Dans le même temps, plusieurs organisations syndicales, dont Solidaires Fonction Publique, alertent publiquement le gouvernement sur « l’urgence des rémunérations des agentes et agents publics » dans un courrier adressé le 11 mai 2026 à David Amiel, ministre de l’Action et des comptes publics et chargé de la fonction publique. Cette prise de position illustre une montée des tensions salariales qui concerne directement les collectivités territoriales, confrontées à des difficultés d’attractivité et de fidélisation de plus en plus fortes.
Une revalorisation du point d’indice qui ne répond pas pleinement aux attentes des agents publics
L’étude de l’Insee révèle que le salaire net moyen des agents de la fonction publique de l’État a progressé de 2,6 % en euros constants en 2024, après deux années consécutives de recul du pouvoir d’achat. Cette amélioration résulte principalement de plusieurs mesures générales, notamment l’augmentation de 1,5 % de la valeur du point d’indice au 1er juillet 2023, ainsi que l’attribution de cinq points d’indice supplémentaires au 1er janvier 2024.
Cependant, l’analyse détaillée de l’Insee montre que cette progression est surtout portée par les primes et les mesures indemnitaires spécifiques mises en œuvre dans certains ministères. Cette réalité mérite d’être soulignée car les collectivités territoriales ne disposent pas toujours des mêmes marges de manœuvre budgétaires et indemnitaires que l’État pour soutenir l’attractivité des rémunérations. Les primes ont ainsi augmenté de 9,8 % en euros constants en 2024, alors que le traitement indiciaire brut n’a progressé que de 0,6 %. Cette distinction est essentielle pour comprendre le malaise actuel d’une partie des agents publics. Le traitement indiciaire demeure le socle principal de la rémunération publique et constitue également la base du calcul des pensions de retraite. Or, son évolution reste encore limitée au regard des pertes de pouvoir d’achat accumulées depuis plusieurs années.
Cette situation produit des conséquences très concrètes. Dans certaines collectivités, des recrutements doivent désormais être relancés plusieurs fois faute de candidats, notamment sur les métiers techniques, sociaux ou de police municipale. Les collectivités doivent désormais recruter dans un environnement devenu particulièrement concurrentiel, y compris face au secteur privé. Les grilles indiciaires territoriales apparaissent souvent insuffisamment attractives sur de nombreux métiers en tension : secrétaires de mairie, policiers municipaux, métiers techniques, travailleurs sociaux, médecins territoriaux ou encore professionnels du numérique. Dans ce contexte, la question du point d’indice dépasse largement la seule problématique budgétaire. Elle devient un enjeu stratégique de maintien de l’attractivité et de continuité du service public local.
Des tensions salariales qui fragilisent durablement les politiques RH territoriales
L’étude de l’Insee met également en évidence des inégalités salariales persistantes au sein de la fonction publique. En 2024, les femmes perçoivent encore en moyenne un salaire net inférieur de 12 % à celui des hommes dans la fonction publique de l’État. Même à caractéristiques identiques, l’écart demeure de 2,9 %. Ces données rappellent que les politiques salariales publiques ne peuvent plus être pensées uniquement sous l’angle budgétaire. Elles doivent désormais intégrer des enjeux plus globaux d’égalité professionnelle, de reconnaissance des parcours et de déroulement de carrière.
L’Insee souligne également que les agents de catégorie C voient leur salaire net moyen diminuer de 2,6 % en euros constants en 2024. Cette évolution peut alimenter un sentiment de démotivation et de perte de reconnaissance chez des agents de terrain déjà fortement exposés aux contraintes opérationnelles et à la pression quotidienne du service public. Dans ce contexte, le courrier adressé par Solidaires Fonction Publique à David Amiel, le 11 mai 2026, prend une portée particulière. L’organisation syndicale y dénonce l’insuffisance des mesures salariales actuelles face à l’augmentation du coût de la vie et alerte sur les conséquences directes pour les services publics.
L’étude de l’Insee publiée en mai 2026 confirme que la question du point d’indice reste au cœur des enjeux de la fonction publique. Malgré les revalorisations récentes, les difficultés d’attractivité, de recrutement et de fidélisation demeurent fortes dans de nombreuses collectivités territoriales. L’enjeu dépasse désormais la seule question budgétaire. Il s’agit aussi de préserver l’engagement des agents, de maintenir les compétences et de garantir la continuité du service public local. Sans évolution plus durable des rémunérations publiques, l’attractivité même de la fonction publique territoriale pourrait continuer à se fragiliser dans les années à venir.
