Portraits d'acteurs

Emmanuelle Vieillevigne

Emmanuelle Vieillevigne

Directrice Ressources du syndicat d'énergie lotois, Territoire d'Énergie Lot

« Il faut mettre l'humain au centre de l'organisation tout en préservant l'équité de traitement et le sens du service public car nous sommes avant tout au service des citoyens vis-à-vis des missions et des politiques publiques que l'on porte. »

Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Emmanuelle Vieillevigne : Actuellement, j'occupe les fonctions de Directrice Ressources dans le syndicat d'énergie lotois, Territoire d'Énergie Lot. Je dirige donc les fonctions supports administratives de cette collectivité, à savoir les services Accueil, Secrétariat de Direction et Assemblées, Ressources humaines, Finances (subventions, budget, comptabilité), Achats et marchés publics et Communication et coordination interne. À mon arrivée en novembre 2019, je chapeautais également le service informatique, devenu une Direction de la Donnée et du Système d'Information à part entière en décembre 2022. Auparavant, lors de mon entrée dans la Fonction publique territoriale, entre septembre 2012 et novembre 2019, j'assumais également des missions généralistes en tant que Directrice Générale des Services de la commune de Gramat, commune de 3 600 habitants du nord du Lot. Mais qu'ai-je donc fait avant septembre 2012 ? Car senior professionnellement aujourd'hui, j'arrive aux abords de la cinquantaine l'année prochaine... Et bien je me suis formée très longuement ! Après des classes préparatoires (hypokhâgne/khâgne BL au Lycée Montaigne à Bordeaux), j'entreprends des études d'Histoire jusqu'à la Maîtrise à Bordeaux 3 (on dit aujourd'hui Bordeaux Montaigne), avant de bifurquer vers l'Histoire de l'Art et d'obtenir un Doctorat en Physique des archéomatériaux au Centre de Recherche en Physique Appliquée à l'Archéologie (CRP2A) en 2005, sous la Direction de Françoise Bechtel, à Bordeaux également. Ce dernier porte sur la « Datation par luminescence de l'architecture médiévale et données technologiques sur les briques cuites : le cas de la citadelle de Termez (Ouzbékistan) ». À l'issue de ce Doctorat, j'effectue, en tant qu'Ingénieur de recherche universitaire, un premier post-doctorat de deux ans avec l'INRAP (en particulier avec Laurence Bourguignon et Iluminada Ortega) pour dater entre autres les foyers du Paléolithique de la déviation de Bergerac (Dordogne). À sa suite, après l'obtention d'une bourse CNRS-Région Aquitaine, je débute un second post-doctorat à Montréal au Laboratoire de datation par luminescence (LUX) Geotop-UQAM, dirigé par Michel Lamothe, durant un an avec comme thématique « L'Arrivée de l'Homme au Québec ».

À l'issue de cette période postdoctorale, ne souhaitant pas devenir une globe-trotter post-doctorante et ayant raté la possibilité d'obtenir un poste de Maître de conférences dans ma spécialité pour une qualification CNU en Chimie des matériaux obtenue un an trop tard, j'ai décidé de tenter le chemin de la Fonction publique version administrative : après deux ans à l'IPAG de Limoges en Licence et Maîtrise d'Administration Publique, j'ai obtenu le concours d'Attachée territoriale en 2011. Et en 2012, me voilà DGS de Gramat : la boucle est bouclée !

Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?

Emmanuelle Vieillevigne : Polyvalence, veille juridique et courage managérial.

Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?

Emmanuelle Vieillevigne : Il faut mettre l'humain au centre de l'organisation tout en préservant l'équité de traitement et le sens du service public car nous sommes avant tout au service des citoyens vis-à-vis des missions et des politiques publiques que l'on porte.

En tant que Directrice Ressources, comme dans mon précédent poste de DGS, le bien-être et la qualité de vie de mes agents passent avant toute chose car des agents bien dans leur peau et leur tête ont envie de s'investir au service de la structure et des politiques décidées par les élus. À l'heure des difficultés de recrutement que connaît la Fonction publique territoriale qui plus est, la Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) est un élément majeur de la marque employeur et du sentiment d'appartenance au groupe, propice à l'envie de rester dans la collectivité d'appartenance.

Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?

Emmanuelle Vieillevigne : En tant que DRH aujourd'hui, et DGS hier, ce qui m'anime chaque jour c'est l'humain et l'amélioration des conditions de travail de mes agents.

Arriver à aligner les valeurs portées par la collectivité et les actes et les paroles des dirigeants pour améliorer la qualité de vie au travail de l'ensemble des agents du syndicat et donc aboutir à un plus grand engagement de leur part et du même coup à moins de turnover, c'est du gagnant-gagnant !

Les maîtres-mots pour y arriver, me semble-t-il, sont le sens de l'intérêt général et du service public, l'équité de traitement et surtout et avant tout le courage managérial du haut en bas de l'organigramme. « Parler vrai, juste et sans équivoque quel que soit l'interlocuteur », telle pourrait être ma devise.

Quel est le projet qui vous a le plus marquée et dont vous êtes la plus fière ?

Emmanuelle Vieillevigne : Je parlerai ici du Diagnostic des risques psychosociaux, mené en partenariat avec Fabienne Rey, psychologue du travail chez Relyens. Ce Diagnostic, initié par mes soins en 2022, en impliquant l'ensemble du CODIR élargi (DGS, Directeurs/trice et responsables de service) et mené sous forme d'entretiens collectifs et/ou individuels de l'ensemble des agents de TE46, a débouché sur un Plan de Prévention des RPS 2023-2027 avec trois axes de prévention forts et 7 actions à mener. Son suivi est régulier, et l'actualisation du DUERP permet ainsi cette année de le compléter par les avancées du plan de prévention des RPS.

Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?

Emmanuelle Vieillevigne : Parvenir à conserver, quels que soient les aléas professionnels rencontrés, mon alignement entre mes valeurs, mes paroles et mes actes !

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquée dans votre carrière ?

Emmanuelle Vieillevigne : Des Chercheurs et Professeurs d'université à Bordeaux 3 : je pense à Bernard Lachaise, Professeur d'Histoire contemporaine, à Floréal Daniel, Ingénieur de recherche CNRS au CRP2A, bien évidement et avant tout à ma Directrice de thèse, Françoise Bechtel, une physicienne humaniste, et à tant d'autres... Évidemment je n'oublie pas toutes mes ami.e.s thésard.es en même temps que moi qui ont pu goûter aux joies de la pluri/transdisciplinarité et avec qui je suis toujours en lien.

Au Québec, je citerai Michel Lamothe, Professeur et Chercheur en datation par luminescence essentiellement optiquement stimulée, Bassam Ghaleb et Daniele Pinti, Physiciens et Chercheurs au Géotop en géochronologie, qui m'ont fait confiance d'entrée sans souligner mon extraction humaniste, moi qui me frottais aux sciences « dures » !

Dans la Fonction publique territoriale, je citerai avant tout le premier Maire à qui j'ai inspiré confiance et qui ne m'a pas réduit à « une archéomètre se rêvant DGS » : Monsieur Franck Theil !

Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?

Emmanuelle Vieillevigne : « Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps » de Françoise Sagan. Je cours souvent après le temps... et cette citation est comme un mantra qui m'oblige à une pause, un pas de côté dans la course effrénée de la vie professionnelle comme personnelle.

Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?

Emmanuelle Vieillevigne : Ma routine quotidienne : voir mon fils grandir et s'épanouir ; dormir au moins 7 heures par nuit ou du moins essayer (!) ; prendre le temps de m'occuper de moi physiquement, mentalement, artistiquement et intellectuellement ; prendre soin des miens, de mes ami.e.s.

Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?

Emmanuelle Vieillevigne : Mon appétence historique et philosophique pour des femmes fortes (Françoise Giroud, Simone Veil, Simone Weil, Hannah Arendt, Benoîte Groult...) porteuses d'une certaine idée du féminisme et de la réalité de la compétence professionnelle quel que soit le sexe de l'acteur ou de l'actrice, m'a donné le goût des combats en faveur de l'Égalité Femmes-Hommes, que je porte aujourd'hui presque comme un étendard !

L'ensemble des attentats survenus en 2015 m'a également profondément touchée et m'a conduit à revendiquer et à agir également pour la lutte contre tous les obscurantismes d'où qu'ils viennent !

 

Propos recueillis par Hugues Perinel

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