Jérôme Libeskind : « Réduire les impacts environnementaux du “dernier kilomètre” »

Urbanisme

Jérôme Libeskind est expert en logistique urbaine et e-commerce, directeur du bureau d’études Logicités, expert WEKA sur la collection Aménagement des territoires. Il publie « Si la logistique m’était contée » chez FYP Éditions.

Quels sont les enjeux propres à la logistique que vous mettez en lumière dans votre livre « Si la logistique m’était contée » ?

Jérôme Libeskind

Jérôme Libeskind

Cet ouvrage est dans la continuité de mes deux premiers livres « La logistique urbaine – Les nouveaux modes de consommation et de livraison » et « La logistique urbaine au Japon ». Il s’agit, au travers de l’histoire de différents personnages méconnus ou oubliés, de comprendre comment la logistique urbaine a été prise en compte dans le fonctionnement du commerce, dans les décisions d’urbanisme, dans les choix industriels.

Les enjeux abordés dans ce livre sont nombreux mais au moins sur quatre niveaux : la proximité, la gestion différenciée des filières, la mutualisation des moyens et la transition énergétique.

Le regard sur l’histoire, mais aussi sur des expériences dans différents pays nous permet de mieux comprendre vers quelles directions nous devons orienter nos décisions, en matière d’urbanisme, de mobilité, de transport de marchandises, de développement durable.

Cet ouvrage illustré est un livre d’histoires, abordable pour tout lecteur, mais c’est aussi un livre très didactique, à destination des décideurs, notamment des acteurs des collectivités locales qui cherchent à mieux comprendre ce sujet vaste et complexe.

Que peuvent faire les collectivités locales pour désengorger les centres-villes et réduire les nuisances et la pollution liées aux livraisons ?

Elles disposent de très nombreux leviers, qui ne sont que partiellement utilisés. Les collectivités locales gèrent l’espace public et peuvent mieux accueillir cette fonction indispensable au fonctionnement même d’un territoire urbain. Elles peuvent agir sur la réglementation locale pour favoriser ou restreindre différentes pratiques ou types de véhicules. Au travers des documents d’urbanisme, elles peuvent définir des orientations claires du territoire. Elles peuvent agir sur les infrastructures de recharge, l’utilisation de modes alternatifs à la route, la mise en place d’espaces logistiques urbains ou un meilleur partage des capacités entre transport de personnes et de marchandises (commodalité). Elles peuvent surtout prendre l’initiative de mettre en œuvre des cercles de concertation locale, d’échanges de bonnes pratiques et de soutien aux initiatives locales.

Vous évoquez régulièrement le concept du « dernier kilomètre » ; à quoi cela fait-il référence ?

Le « dernier kilomètre » constitue la part du transport la moins optimisée et la plus impactante, sur le plan environnemental. Si le transport amont est souvent massifié, le transport aval, le « dernier kilomètre » est beaucoup plus fragmenté. Une part importante de ce « dernier kilomètre » n’est pas professionnalisée. Ce dernier maillon de la chaîne de transport se situe dans un territoire urbain souvent marqué par une densité, une volonté de développement d’un cadre de vie plus agréable, et une recherche de services de plus en plus rapides et performants.

Réduire les impacts environnementaux du « dernier kilomètre » constitue alors un enjeu majeur afin d’améliorer la qualité de vie des territoires urbains, tout en assurant le service indispensable de logistique permettant l’approvisionnement des commerces, des entreprises et des habitants.

Que pensez-vous de l’explosion du e-commerce et des nouvelles habitudes de consommation entraînées par la crise sanitaire ?

La crise du Covid-19 nous a apporté de nombreuses informations concernant la logistique. Tout d’abord, elle a mis sur le devant de la scène cette fonction indispensable à tout territoire urbain. Autre point, la période de confinement strict de mars-avril 2020 a montré qu’une ville sans voitures est plus respirable et surtout beaucoup plus facile à approvisionner du fait de la fluidité du trafic routier. L’e-commerce a connu une croissance inédite de 32 % sur une seule année. Les livraisons de repas ont explosé, dans un contexte social très contestable, du fait de la fermeture des restaurants. Ces tendances seront-elles pérennes ? Nombre de consommateurs ont découvert la livraison ou les drives et continueront probablement à utiliser ces services, même si nous pouvons raisonnablement penser qu’ils apprécieront, lorsque ce sera possible, de revenir s’attabler dans un restaurant. Le principal fait concernant l’e-commerce n’est pas nécessairement le chiffre de croissance, mais le fait qu’il devient un maillon indispensable dans la transformation du commerce physique. La complémentarité entre les canaux e-commerce et point de vente physique est plus que jamais d’actualité.

Propos recueillis par Julien Prévotaux

« Si la logistique m’était contée », FYP Éditions, mars 2021

« Si la logistique m’était contée : 12 histoires pour comprendre l’évolution du commerce et de la livraison », FYP Éditions, mars 2021

Jérôme Libeskind, expert en logistique urbaine et e-commerce, directeur du bureau d’études Logicités.

Disponible en librairie et sur la e-boutique Logicités.

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