L’analyse par l’AFP des 50 000 listes candidates aux élections municipales dans les presque 35 000 communes françaises raconte les lieux communs, les tendances partisanes et certaines originalités dans les choix de leurs noms.
Marqueurs d’identification des listes : quatre mots, « ensemble » et « pour »
L’exercice demande d’abord de la concision. Les noms de listes, publiées vendredi 6 mars par le ministère de l’Intérieur, font en moyenne quatre mots, de l’expéditif « Le Havre ! » d’Édouard Philippe (Horizons, Seine-Maritime) à l’exhaustif « Une mairie à l’offensive : 100 % services publics, 100 % jeunesse, 100 % citoyen.ne.s, soutenue par le parti des travailleurs » à Orthez (liste extrême gauche, Pyrénées-Atlantiques).
Sur quatre mots, une figure imposée : trois listes sur quatre mentionnent le nom de leur commune, sans compter celles qui en citent le gentilé.
Inclure le nom du candidat tête de liste est rare chez les listes sans étiquette (1,3 % d’entre elles). Mais plus courant (4,3 %) chez les listes des partis, comme l’ont fait Éric Ciotti (UDR) à Nice ou Sébastien Delogu (LFI) à Marseille.
Les récurrences sémantiques : de la promesse d’action à l’unité citoyenne
Les listes parlent aussi fréquemment « d’avenir » ou de « demain », en particulier chez 12 et 6 % des listes sans étiquette. Elles évoquent l’action (« agir », « élan ») ou promettent de faire « vivre » leur commune.
Mais les mot les plus récurrents sont sans conteste « pour » et « ensemble » : ce dernier se retrouve dans 30 % des noms de listes du pays, comme « Fenain ensemble » (liste divers gauche, Nord) ou « Ensemble pour Aix » (liste LR, Savoie).
Au total, 40 % des listes sont « pour », la plupart pour leur commune… avec quelques résultats cocasses, comme à Contre (Somme), où une liste sans étiquette promet d’« Agir ensemble pour Contre ».
Stratégies de différenciation et ancrage territorial des formations politiques
Les appels à l’unité sont légion : « unir », « union » et leurs dérivés s’invitent dans 8 % des listes. Mais « rassemblement » reste la chasse gardée du Rassemblement national (RN), dont un quart des listes emploie le terme, comme dans « Rassemblons Montélimar » (Drôme) ou « Sainte-Marie rassemblée » (La Réunion).
Le parti d’extrême droite l’utilise pourtant moins qu’en 2020 (41 % des listes d’alors). Dans une élection où le RN cherche à s’implanter localement, les noms des listes sont désormais moins génériques : « Retrouvons Paris », « Un autre avenir pour Meaux » (Seine-et-Marne).
Entre solidarité, proximité et identité régionale
Même changement chez LFI, également en quête d’ancrage territorial. En 2020, le parti de gauche radicale déclinait le nom de son programme de l’époque, « l’avenir en commun », dans un tiers de ses listes. En 2026, ses slogans se diversifient. « Rennes en commun » (Ille-et-Vilaine) et « La Rochelle en commun » (Charente-Maritime) sont devenus « Faire mieux pour Rennes » et « Pour une ville solidaire ».
« Solidaire » est d’ailleurs caractéristique des listes de gauche, présent dans 6 % de leurs noms, comme « citoyens » (7 %). Signe distinctif en 2020 de ce côté de l’échiquier politique, le mot « écologique » se raréfie en revanche de moitié cette année.
À droite, on préfère afficher son attachement à sa commune. 7 % des listes de droite utilisent les mots « aimer », « cœur » ou « passion » comme Jean-Michel Aulas (divers droite) et son « Cœur lyonnais » (Rhône).
Enfin, les listes soutenues par les partis du centre se distinguent par le fait de s’adresser directement aux électeurs (9 % de listes avec « vous ») et le vocabulaire du changement (« nouveau », « autrement »). Ainsi de la maire UDI sortante Karine Franclet en Seine-Saint-Denis : « Aubervilliers change pour vous ! »
L’AFP a aussi recensé 550 listes avec des mots de langue régionale, dont le corse (360), le basque (120) et le breton (30). S’ajoutent près de 300 listes ultramarines formulées au moins en partie en langue polynésienne, en créole ou en kanak.
La langue diffère mais le message reste le même des Pyrénées-Atlantiques à la Guadeloupe : « Isturitze elgarrekin » (« Isturits ensemble ») et « Ansanm pou Polwi » (« Ensemble pour Port-Louis »).
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