Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Lionel Pérès : Je suis originaire de Sète et j’ai fait mes études à Montpellier, à la Faculté des Sciences. Mon service national m’a conduit chez les pompiers de l’Hérault, une expérience intense qui a profondément forgé mon sens du terrain et de la gestion de l’urgence. J’ai été adopté dans ce milieu, au cours de sept années passionnantes passées dans la salle opérationnelle départementale, où j’ai exercé comme cadre technique aux côtés des sapeurs-pompiers, une véritable immersion dans la gestion des crises. Ensuite, en tant qu’ingénieur territorial, j’ai évolué géographiquement de l’Hérault au Gard, puis du Gard au Vaucluse, où j’ai occupé pendant quinze ans des fonctions de pilotage en communes et agglomération : directeur des services techniques, directeur général adjoint, puis directeur général des services. Aujourd’hui, je suis DGS de la Ville de Vaison-la-Romaine, une collectivité à taille humaine, surclassée entre 10 000 et 20 000 habitants, riche en défis et en opportunités.
Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?
Lionel Pérès : Chef d’orchestre. Je ne joue évidemment pas de tous les instruments, mais j’apprends à reconnaitre le moindre faux pas dans la mélodie, détecte ce qui doit être corrigé, et synchronise tous les acteurs, sans jamais prendre leur place.
Pompier de service. Quand la machine politique ou administrative s’emballe, je suis celui qui intervient pour éteindre l’incendie, calmer les débats et remettre de l’ordre.
Magicien. Le budget est un tour de prestidigitation : composer avec des dotations que je découvre après le vote, prévoir des recettes dans une boule de cristal, et surtout trouver des formules et des ingrédients pour que tout fonctionne et s’améliore avec moins de ressources.
Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?
Lionel Pérès : La loyauté, la pierre angulaire de la relation avec l’exécutif, car sans elle rien ne tient.
La confiance, qu’il faut parfois apporter dans des contextes sensibles, pour libérer les initiatives.
L’empathie pour comprendre que chacun porte ses croyances, ses doutes et ses forces, et qu’il faut savoir s’adapter aux autres pour avancer ensemble.
Qu’est-ce qui vous fait lever chaque matin ?
Lionel Pérès : Chaque journée est une promesse d’imprévus, jamais identique à celle d’hier ni à celle de demain, où rien n’est jamais acquis. Cette incertitude, loin d’être un frein, est une source constante de motivation, l’adrénaline qui rythme mon quotidien, et surtout une opportunité permanente d’apprendre et de se remettre en cause.
Quel est le projet qui vous a le plus marqué ou dont vous parleriez avec fierté ?
Lionel Pérès : L’écriture de mon livre a été un véritable défi personnel. Ingénieur de formation, j’ai volontairement mis de côté le jargon technique pour m’adresser simplement et clairement à mes confrères, collègues et élus, venant tous d’horizons différents. Mon objectif était de rendre accessible un sujet souvent perçu comme complexe, parfois même opaque. Recevoir des retours où les lecteurs me confient « j’ai enfin compris » m’a profondément touché : c’est la plus belle des récompenses, un moment de fierté authentique qui donne tout son sens à la démarche.
Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?
Lionel Pérès : Mon rêve est de devenir maître de mon temps, de le piloter plutôt que de le subir. Apprendre à distinguer l’essentiel pour échapper à cette pression constante. Trouver un équilibre harmonieux entre mon couple, mes filles, mon travail et mes passions, en cessant de dire « je n’ai pas le temps de… » pour choisir consciemment « de ne pas passer de temps sur… ». C’est un ressenti intime, souvent difficilement mesurable, qui évolue au fil de l’âge, de l’expérience et des circonstances, même si je sais qu’il me reste encore du chemin à parcourir.
Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?
Lionel Pérès : Ce qui m’a toujours nourri, ce sont les rencontres avec des profils très divers, parfois même opposés, mais qui se révèlent complémentaires. Au SDIS, la proximité avec chacun, de Joris, jeune sapeur à Charles, haut gradé, était une véritable source d’énergie. Il est également enrichissant d’échanger autant avec le député local qu’avec Florian, son chauffeur, tant ces interactions offrent des perspectives variées. Dans les équipes politiques locales, la richesse réside dans ce savant mélange entre « monsieur et madame tout le monde » que sont les élus, chacun apportant ses expériences, ses doutes et sa vision.
La plus belle expérience restera sans doute celle de travailler avec Patrice, député-maire, un mandat malheureusement disparu aujourd’hui. Ce mode de fonctionnement m’a particulièrement marqué : l’équilibre subtil entre un élu partagé entre trois jours en circonscription ou en mairie et trois jours à Paris repose sur une confiance mutuelle et un respect clair des responsabilités. Chacun occupe une place complémentaire, et cette collaboration étroite a été profondément enrichissante.
Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?
Lionel Pérès : Sans aucun doute, je me réfère à Darwin qui disait : « Dans la lutte pour l’existence, les espèces qui réussissent ne sont pas nécessairement les plus fortes ou les plus intelligentes, mais celles qui s’avèrent les mieux adaptées aux conditions changeantes de leur environnement. » Cette citation illustre parfaitement l’esprit d’adaptabilité indispensable, cela en clin d’œil évident à Louis Rolland qui avait érigé en principe fondamental de la mutabilité des services publics.
Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?
Lionel Pérès : Mes deux sas de décompression pour prendre soin de moi sont la lecture d’un bon livre et quelques longueurs de bassin, qui me permettent de décrocher du tourbillon du quotidien. Je connais bien ces ressources bienfaisantes, mais je dois me battre contre moi-même pour leur accorder du temps, ce n’est donc pas encore quotidien. Ce sera ma bonne résolution de début d’année… comme tous les ans, mais cette fois, promis, j’essaie de faire mentir les statistiques.
Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?
Lionel Pérès : La transformation numérique des collectivités : le passage du tampon aux signatures électroniques, des registres papier aux bases de données dématérialisées. Cette révolution a bouleversé nos pratiques, nos façons de travailler et nos interactions humaines.
Le rapport au temps : aujourd’hui, l’instantanéité prévaut, personne ne veut plus attendre, c’est tout, tout de suite, une pression énorme sur notre capacité à laisser mûrir les idées.
Propos recueillis par Hugues Perinel