Portraits d'acteurs
Alexis Lambert
Directeur général des services du CDG 05
« Quand on exerce des responsabilités assez jeune, la question de la maturité prend une place centrale puisque votre jeunesse devient une caractéristique, un signe distinctif amenant son lot d'idées reçues. »
Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Alexis Lambert : J'occupe les fonctions de Directeur général des services du CDG 05 depuis le 1er janvier 2023 après avoir réalisé une année de direction par intérim. Mon parcours professionnel témoigne d'une ascension expresse, assez atypique dans la fonction publique territoriale puisque je n'avais que 25 ans quand j'ai commencé à occuper les fonctions de direction, d'abord par intérim puis pleinement, et c'était seulement deux ans et demi après la fin de mon master 2.
J'ai réalisé l'intégralité de mon cursus universitaire à l'Université Grenoble Alpes à la faculté de Droit, soit licence, Master 1 droit public et Master 2 Administration et collectivités locales. C'était des années exceptionnelles où j'ai eu la chance de côtoyer des enseignants de Droit public particulièrement inspirants qui m'ont donné cette vocation pour les matières juridiques en lien avec le service public local.
Pendant mes années universitaires, j'ai consacré une énergie importante à un projet de thèse qui n'a malheureusement pas pu être financé. Face à cette grande désillusion, j'ai alors fait le choix de m'installer dans les Hautes-Alpes, mon département d'origine pour faire le point, et j'ai intégré directement le CDG 05 en qualité de contractuel sur des fonctions de juriste statutaire. À la suite de ma réussite au concours d'attaché territorial, j'ai occupé les fonctions de responsable des affaires juridiques et du fonctionnement des instances paritaires. Des difficultés organisationnelles ont entraîné une vacance de poste durable sur les fonctions de Direction générale des services, ce qui m'a amené à être considéré comme une alternative crédible par le conseil d'administration après un intérim jugé concluant.
Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?
Alexis Lambert :
- Construction : construction d'un projet, de relations, de confiances, de partenariats.
- Ambassadeur : ambassadeur de la fonction publique territoriale, du CDG 05, de ses missions, de ses valeurs, du service public local et de ses agents.
- Accompagnement : L'accompagnement des élus, dans leurs réflexions, leurs compréhensions des enjeux propres au CDG et l'accompagnement des agents sous ma responsabilité vers leur progression et l'atteinte de leurs pleins potentiels.
Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?
Alexis Lambert : Je pense qu'il faut de la fiabilité. Techniquement tout d'abord dans le cadre de nos domaines d'expertise, puis dans les rapports humains tant envers les agents, qu'envers les élus, les collectivités ou les partenaires. Il faut également une forme de constance dans ses valeurs, dans son savoir être et dans ses engagements. Je pense enfin que le DGS doit être visionnaire : il doit voir au-delà de la gestion quotidienne, des affaires courantes et se projeter sur le moyen ou long terme pour définir les enjeux afin de mieux les appréhender.
Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?
Alexis Lambert : Professionnellement, c'est le fait de travailler pour le territoire des Hautes-Alpes et pour le développement de ses collectivités locales à travers leurs ressources humaines. Je pense qu'il y a toujours une part liée aux émotions ou à nos ressentis dans nos choix ou nos motivations.
Travailler pour les Hautes-Alpes, un territoire au cadre de vie exceptionnel, qui m'a accueilli et m'a vu grandir, constitue pour moi une source puissante de sens. Je sais que ma carrière m'emmènera vers d'autres territoires, tout aussi intéressants, mais il n'y aura peut-être pas ce lien d'affection que j'éprouve, et que j'ai parfois du mal à expliquer, envers ces montagnes, ces vallées. Je me demande souvent quel directeur je serai sans ce lien fort avec mon territoire.
Quel est le projet qui vous a le plus marqué ou dont vous parleriez avec fierté ?
Alexis Lambert : Le CDG 05 a traversé des crises majeures qui ont fragilisé sa position d'établissement public de référence sur le territoire, avec un déficit d'image notoire. Ma plus grande fierté est d'avoir contribué à redonner de la crédibilité aux agents du CDG 05 grâce au projet porté lors de la précédente mandature. Je garde notamment en mémoire l'inauguration de nos nouveaux locaux le 2 octobre 2025 avec la présence de nombreux élus et représentants institutionnels.
Au-delà de l'inauguration du bâtiment lui-même, les discours donnaient le sentiment que c'était le « nouveau » CDG 05 qui voyait le jour, incarnant des valeurs renouvelées, une efficacité retrouvée et un engagement réaffirmé. Le Président Marcel Cannat a d'ailleurs tenu à ce que je coupe moi-même le ruban inaugural. Pour un CDG, établissement au service des agents publics, dont le travail s'exerce souvent dans l'ombre et dont l'action est parfois insuffisamment reconnue, le fait que le Président souhaite que son directeur général procède à cette inauguration revêtait, à mes yeux, une forte portée symbolique.
Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?
Alexis Lambert : En réfléchissant, je me rends compte que je n'ai pas forcément de rêve. J'ai des souhaits, des aspirations, des espérances. Le rêve renvoie pour moi à des chimères, à des idées sans rapport à la réalité et j'ai plutôt l'obsession du réel. Je crois que j'en ai eu mais aujourd'hui, je dois me résoudre au fait, qu'objectivement, je ne gagnerai jamais le Tour de France, ni Roland-Garros.
Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?
Alexis Lambert : Le Professeur Romain Rambaud de l'université Grenoble Alpes, qui m'a vraiment donné la vocation pour le droit public du fait de son enseignement novateur, notamment sur les aspects pédagogiques. Je crois d'ailleurs que, de son fait, de nombreux étudiants ont dévié vers une carrière de publiciste sur ces années-là, alors qu'on évoquait souvent la perte d'intérêt pour ces parcours. Des étudiants qui sont depuis venus garnir les rangs des administrations publiques avec conviction et un intérêt réel pour les questions liées au droit public.
Ensuite, il y a eu le Président du CDG 05, Marcel Cannat. On évoque souvent la relation entre un directeur et l'exécutif comme un facteur de difficulté, on oublie souvent que cette relation peut également être un puissant moteur de réussite. Je le connaissais dans le cadre d'une relation institutionnelle lointaine, mais on peut dire que j'ai vraiment rencontré Marcel Cannat quelques semaines avant qu'il me demande d'occuper les fonctions de direction par intérim, et je me souviens du lien de confiance qui s'est immédiatement créé entre nous. On a par la suite vécu une aventure professionnelle forte, basée sur cette confiance, et je pense que nous avons réussi à en faire quelque chose de bénéfique pour le CDG 05 et le territoire des Hautes-Alpes.
Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?
Alexis Lambert : Il y a récemment une citation de Susan Neiman, philosophe et essayiste américaine, qui m'a particulièrement marqué : « Les idéaux dessinent une image de ce que le monde devrait être ; l'expérience nous apprend qu'il est rarement tel qu'il devrait être. La maturité consiste à se confronter à cet écart, sans pour autant abandonner ces idéaux, ni cette expérience. »
Au-delà de la maturité, cette citation renvoie à des images fortes pour moi, comme l'expérience, dont j'ai cruellement manqué par moments, et les idéaux qui ont pu parfois être tancés par l'exercice des responsabilités et le gain d'expérience, justement. Quand on exerce des responsabilités assez jeune, la question de la maturité prend une place centrale puisque votre jeunesse devient une caractéristique, un signe distinctif amenant son lot d'idées reçues. J'ai souvent voulu paraître plus expérimenté que je ne l'étais et je devais être le seul vingtenaire de France qui voyait la trentaine arriver comme une bénédiction. Au final, l'idée qu'il y ait un monde tel qu'il est, un monde tel qu'il devrait être et que j'ai la possibilité d'essayer de rapprocher ces deux mondes par mon action, c'est une vraie boussole, notamment professionnellement.
Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?
Alexis Lambert : J'ai très vite compris qu'une carrière professionnelle, c'était long et que mon efficacité dépendait principalement de mon bien-être physique et mental. Par conséquent, il fallait que je travaille sur différents aspects, à l'instar d'un sportif de haut niveau, pas forcément dans un cadre quotidien mais d'une manière ritualisée. Cela commence par ma santé physique, via une activité physique régulière et variée ainsi qu'un mode de vie sain passant par l'alimentation, le sommeil.
J'ai ensuite eu la chance de pouvoir être accompagné par le CDG 05 sur les aspects liés à la santé mentale au travail. J'encourage d'ailleurs les dirigeants territoriaux à travailler sur ces aspects puisqu'en tant qu'encadrants, nous sommes responsables de la santé mentale et physique des agents sous notre responsabilité, ce que nous ne pouvons faire efficacement que si nous sommes nous-mêmes dans de bonnes dispositions. Cela m'a permis d'avoir d'emblée de bons réflexes sur la prévention des atteintes à ma propre santé mentale en conciliant vie pro/vie perso, en déconnectant numériquement, socialement ainsi qu'en interrogeant mon propre rapport au travail.
Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?
Alexis Lambert : Le premier changement correspond à l'échec que j'ai évoqué de mon premier projet vers l'enseignement universitaire en 2019. Mes années universitaires ont été marquées par un engagement total en vue de la réalisation d'une thèse et, lorsque j'ai constaté quelques semaines avant la fin de mes études, que les conditions matérielles ne seraient pas remplies, cela a été une profonde remise en question qui m'a amené à retourner dans les Hautes-Alpes afin de me ressourcer et de mieux rebondir. Je n'imaginais pas alors que ce choix m'amènerait, quelques années plus tard, aux fonctions de direction que j'occupe actuellement.
Le deuxième changement est institutionnel. En 2020, le changement de Président au CDG 05 avec la volonté claire d'incarner une politique de rupture. Ce changement a créé des opportunités en interne dont j'ai pu bénéficier.
Propos recueillis par Hugues Perinel
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