Portraits d'acteurs

Michael Restier

Michael Restier

Directeur ANPP Association Nationale des Pôles territoriaux et des Pays

« Mon rôle consiste à accompagner et promouvoir des dynamiques territoriales et à plaider pour une vision exigeante du développement local portée par les Territoires de projet (Pays, PETR, GAL). »

Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Michael Restier : J'ai structuré ma formation initiale avec un parcours en droit public (à La Rochelle, puis à Paris 1), qui m'a donné une grille de lecture institutionnelle solide, complétée par une approche plus opérationnelle avec un Master en aménagement du territoire à Paris 4, et plus analytique avec une certification en stratégie des organisations au CNAM. Je débute ainsi ma carrière en 2006, et avais déjà une conviction : travailler dans ou pour le secteur public.

Après une brève expérience dans une agence de communication institutionnelle, j'intègre l'ANPP en 2008 d'abord comme chargé de mission, puis l'on me propose la direction adjointe en 2012, puis la direction en 2014. C'est une structure passionnante qui n'a cessé d'évoluer depuis 20 ans. L'ANPP était à mes débuts plutôt un centre de ressources et d'étude, ce qu'elle est toujours. Mais son activité s'est depuis beaucoup réorientée en matière de représentation auprès des pouvoirs publics. À mon arrivée, j'étais le seul collaborateur, nous sommes aujourd'hui 5, ce qui est une vraie gageure compte tenu du contexte financier que connaissent la plupart des structures de notre secteur. Notre chance (résultante de notre/mon engagement continu) réside dans le soutien fort du réseau des Territoires de projet et des acteurs ruraux, qui s'est élargi au fil des années et que je cultive chaque jour.

Je travaille aujourd'hui à l'interface entre les territoires, élus et agents, les pouvoirs publics (ministères, parlementaires, opérateurs de l'État, opérateurs privés) avec une responsabilité centrale : rendre intelligibles et opérantes des politiques publiques ambitieuses, mais souvent perfectibles. En résumé : mon rôle consiste à accompagner et promouvoir des dynamiques territoriales et à plaider pour une vision exigeante du développement local portée par les Territoires de projet (Pays, PETR, GAL).

Je profite d'ailleurs de ce portrait pour remercier mes administrateurs qui m'ont fait confiance en me proposant la direction de la fédération à seulement 30 ans.

Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?

Michael Restier : Alors je me prête à l'exercice qui n'est pas si simple : animateur de réseaux, représentant d'intérêts territoriaux pro-actif, ambassadeur des territoires convaincu, et je l'espère convaincant !

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Michael Restier : Se sentir l'âme d'un pare-feu, d'un amortisseur et d'une pile réunis : pour mon équipe tout d'abord, pour nos élus, pour nos adhérents naturellement, pour nos partenaires. Je plaisante à peine !

Une lucidité couplée à l'optimisme : bien appréhender la complexité des enjeux, les contraintes, les ambitions, les synergies entre acteurs, sans les idéaliser, ni les sous-estimer.

Une créativité : quand une porte se ferme, il faut savoir rentrer par la fenêtre, et donc être agile et persévérant pour faire entendre nos convictions.

Une constance : dans le comportement, la posture et le discours pour garantir la pérennité des relations établies avec nos interlocuteurs. Cette qualité est fondamentale. C'est aussi de l'intelligence émotionnelle.

Enfin, dans nos métiers, il ne faut pas être une feuille portée par le courant d'air du moment. La prise de recul et la démarche critique sont indispensables au quotidien.

Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?

Michael Restier : À titre personnel, trois choses : la soif d'apprendre, l'interaction humaine et porter des valeurs qui me sont chères (concertation, participation, inclusion, transversalité dans l'action publique, transition écologique, soutien à l'ingénierie de projet...).

À titre professionnel, contribuer à l'ambition du déploiement d'une stratégie forte à destination du local, même face à des pouvoirs publics qui trop souvent ont perdu la boussole du bon sens.

Quel est le projet qui vous a le plus marqué ou dont vous parleriez avec fierté ?

Michael Restier : Ce qui me rend fier ? Diriger cette belle association depuis plus de 10 ans est déjà un motif de fierté, tant les sujets transversaux sont variés et la dynamique stratégique doit rester vive, constante. En fait, il y en a pleins de petits projets qui m'animent et je cite spontanément : la publication de nos vadémécums, les rencontres régionales avec les acteurs locaux de notre réseau, le déploiement de nouveaux partenariats, la ligne associative que nous portons (parité dans la gouvernance, inclusion numérique pour les personnes souffrant de dyschromatopsie, bilan carbone de l'association, formation au PSC1 des agents, 80 % télétravail pour les salariés...), mon relationnel de confiance avec mes élus depuis 18 ans (que j'admire par leur engagement)...

Mais s'il fallait n'en retenir qu'un seul : la Fresque de l'Engagement local, que je résume ainsi quand je la présente. Cette fresque est pour moi l'outil indispensable à tous les collectifs engagés pour découvrir ou redécouvrir une posture et une connaissance des enjeux locaux et du fonctionnement de son écosystème. Il s'adosse à un réseau de fresqueurs experts plus confirmés les uns que les autres. Elle est "un moment à part lors duquel les collectifs (de l'association de quartier, à un groupe d'élus, des consulaires, des agents de la FPT…) décryptent d'une manière collective et partagée l'identité et les enjeux du territoire, abordent les concepts du développement local et s'approprient un vocabulaire commun, cartographient les dynamiques d'acteurs et posent les bases d'un projet de territoire, d'un outil tel que le SCoT ou un PAT. L'outil permet, notamment en ce début de mandat, de consolider sa connaissance de l'écosystème local.

Je suis en effet fier d'avoir contribué à développer un tel outil, en sortant ainsi du cadre dans lequel j'évolue habituellement, qui m'a fait découvrir un vocable et acquérir des compétences nouvelles : commercialisation, marketing, design, droit de la propriété intellectuelle... Passionnant ! Je ne peux qu'inviter à la découvrir et à la mobiliser.

Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?

Michael Restier : Je caresse l'espoir que les pouvoirs publics reconnaissent enfin un statut de développeur local. C'est une fonction aux multiples facettes (conseiller politique, consultant, juriste, manager, aménageur, RH...) qui est systématiquement interrogée. Notre réseau est l'illustration de cette ingénierie indispensable et de grande qualité. Pour l'ANPP, je porte le principe du 1 % ingénierie qui consisterait à sanctuariser 1 % des enveloppes dédiées à l'investissement pour financer les postes répondant à ce métier.

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

Michael Restier : J'ai eu la chance de rencontrer tellement de personnalités connues ou non médiatisées, que je ne saurai par où commencer ! Spontanément, Lucien Goyhenne, mon professeur d'histoire-géographie au collège, une révélation pour l'engagement, pour la géographie, pour l'amour des cartes.

Michel Carmona, ancien président de l'Université Paris 4, aujourd'hui disparu, pour sa confiance (il a été mon directeur de thèse un moment) et son espièglerie intellectuelle.

Claire Monod, ma chargée de travaux dirigés à l'université, pour ses convictions et aussi son exigence à mon égard, qui a été un formidable booster personnel.

Jean Glavany, qui a été le premier président que j'ai connu à l'ANPP, pour sa rigueur et hauteur intellectuelle.
Raymond Vall, pour son énergie et sa confiance, Josiane Corneloup, pour sa force de travail et son aura, tous deux également anciens présidents de l'association.

Mais aussi tous ces élus remarquables avec lesquels j'ai aimé travailler : Martine Boutillat, Pierre Leroy, Béatrice Latouche, Nicolas Soret, Serge Mechin, Frédéric Wallet, Jean-Pierre Jallot et tous ceux que je n'ai pas cités !

Enfin, tous les agents, chers collègues, de belles rencontres qui produisent de belles amitiés ! C'est grâce à tous ces acteurs que je me suis construit au fur et à mesure et que se sont forgées mes convictions d'aujourd'hui. Je vous remercie pour cette question et, comme j'ai rarement l'occasion de pouvoir le faire, je les remercie d'avoir croisé ma route.

Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?

Michael Restier : « Souvent la foule trahit le peuple » de Victor Hugo. Sans plus d'explication, je pense que chacun comprendra la portée de cette citation en cette période si particulière de notre "époque moderne".

Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?

Michael Restier : Je n'ai pas de routine formalisée. Mais déjà me ressourcer dans ma région, la Bretagne, thé vert à la menthe, lecture quotidienne, randonnée de 15 kilomètres chaque fin de semaine, 10 000 pas par jour, parler peu de travail avec mes proches et un "plaisir coupable" : les séries politiques.

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?

Michael Restier : Un négatif : le glissement insidieux et persistant de l'État parfois aveugle qui ne se donne pas les moyens d'une vision territoriale assumée, tout en empilant des dispositifs partisans, que j'observe avec regret depuis près de 20 ans.

Un positif : le passage au 80 % télétravail, un gain de temps, de vie, de confort personnel pour toute l'équipe de l'association, directeur inclus, qui me permet d'aller plus encore à la rencontre de nos partenaires et de nos adhérents.

Merci sincèrement à l'équipe WEKA pour cette sollicitation qui m'a permis d'exprimer ces propos !

 

Propos recueillis par Hugues Perinel

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