Portraits d'acteurs
Émilie Ginet
DGA Ressources, Conseil et Performance au sein de la CC Auray Quiberon Terre Atlantique
« Dans un contexte de contraintes budgétaires et de défiance accrue à l'égard de l'action publique, je pense que nous avons plus que jamais le devoir de porter des politiques publiques efficientes. »
Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Émilie Ginet : Depuis janvier 2025, je suis DGA Ressources au sein de la CC Auray Quiberon Terre Atlantique, dans le Morbihan. J'encadre une trentaine d'agents, répartis au sein de cinq services.
Diplômée du master Affaires publiques de Sciences Po Paris, j'y ai « découvert » la fonction publique territoriale. En 14 ans de carrière, j'ai évolué dans 4 collectivités, principalement des intercommunalités :
- De 2012 à 2016 : Grand Paris Seine Ouest, Communauté d'agglomération puis Établissement public territorial des Hauts de Seine
- De 2016 à 2022 : Grenoble-Alpes Métropole
- De 2022 à 2024 : Commune de Tignes en Savoie
- Depuis 2025 : Auray Quiberon Terre Atlantique, Communauté de communes du Morbihan
Mon expertise métier s'est construite autour du pilotage des contrats complexes, ainsi que de la planification et de la stratégie financière. J'ai d'abord occupé des fonctions de responsable de service, avant d'évoluer sur des fonctions de cadre dirigeante, fonctions de pilotage stratégique dans lesquelles je m'épanouis pleinement aujourd'hui.
Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?
Émilie Ginet : Dans le cadre d'une réorganisation de ma DGA, j'ai fait évoluer mon intitulé de poste : de DGA Ressources à DGA Ressources, Conseil et Performance. Ces trois mots traduisent ma vision stratégique de mon métier actuel. Je pilote les services support / fonctions ressources transversales (finances, commande publique, juridique, systèmes d'information, innovation publique, relation usagers, conseil de gestion), qui interviennent en appui des services métiers / opérationnels.
Je positionne ces fonctions dans un rôle de conseil, et non de contrôle/visa a posteriori ; dans un fonctionnement optimal, les fonctions ressources sont associées en amont des projets car elles ont une expertise complémentaire de celles des services métiers ; si nous ne mettons pas en œuvre directement les politiques publiques, notre vision transversale peut néanmoins être utilement mise à profit.
Les fonctions ressources doivent être de véritables partenaires stratégiques, et non de simples « prestataires » au service des opérationnels. Ainsi, la performance devient collective, et ne s'oppose pas à la robustesse. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de défiance accrue à l'égard de l'action publique, je pense que nous avons plus que jamais le devoir de porter des politiques publiques efficientes.
Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?
Émilie Ginet :
- La transversalité : c'est mon moteur. J'aime plus que tout faire dialoguer différentes expertises.
- Le pragmatisme : la sécurisation de l'action de la collectivité ne doit pas conduire à bloquer les projets. Un des plus beaux compliments qu'on m'ait fait, c'est un élu qui a loué ma capacité à trouver toujours des solutions, même quand l'horizon paraît bouché.
- L'humilité : la capacité à rester accessible et humaine en tant que manager. Je n'ai pas de problème à dire « je ne sais pas », ou à reconnaître que je me suis trompée dans une analyse.
Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?
Émilie Ginet : La vie est courte par rapport à toutes les possibilités qu'elle nous offre. C'est sans doute pour ça que je déteste faire du surplace. J'ai besoin en permanence d'apprendre, de m'améliorer, de découvrir de nouveaux horizons, et je me fixe sans cesse de nouveaux objectifs, de nouveaux défis, de nouveaux projets. Au fil du temps, j'ai compris que ça pouvait être assez fatigant pour les gens qui m'entourent, alors j'ai aussi appris à rester au lit avec un bon livre !
Quel est le projet qui vous a le plus marquée et dont vous êtes la plus fière ?
Émilie Ginet : Le projet qui m'a le plus marquée est le renouvellement du mode de gestion des remontées mécaniques à Tignes. En travaillant sur ce dossier, j'ai contribué à un choix qui, sur le papier, engageait la destinée de la commune pour les 30 prochaines années. Le travail sur un contrat de DSP pour l'exploitation des remontées mécaniques s'est rapidement transformé en réflexion sur un projet de territoire à horizon 2050.
Le sentiment de vivre un tournant historique pour ce territoire était d'autant plus flagrant que les réflexions se sont amorcées dans un contexte d'accélération des impacts du changement climatique (l'été 2022 a été dramatique pour le glacier de la Grande Motte, fleuron du ski d'été, et symbole d'une époque où la station fonctionnait 365 jours par an). La prise en compte des enjeux liés aux transitions s'est ainsi accélérée.
Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?
Émilie Ginet : J'ai choisi la territoriale avec l'idée de travailler au service de territoires variés. Mes choix professionnels ont ainsi été guidés par la possibilité de vivre dans des endroits exceptionnels. Se réveiller tous les matins au cœur du cirque naturel de Tignes, hiver comme été, est assez magique.
Emménager en baie de Quiberon à l'heure du classement Unesco des Mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan était une belle manière de découvrir ce territoire et de s'imprégner de sa culture et de ses traditions. Même si j'ai jeté l'ancre en Bretagne et que je m'y vois bien vieillir, j'espère avoir l'occasion de diversifier encore mes points de chute avant de partir à la retraite !
Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquée dans votre carrière ?
Émilie Ginet : Au fil des années, et des rencontres, je m'aperçois que je continue de me référer à des apprentissages qui datent de mes premiers pas en tant que cadre territoriale. Je dois beaucoup à ma première directrice des Finances, qui, sans forcément le savoir (ce n'était pas ma responsable hiérarchique), m'a transmis des méthodes de travail et des réflexes qui structurent encore aujourd'hui ma façon d'agir.
J'ai également eu la chance d'évoluer très tôt aux côtés d'un DGS, également DG d'entreprise publique locale, qui demeure mon modèle en termes de management au sens large (élus compris). Je lui dois énormément.
Plus récemment, la rencontre avec Dayana Chamoun-Fievée, Présidente de Dirigeantes et Territoires, et la confiance qu'elle m'a témoignée en me confiant un rôle au sein de l'association, m'ouvre d'autres perspectives, en me permettant d'œuvrer pour la parité au sein des collectivités.
Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?
Émilie Ginet : Ce n'est pas une citation, mais je suis vraiment adepte de l'expression proverbiale « Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin », que je trouve à appliquer dans ma vie perso comme dans ma vie pro. Je ressens une réelle fierté quand je parviens à faire aboutir des dossiers travaillés en transversalité, en associant des collègues d'horizons différents, et que je constate que le résultat excède la seule somme des expertises.
Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?
Émilie Ginet : Je prends mon temps le matin, et j'assume de ne pas arriver parmi les premiers au boulot (même si ce n'est pas toujours évident !). Je prends le temps de réveiller en douceur mes deux fils. Je distribue et je reçois une bonne dose de câlins et d'amour pour commencer la journée ! Et c'est un moyen pour moi d'équilibrer vie pro-vie perso, de concilier mon engagement professionnel et ma vie de maman, car je sais que je suis mentalement plus disponible le matin que le soir après ma journée de travail.
Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?
Émilie Ginet : Le travail en mode hybride. Même s'il ne me viendrait pas à l'idée de contester l'utilité sociale du télétravail et des outils de visioconférence, je constate parfois avec un brin de nostalgie l'étiolement des collectifs de travail depuis la période Covid.
La responsabilité financière des gestionnaires publics. Sur le principe, je trouve que cette réforme a du sens. Néanmoins, j'attends avec impatience que les choses se stabilisent, afin que nous puissions retrouver de la sérénité dans l'exercice de nos missions.
Propos recueillis par Hugues Perinel
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