Portraits d'acteurs
Laurence Pierret
Médecin de prévention, CIG Grande couronne
« Faire de la prévention c'est aussi agir sur les coûts invisibles : arrêts de travail prolongés, absentéisme, désorganisation des équipes, turn-over, formation des nouveaux agents. Mon métier a du sens, il est préventif, éthique et profondément humain. »
Quelles sont vos fonctions actuelles et les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Laurence Pierret : Avant de devenir médecin du travail, j'ai exercé la médecine générale pendant 15 ans, à Paris et dans le Département des Yvelines, là où j'ai fait tout mon cursus médical. Attirée par la pédiatrie et le travail en équipe, j'ai également été médecin référent de crèche pendant 11 ans. Cette expérience m'a permis de développer mes aptitudes de conseil et de collaboration avec les équipes des différents établissements où je suis intervenue. Mes missions étaient proches de celles d'un médecin du travail : garantir le bon développement des enfants et veiller sur leur santé en collectivité.
Parallèlement à mon activité libérale, j'ai exercé pendant 5 ans comme médecin expert auprès de la commission de permis de conduire pour la préfecture de Versailles. Cette expérience me sert encore aujourd'hui dans mon exercice de collaborateur en santé au travail et fait de moi une personne ressource pour mes collègues sur cette thématique.
À la suite de la pandémie de Covid en 2020 et dans un contexte de problématiques de santé personnelles, j'ai souhaité rediriger ma carrière vers un poste salarié de médecin du travail afin de trouver un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. J'ai ainsi rejoint le Service de Médecine Préventive du CIG Grande Couronne en 2020 pour débuter ma reconversion.
Si vous deviez décrire votre métier actuel en 3 mots, quels seraient-ils ?
Laurence Pierret : Prévention : préserver la santé des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel.
Terrain : Intervenir au plus près des situations réelles de travail pour une prévention des risques professionnels efficace.
Conseil : accompagner les collectivités, les agents et les représentants du personnel pour une prévention ciblée, concrète, et incarnée.
Quelles sont les qualités essentielles inhérentes à vos fonctions ?
Laurence Pierret : La première qualité serait l'écoute : indispensable pour comprendre les situations de travail. Il faut être à l'écoute des agents, des collectifs de travail, des managers et des ressources humaines, sans jugement.
La pédagogie : savoir traduire les enjeux de santé au travail en messages clairs, accessibles et adaptés afin de permettre l'appropriation et la mise en place d'actions concrètes et applicables en milieu de travail.
L'indépendance : garantir des avis éthiques, fondés sur la santé, la prévention et le cadre légal en vigueur.
Qu'est-ce qui vous fait lever chaque matin ?
Laurence Pierret : Mon réveil... ! Plus sérieusement, ce qui m'anime est la prise de conscience des enjeux de santé dans des environnements où dominent souvent des impératifs d'efficacité, de productivité et des contraintes financières. Mon rôle est de « rendre visible l'invisible » : situations de handicap, contraintes silencieuses, souffrance cachée et pressions organisationnelles.
Faire de la prévention c'est aussi agir sur les coûts invisibles : arrêts de travail prolongés, absentéisme, désorganisation des équipes, turn-over, formation des nouveaux agents. Mon métier a du sens, il est préventif, éthique et profondément humain.
Quel est le projet qui vous a le plus marquée et dont vous êtes la plus fière ?
Laurence Pierret : Pour l'instant, c'est mon mémoire de fin d'études, consacré à l'exposition au bruit des ATSEM dans les écoles maternelles. Je suis vraiment partie d'un questionnement de terrain après avoir suivi 2 ATSEM en fin de carrière, qui présentaient des troubles auditifs très invalidants ayant conduit à des arrêts de travail prolongés, une réaffectation, puis une mise à la retraite pour invalidité.
J'ai mis en évidence une exposition délétère pour leur santé globale et auditive. J'ai élaboré des recommandations spécifiques de surveillance en santé au travail et je peux désormais sensibiliser mes collectivités et mes collègues à cette problématique afin de mettre en place des actions de prévention efficaces. C'est une belle finalité à ces 4 années d'étude supplémentaires.
Avez-vous un rêve que vous souhaiteriez concrétiser ?
Laurence Pierret : Je ne rêve pas de choses compliquées même si les rêves les plus simples peuvent être les plus exigeants. Je rêve d'espaces de travail qui s'adaptent réellement à la santé des agents, et où la prévention intervient, avant que les corps et les esprits ne soient abîmés.
Je rêve d'un monde où la santé au travail serait en harmonie avec la définition de l'OMS : « un état de complet bien-être physique, mental et social ».
Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquée dans votre carrière ?
Laurence Pierret : Il y en a eu beaucoup alors je vais vous parler de la dernière lors de ma formation de médecin du travail. J'ai rencontré un médecin du travail hospitalier exerçant dans un service de souffrance au travail et j'ai eu la chance de suivre la prise en charge pluridisciplinaire de certains patients. J'ai été profondément impressionnée par la qualité de son interrogatoire, sa capacité de synthèse et sa finesse de lecture des situations de travail. En une consultation, il arrive à identifier des leviers d'action possible et à proposer des pistes concrètes de prise en charge concrète tant sur le plan professionnel que personnel. Le patient est ainsi pris en charge de façon globale dans une démarche structurante et sécurisante. Cette rencontre a été déterminante dans ma façon d'envisager ma pratique. Cela m'a montré qu'une situation de travail problématique est toujours plurifactorielle et s'analyse en tenant compte de la trajectoire professionnelle, des contraintes organisationnelles et des fragilités personnelles.
Quelle est votre citation préférée et pourquoi ?
Laurence Pierret : « Mettre des mots là où le corps parle déjà ». Au-delà même des mots, il s'agit de remettre de la cohérence dans le vécu des agents. Pour cela, il faut reconnaitre que les problématiques personnelles (parentalité, aidance, pathologies aigües ou chroniques) ne s'arrêtent pas à la porte du travail et inversement. Elles sont intriquées et intimement dépendantes les unes des autres. Mon rôle est alors de redonner de la lisibilité à cette situation globale, de distinguer ce qui relève de la médecine du travail et d'accompagner l'agent dans les différents dispositifs existants. Il s'agit de poser un cadre contenant et sécurisant pour l'agent comme pour la collectivité et restaurer des capacités compréhension, de choix, et d'action.
Quelle est votre routine quotidienne pour prendre soin de vous ?
Laurence Pierret : J'essaie simplement d'appliquer les conseils de base que je donne à mes agents :
- Veiller à la qualité de mon sommeil,
- Faire du sport régulièrement (aquagym 3 fois par semaine),
- Faire de la méditation en pleine conscience ou de la cohérence cardiaque,
- Respecter mes horaires de travail,
- Échanger avec mes collègues lorsque certaines situations deviennent trop complexes ou émotionnellement envahissantes.
Je n'y parviens pas toujours mais je m'efforce de réajuster régulièrement pour préserver mon énergie.
Quels sont les deux changements les plus importants qui ont impacté votre carrière ?
Laurence Pierret : Je dirais la transformation humaine du travail : intensification, accélération, perte de sens, management par des indicateurs et le reporting croissant. Ces évolutions réduisent le temps de la réflexion, de la nuance et de l'analyse fine. Elles alimentent des tensions et une souffrance diffuse.
D'autre part la pandémie du Covid-19 a été, à la fois, révélatrice des fragilités de notre société mais aussi accélératrice de transformations. Elle a généré des urgences permanentes, des injonctions contradictoires, une perte des repères, de l'isolement et de l'épuisement. Mais elle nous a montré également le meilleur : la solidarité, la créativité et l'engagement collectif, la mise en place rapide des centres de vaccination, la généralisation du télétravail et une souplesse organisationnelle, la capacité de nos industries à adapter leurs lignes de production pour fabriquer dans l'urgence des masques et du soluté hydro-alcoolique. La crise du Covid nous a démontré qu'il est possible de transformer rapidement les organisations de travail lorsque c'est nécessaire.
Propos recueillis par Hugues Perinel
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