-attributaires pour les médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique, afin d’éviter aux hôpitaux de dépendre d’un seul fournisseur, et d’améliorer la précision des volumes commandés et des calendriers de livraisons. Le Leem plaide aussi pour des mesures fiscales afin de favoriser le maintien ou la relocalisation d’usines pharmaceutiques en France ou en Europe, alors que 60 % à 80 % des principes actifs – les molécules à effet thérapeutique des médicaments chimiques – sont aujourd’hui produits en Asie.

« La question de la prévention des ruptures d’approvisionnement est un sujet absolument prioritaire qui relève de la responsabilité de nos entreprises mais également de l’ensemble des acteurs de la chaîne », a souligné le directeur général du Leem, Philippe Lamoureux, cité dans le communiqué. Ces propositions « font globalement sens » a commenté auprès de l’AFP la Direction générale de la Santé (DGS), rattachée au ministère, qui a confirmé en avoir eu connaissance au préalable avec l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). « L’analyse de leur mise en œuvre opérationnelle sera étudiée dans le cadre des réflexions » que souhaite conduire la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour renforcer les dispositifs existants contre les ruptures de stocks de médicaments, a ajouté la DGS. Ce futur « plan d’actions » du gouvernement tiendra aussi compte des recommandations du Sénat et l’ensemble des parties prenantes, y compris les associations de patients, toujours selon la DGS, ne donnant toutefois pas de calendrier.

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