Rémunérations trop faibles, mauvaises conditions de travail, sentiment de décrochage par rapport au privé, perspectives de carrière peu avantageuses, manque de reconnaissance de la hiérarchie… Dans son second baromètre du travail de la fonction publique*, la CFDT constate chez les fonctionnaires « un état d’esprit globalement sombre ». En effet, 44 % d’entre eux se disent inquiets, 36 % sont lassés et 32 % rencontrent des difficultés. Et, malgré leur attachement à la fonction publique (à 73 %), un quart des fonctionnaires envisagent de la quitter et 4 sur 10 déconseilleraient à leurs proches de la rejoindre. En cause : faiblesse des rémunérations (53 %), conditions de travail dégradées (44 %) et manque de reconnaissance (33 %). Ils pointent aussi la difficulté à fournir un service public de qualité ou l’insécurité au contact du public.
Les spécificités de la FPT : un attachement différencié selon les catégories
Parmi les trois versants de la fonction publique, les agents de la fonction publique territoriale (FPT) sont les moins inquiets et les plus nombreux à présenter un état d’esprit positif, reflétant espoir (34 %), confiance (27 %), satisfaction (27 %) et sérénité (25 %), voire enthousiasme (16 %). Alors que l’attachement est le plus fort au sein de la fonction publique d’État (76 %), toutes catégories confondues, 69 % des agents de la FPT s’y déclarent attachés : les catégories A (84 %) nettement plus que les catégories B ou C.
Qu’il s’agisse du développement des compétences et des formations, de l’intérêt des missions, du stress, des perspectives de carrière, du montant des retraites ou encore de l’appui de la hiérarchie et du niveau de rémunération, les agents interrogés estiment que le public n’est pas à la hauteur du privé. L’attractivité de la fonction publique se limiterait au temps de travail. Toutefois, « en matière de formation et de développement des compétences, les agents de la fonction publique territoriale sont beaucoup moins nombreux à estimer que le secteur privé est plus favorable », pointent les auteurs. De même, les agents de la fonction publique territoriale semblent les plus satisfaits de la reconnaissance de leurs managers.
La prévention des risques professionnels et la santé au travail
Plus d’un tiers des répondants ont déclaré ne pas se sentir bien au travail ou être insatisfaits. « C’est beaucoup trop, et c’est avant tout pour ces agents que la CFDT souhaite changer les choses », et émet un certain nombre de propositions pour améliorer la qualité de vie et des conditions de travail dans la fonction publique. À commencer par engager des négociations collectives dans les administrations pour améliorer le travail des agents, préserver leur santé physique et mentale, et éviter accidents du travail et maladies professionnelles. L’idée pourrait être notamment de « partir du travail réel », en évaluant l’ensemble des risques : troubles musculo-squelettiques (TMS), cancers professionnels, risques psychosociaux, produits chimiques, substances toxiques, travail de nuit, horaires atypiques…
Appliquer un management personnalisé, adapté aux attentes et aux besoins des agents
Concernant l’évolution des pratiques managériales, la CFDT préconise de limiter le management « par les chiffres » (indicateurs et objectifs quantitatifs), en l’équilibrant avec des analyses qualitatives de l’activité. On pourrait aussi appliquer un management personnalisé, adapté aux attentes et aux besoins des agents selon l’expérience, l’ancienneté, l’âge, la santé, la personnalité… En outre, le management devrait présenter une dimension collective.
Toute modification de l’organisation du travail devrait être négociée collectivement et chaque transformation devrait « intégrer la parole des agents ». La CFDT prône des organisations du travail qui respectent les rythmes de vie et permettent à chacun d’adapter son activité à son propre parcours (santé fragile, maladie chronique, rôle d’aidant, parentalité, reconversion, vieillissement…). Les clefs pour y parvenir : le temps partiel choisi, des modulations horaires, un aménagement des fins de carrière…
Marie Gasnier
* réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 agents (fonctionnaires et contractuels), exerçant dans les trois versants de la fonction publique, et issus des trois catégories statutaires.
