Entretien avec Michel Felkay, Directeur de la police municipale de Paris

Sécurité

Le 18 octobre dernier, la première promotion d’agents de la police municipale de Paris, dotée de 154 agents, a été intronisée lors d’une cérémonie officielle sur la Place de l’Hôtel de Ville.

Quelles vont être les missions de ces agents?

Commissaire général de police, Michel Felkay est depuis janvier 2019 directeur de la police municipale de Paris et chargé de sa création
Michel Felkay

La police municipale est une police de proximité, au service des Parisiens, chargée de faire respecter les règles de la vie quotidienne qui sont au cœur des préoccupations des Parisiens. Elle intervient 24h/24 et 7 jours sur 7 au plus près des habitants. Elle est joignable 24h/24, 7j/7 et effectue ses missions principalement à pied et en VTT.

Les missions de la police municipale vont tenir compte des remontées de terrain des Parisiens sur son action et sur les difficultés rencontrées dans leur quartier. Elles seront analysées régulièrement par l’Observatoire de la tranquillité publique et orienteront l’action de la police municipale, dans un souci d’efficacité et de proximité.

Pour le moment, leurs missions sont les suivantes :

  • Tranquilliser les quartiers, les équipements sensibles et les grands événements festifs, culturels ou locaux (brocantes, etc.) ;
  • Lutter contre toutes les formes d’incivilités (dépôts sauvages, épanchements d’urine, jets de mégot, nuisances sonores, étalages-terrasses, règlement des espaces verts, vandalisme, tags, etc.) du quotidien, incivilités comme le bruit dans les rues et les espaces verts causé par des passants, des véhicules, des événements incontrôlés ou des installations professionnelles (climatisation, etc.) ;
  • Protéger et surveiller les bâtiments et espaces verts municipaux ;
  • Accompagner les citoyens dans leurs déplacements, c’est-à-dire assurer la protection routière (contrôle du stationnement gênant, respect des voies de bus, des pistes cyclables, des couloirs vélos), la sécurité des piétons (refus de priorité, trottinettes électriques, etc.) ;
  • Faire respecter le partage de l’espace public (trottoirs, règlementation des étalages et terrasses, espaces verts, piétonisations, Paris–Respire) ;
  • Faire respecter les normes antipollution (vignettes Crit’air) ;
  • Assister les publics vulnérables et fragilisés, personnes âgées ou en situation de handicap, enfants aux abords des écoles ; mettre à l’abri les sans domicile, les migrants et les mineurs non accompagnés, prévenir les rixes, prêter assistance aux victimes et accompagner les dépôts de plainte (enfants, femmes victimes de harcèlement sexiste ou de violences, personnes victimes de discriminations, etc.) ;
  • Prendre en compte des services d’ordre (évènements mairies ou Hôtel de Ville).

L’équipement de ces agents a fait débat, notamment l’absence de taser ou d’arme à feu. Comment expliquer ce choix ?

C’est un choix politique qu’il ne m’appartient pas de discuter. Les agents disposent d’une bombe lacrymogène et d’un bâton de défense et ils possèdent un gilet pare-balle et des menottes. Ils seront bientôt équipés d’une caméra-piéton. En outre, des moniteurs sportifs formés et habilités entretiennent physiquement les agents et leur enseignent les placements et les gestes. Toute situation difficile est analysée et débriefée sur le tatami pour être améliorée. Nous exerçons des missions de proximité et on ne s’adresse pas à une personne avec qui on veut créer du lien muni d’un pistolet mitrailleur. Nous avons mis en place dans chacun des arrondissements des points de rencontre qui permettent ces contacts.

Comment ces 154 premiers policiers municipaux ont-ils été recrutés et formés ?

Ce sont des agents ASP ou ISVP qui étaient présents déjà dans la direction. Ils ont reçu, conformément à ce que nous a demandé la DGCL du ministère de l’Intérieur et le CNFPT, un enseignement équivalent à l’enseignement des policiers municipaux, en tenant compte, comme l’autorise la loi sécurité globale, de leur expérience et de la formation déjà reçue. Ils sont très motivés.

Depuis le 6 septembre, nous avons une deuxième promotion de 281 agents qui prendra ses fonctions mi-décembre. Entre temps, une promotion de 120 agents recrutés entame une formation de six mois le 8 novembre. Mi-janvier 2022, une troisième promotion débutera sa formation et ainsi de suite. Nous avons dû créer une école des métiers de la sécurité et recruter des formateurs. C’est un défi gigantesque que cette formation mais le CNFPT ne pouvait techniquement pas prendre tant d’agents en compte. Nous serons très vite la première police municipale de France.

Néanmoins, loin de me comparer à d’autres polices municipales, je veux au contraire faire grandir le statut des policiers municipaux. C’est pour cela que je me suis engagé comme vice-président dans l’association ANCTS (Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité). Je veux utiliser notre force numérique et organisationnelle pour faire avancer la profession. Je pense qu’il y a beaucoup de chemin à faire en établissant des liens plus clairs entre nos collègues des sociétés privées de sécurité et nos collègues policiers et gendarmes nationaux. Nous ne sommes pas en concurrence mais bien en coparticipation pour la tranquillité des citoyens, chacun avec ses compétences propres.

Les difficultés de recrutement sont majeures dans le secteur public, toutes fonctions publiques confondues. Alors que la seconde campagne de recrutement s’ouvre actuellement, faites-vous face aux mêmes problèmes ?

Nous avons lancé une campagne de recrutement il y a deux semaines à peine et nous avons déjà 290 candidats qui se pressent. Cela signifie que Paris attire. En effet, nous offrons ici une rémunération très avantageuse par rapport à d’autres polices municipales car il ne s’agit pas seulement de payer les heures supplémentaires en plus du salaire mais aussi de verser des primes de cycles et de pénibilité. En outre, quand on voit tous les évènements parisiens organisés comme Nuit blanche, la piétonisation des Champs Élysées, le 31 décembre sur les Champs, la Foire du Trône et surtout, les Jeux Olympiques que nous préparons déjà, c’est une grande chance de travailler à Paris.

En conclusion, je voudrais dire que le moment historique que nous avons vécu lundi dernier nous engage. Je veux une police professionnelle, ouverte aux besoins des Parisiens et humaine. Je suis très fier d’être à la tête de ces femmes et de ces hommes qui m’inspirent beaucoup par leur polyvalence totale. Dans la même journée, ils sont capables de mettre à l’abri des personnes sans-abri, verbaliser des commerçants sur des marchés, faire respecter une piste cyclable et verbaliser des cyclistes qui franchissent les feux rouges, rencontrer des jeunes pour prévenir les rixes devant une école, discuter avec des Parisiens à un point de rencontre, tranquilliser une voie piétonne ou un square, interpeller en flagrant délit des voleurs de portables, sauver une vie par les premiers gestes de secours à une personne victime d’un malaise cardiaque, verbaliser des auteurs de bruits, etc. En bref, nous avons de quoi faire et c’est notre quotidien.

Propos recueillis par Julien Prévotaux

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