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Thierry Colomar : “Le projet de loi sur les polices municipales est incomplet, il manque le côté social”

Statut

Le Sénat examinera le 3 février prochain le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres1. Ce texte déposé le 29 octobre 2025, issu de la grande concertation du "Beauvau" des polices municipales, propose de nombreuses avancées, en étendant notamment les prérogatives des policiers municipaux. Mais il n'intègre pas le volet social, comme l'a expliqué à WEKA Thierry Colomar, président de la Fédération nationale des policiers municipaux de France (FNPMF).

Auditionné par la commission des lois du Sénat le 20 janvier2, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a expliqué que le social n’était pas l’objet du texte. Le Gouvernement, qui a engagé la procédure accélérée, souhaite qu’il soit adopté avant les élections municipales de mars 2026.

Quelle est votre position vis-à-vis du projet de loi sur les polices municipales ?

Quelques-unes de nos propositions ont été retenues dans le projet de loi, mais pas la plus importante : le volet social. Même si ce texte apporte une forme de reconnaissance à la profession, les policiers municipaux se sentent déçus par ce projet de loi qui est de ce fait incomplet, notre demande la plus forte n’y figure pas. Or, les maires se servent de la police municipale comme promesse électorale, bien que 4 500 postes restent aujourd’hui vacants…

Plus précisément, quelles sont vos attentes en matière sociale ?

Nos demandes portent à la fois sur le statut et sur l’attractivité. Il y a seulement deux grades en catégorie C, gardien-brigadier et brigadier-chef principal. Il y a quelques années, un brigadier-chef principal était âgé d’environ 40/45 ans. Aujourd’hui, il a 25/27 ans et s’il ne passe pas de concours, il restera au même grade pendant toute sa carrière. Pour ce qui est du régime indemnitaire, il a été modifié en 2024. C’était censé donner un peu de souffle financièrement aux policiers municipaux. Ils devaient être suffisamment bien payés pour rester à leur poste et que cela empêche le mercato des polices municipales, mais certains maires ne veulent pas l’appliquer ou en profitent pour diminuer un peu ou augmenter très peu… Donc, des policiers municipaux quittent leur commune pour aller dans une autre où ils sont mieux payés. Ce projet de loi, lui aussi, va certainement augmenter le mercato des policiers municipaux. Car il prévoit une extension des prérogatives judiciaires à disposition des maires ; si le maire ne les leur donne pas, ils partiront dans d’autres communes et le mercato continuera. Les problèmes de recrutement continueront.

Il y a également le sujet de la retraite ?

Oui, elle n’a pas été revalorisée depuis trente ans. Nous voudrions que les primes soient intégrés dans la retraite comme c’est le cas pour la « prime feu » des pompiers. En effet, si à grade égal, un pompier et un policier municipal rentrent le même jour dans leur fonction, et qu’ils travaillent pendant disons trente ans, le pompier retraité touchera 600 euros de plus. Une nouvelle mesure prévoit aussi une bonification pour la retraite des pompiers volontaires. Nous, policiers municipaux, ne rechignons pas à travailler, mais on aimerait être reconnus. Car nos contraintes de danger sur la voie publique sont identiques à celle des policiers nationaux et des gendarmes, on court les mêmes risques. La situation est la conséquence du désengagement de l’État : manque d’effectifs, surcharge de travail, impossibilité à être aussi présents que nous sur la voie publique. On veut pourtant nous donner des prérogatives supplémentaires. Les policiers municipaux prennent des risques pour leur intégrité physique, tous les jours, parfois sans armes. Les maires ont la responsabilité d’assurer la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Les policiers municipaux ne font pas le travail de l’État. Il ne s’agit pas d’un transfert de compétences.

Vous avez adressé un courrier aux parlementaires. Quelles ont été leurs réactions ?

Nous sommes écoutés, mais sommes-nous entendus ? La lettre ouverte que nous avons adressée* en décembre 2025 aux députés et en janvier 2026 aux sénateurs a reçu cinq réponses… Certains groupes politiques, de gauche comme de droite, ne nous ont pas répondu, pas même un accusé de réception. Nous sommes conscients que le but ultime est la protection des concitoyens au service de laquelle nous sommes un outil, mais nous avons besoin que la profession soit reconnue, besoin d’attractivité et besoin d’évoluer.

Que pouvez-vous faire désormais ?

Nous n’avons aucune marge de manœuvre, nous subissons. Nous avons demandé à certains sénateurs de faire passer des amendements et nous restons attentifs à ce qui va être retenu.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

* cosignée par la Fédération nationale des policiers municipaux de France (FNPMF), la Fédération nationale des directeurs de police municipale (FNDPM), l’Association nationale des cadres de police municipale (ANCPM) et l’Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité (ANCTS).


1. Projet de loi relatif à l’extension des prérogatives, des moyens, de l’organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres, Procédure accélérée engagée par le Gouvernement le 29 octobre 2025

2. Polices municipales et gardes champêtres : audition de Laurent Nuñez, Audition, 20 janvier 2026 à 18h30

Posté le 23/01/26 par Rédaction Weka