Dans certaines sociétés, la personne âgée est respectée et conserve un rôle social et familial ou s’en voit attribuer de nouveaux de par son âge. Elle peut continuer à s’occuper des petits-enfants ; on fait appel à son expérience et à son savoir.
Dans nos sociétés modernes occidentales, la place de la personne âgée est devenue plus malaisée. Si nos nouveaux retraités dynamiques et pleins de projets, qui ont souvent pour mission de garder les petits-enfants ou de les emmener en vacances, conservent longtemps un rôle, cela cesse d’être le cas lorsque la « véritable vieillesse » s’installe. Le placement en institution est alors souvent envisagé, première étape d’une démarche de mise à l’écart ou de ce qui peut en tout cas être perçu comme tel par la personne âgée.
La personne qui entre en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ou en unité de soins de longue durée (USLD) se retrouve presque toujours en situation de deuil, éloignée de tout ce qui a fait sa vie : deuil d’un conjoint, du lieu dans lequel elle a vécu, de l’animal qu’elle n’a pas pu emmener avec elle, de toute sa vie passée, des divers rôles qu’elle a pu avoir à assumer.
Elle est souvent envahie par un sentiment d’isolement, d’inutilité et, dans un certain nombre de cas, d’abandon. Ce sentiment est parfois totalement justifié, car les visites de certaines familles se font très rares. Régulières au début, il est fréquent qu’elles s’espacent progressivement : les familles s’en remettent au personnel soignant et ont, par ailleurs, du mal à faire face au vieillissement de leur parent.
Dans presque tous les cas de figure, même dans les familles très présentes qui entourent la personne âgée jusqu’à la fin, les visites des petits-enfants (ou arrière-petits-enfants) se font d’autant plus rares que leur aïeul avance en âge et dans la dépendance. L’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte peut ne pas souhaiter voir ce grand-père ou cette grand-mère âgée : ennui, autres intérêts, puis, plus tard, confrontation difficile à la dépendance, sentiment que les visites ne servent à rien lorsque la personne âgée ne peut plus vraiment échanger ou n’a plus l’énergie pour exprimer ce qu’elle ressent. Lorsqu’il s’agit de jeunes enfants, les parents sont souvent dans l’optique de les protéger de l’image difficile du grand âge : les visites auprès des aïeuls sont ainsi souvent réduites.
En outre, même lorsqu’il y a régularité des visites et que la relation familiale est préservée, l’inversion des rôles peut être difficile à vivre pour la personne âgée : auparavant chef de famille, référente et aidante, elle se retrouve en position d’aidée voire d’assistée. Au sentiment d’inutilité peut alors s’ajouter celui d’être une charge (ce qui est insupportable pour certaines personnes), tant au sein de l’institution qu’auprès de sa famille.
La personne âgée peut donc éprouver une réelle souffrance affective et se sentir totalement en marge de la vie et de ce qui faisait sa propre vie, développant ainsi la sensation d’être isolée et inutile.