Portraits d'acteurs

Martin Dizière

Martin Dizière

Directeur du pôle technique et de l'aménagement durable à la ville du Haillan

« J'aimerais pouvoir transmettre tout ce que j'ai appris sur le terrain, prendre du temps pour poser sur du papier cette expérience et l'enseigner à des étudiants. »

Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Martin Dizière : Issue d'une formation d'ingénieur généraliste, j'ai commencé ma carrière au sein d'entreprises du secteur automobile et de la construction en Italie et en France, avec une expérience de volontariat de la solidarité internationale en Afrique. Élu local en 2008 dans une petite commune iséroise, j'ai découvert le métier de l'ingénierie territoriale, que j'ai intégré en 2011 au sein de villes de 10 à 15 000 habitants d'abord dans le Jura pour la mise en place d'un agenda 21, puis en deuxième couronne de la Métropole de Lyon en tant que DGST. Je suis actuellement directeur du pôle technique et de l'aménagement durable à la ville du Haillan dans la Métropole de Bordeaux. Mon engagement associatif au sein de l'AITF m'a conduit à animer le groupe de travail des DST pendant une dizaine d'années.

Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?

Martin Dizière : Un artisan du territoire, car il faut savoir adapter la technique au modelage d'une ville, à son aménagement, avec patience et persévérance.

Être une vigie pour voir loin et anticiper les icebergs qui s'accumulent entre dérèglement climatique, chute de la biodiversité, défiance démocratique, isolement numérique.

Se transformer en MacGyver pour trouver des solutions rapidement et multiples, parfois improbables mais efficaces !

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Martin Dizière : Il faut nécessairement de la polyvalence pour jongler avec les sujets du plus spécifique à celui qui sera structurant pour les décennies à venir. J'y ajoute une bonne dose d'optimisme ou de foi dans l'avenir pour déverrouiller les freins du quotidien, en particulier quand il s'agit d'injonctions contradictoires de réglementations à la hausse avec des budgets à la baisse. Un peu de curiosité pour ce qui est nouveau, car c'est souvent par de l'innovation que l'on peut se sortir par le haut d'une situation problématique et beaucoup de calme.

Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?

Martin Dizière : Je me lève avec l'envie d'agir ! J'aime me dire que mon travail a du sens, qu'au travers des multiples réunions, mails et appels de la journée, j'aurai fait évoluer un peu le visage de « ma » ville : en voyant l'avancée du chantier d'une école ou en discutant les plans de nouveaux cheminements sécurisés pour tous, ou encore en participant à une réunion de concertation avec les habitants.

Quel est le projet qui vous a le plus marqué ou dont vous parleriez avec fierté ?

Martin Dizière : J'aurais voulu mettre en avant des projets spécifiques comme un atlas de la biodiversité communale, un marché global de performance pour construire une école en bois-paille, le passage en ville 30, ou des démarches plus globales comme devenir une ville cittaslow ou construire son agenda 21. Mais à la réflexion, c'est la réalisation d'un schéma directeur immobilier et énergétique dont je suis le plus fier. J'avais commencé une formation sur la gestion des actifs municipaux avec la Fédération Québécoise des Municipalités, grâce à une coopération de l'AITF avec la Fédération internationale des ingénieurs municipaux, mais la crise du Covid m'avait contraint à tout arrêter. Cette formation était généralisée à l'ensemble des collectivités du Canada. J'ai pu le proposer dans ma collectivité actuelle et cela a suscité un réel travail transversal interservices entre techniques et finances, en impliquant les différentes délégations (éducation, culture, sport...), tous les élus, pour aboutir à une vision partagée des 50 bâtiments, support de nombreux services publics.

Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?

Martin Dizière : J'aimerais pouvoir transmettre tout ce que j'ai appris sur le terrain, prendre du temps pour poser sur du papier cette expérience et l'enseigner à des étudiants. Cela reste encore assez flou, mais c'est un rêve que j'espère voir se réaliser !

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

Martin Dizière : J'ai débuté ma carrière en Italie et l'un de mes premiers chefs qui était anglais, Chris, m'a appris que la confiance et le droit à l'erreur de la culture anglosaxonne étaient de formidables accélérateurs pour développer le potentiel d'une personne. Et puis j'ai envie de dire que beaucoup des collègues rencontrés via le réseau de l'AITF ont été essentiels pour ma carrière, car ces gens passionnés par leur métier m'ont fait découvrir des innovations, m'ont transmis une envie de coopération, de partage d'expériences, de recherche d'amélioration du quotidien des citoyens.

Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?

Martin Dizière : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson », une citation attribuée à Confucius. Cela reflète bien ma perception que la personne, le citoyen, l'habitant est au cœur de la vie en société et qu'il est désirable de chercher l'autonomie de chacun en le rendant capable de faire, d'agir. C'est encore une fois une certaine image des services publics, mais aussi du travail en général.

Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?

Martin Dizière : Depuis quelques temps, j'adore courir pendant la pause méridienne. Cela me permet d'évacuer le stress tout en parcourant ma collectivité, tel un terrain de jeu, en laissant mon esprit s'évader et faire des associations parfois improbables. Et si j'ajoute un podcast de Radio France de préférence ou de Bababam, je suis aux anges !

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?

Martin Dizière : La conférence internationale sur le Climat de Copenhague en 2009 (COP15), car j'y ai cru au point où elle m'a fait décider de quitter la sécurité d'une carrière confortable dans le privé au sein de multinationales pour faire de mon travail le sens de ma vie, travailler pour le bien commun.

La crise du Covid comme pour beaucoup, car elle a mis en évidence la fragilité de nos sociétés sur les chaines d'approvisionnement, sur notre système de santé, mais aussi sur notre capacité à vivre ensemble en confiance. Cela reste à mes yeux un défi à relever pour les années à venir.

 

Propos recueillis par Hugues Perinel

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