La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) vient de publier un nouveau guide intitulé « Santé et dérives sectaires », réalisé en collaboration avec le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées et les Ordres professionnels de santé. En parallèle, le ministère présente le « Dérivomètre », un outil pédagogique destiné à aider chacun à identifier les situations à risque et à adopter les bons réflexes. « Complémentaires, ces deux outils ont vocation à renforcer l’information et la prévention et à donner à chacun des repères juridiques et des outils pour détecter, prévenir et signaler les risques d’emprise mentale dans le domaine de la santé, ainsi que des repères concrets pour savoir comment réagir face à une situation préoccupante », insiste le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.
Des fiches métiers pour les professionnels de santé
Le guide de la Miviludes compile une série de 27 fiches. Dans une première partie, il répond à des questions générales : « Quand une dérive thérapeutique devient-elle sectaire ? », « Quelles sont les méthodes les plus répandues ? »… Il précise ensuite les évolutions législatives récentes, notamment les dispositions de la loi du 10 mai 2024 visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires. La Miviludes rappelle les infractions spécifiques (provocation à l’abandon de soins, abus de l’état de sujétion) et récapitule les leviers d’action et de signalement mis à la disposition des professionnels et des usagers.
Fruit d’un travail partenarial approfondi, le guide intègre également sept fiches métiers élaborées avec les conseils nationaux des Ordres professionnels. Celles-ci visent les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes, les sages-femmes, les chirurgiens-dentistes et les pédicures-podologues. Ces fiches identifient les signaux d’alerte spécifiques à chaque profession et précisent les conduites à tenir face à un patient sous emprise ou à des pratiques suspectes, indique la Mission interministérielle.
Le guide propose enfin une fiche intitulée « L’élu local face aux dérives sectaires dans le champ de la santé ». Les maires et les fonctionnaires territoriaux interrogent régulièrement la Miviludes sur des situations auxquelles ils sont confrontés au regard de risques ou de pratiques à caractère sectaire, rapporte la Mission. Dans le guide, elle évoque les plus fréquentes.
- Un maire reçoit une demande relative à la création d’un centre de santé en médecine holistique.
- Un maire s’interroge sur l’opportunité de maintenir ou d’enlever le jalonnement de panneaux de signalement d’un cabinet de kinésiologie géré par un administré de la commune.
- Un maire est sollicité par un pseudo-thérapeute pour obtenir un local afin de créer son activité ou par des organisations pour la location d’une salle en vue de la tenue d’une conférence sur une pratique non conventionnelle.
« Dans tous les cas, le maire et les agents territoriaux sont encouragés à se rapprocher de la Miviludes afin d’avoir des précisions sur la pratique sur laquelle ils s’interrogent », insiste le guide.
Le « Dérivomètre », un outil pour repérer les situations à risque
En complément du guide, le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées déploie donc le « Dérivomètre ». Cet outil pédagogique est destiné au grand public pour mieux repérer les situations à risque liées aux pratiques non conventionnelles en santé (PNCS). Parfois qualifiées de « médecines alternatives », « médecines complémentaires » ou « médecines douces », ces pratiques recouvrent des approches très diverses. Elles ont pour caractéristique commune de ne pas être validées scientifiquement selon les mêmes standards que les pratiques de soins conventionnelles, rappelle le ministère.
Construit en lien avec les Ordres professionnels de santé, le « Dérivomètre » propose trois niveaux de vigilance – « je reste attentif » ; « je fais une pause » ; « je dis stop » – associés à des conduites à tenir concrètes, détaille le ministère. Il aide, notamment, à repérer des signaux d’alerte, tels que la critique de la médecine ou des traitements, l’incitation à modifier ou interrompre un traitement sans avis médical, les promesses de guérison « miracle », l’isolement vis-à-vis de l’entourage ou du médecin, ou encore certains actes invasifs sans cadre médical. Il rappelle également les bons réflexes à adopter : ne jamais interrompre un traitement sans avis médical, en parler à son médecin ou à son pharmacien en cas de doute et, face à une situation préoccupante, savoir interrompre la relation et alerter les interlocuteurs compétents.
« Face à la multiplication des pratiques non conventionnelles en santé et à la diffusion d’informations parfois trompeuses, notre responsabilité est de donner à chacun les moyens de faire des choix éclairés pour sa santé », assure la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Le « Dérivomètre » apporte « des repères simples pour identifier les situations à risque, adopter les bons réflexes et préserver le dialogue avec les professionnels de santé. Parce qu’aucune personne ne doit être laissée seule face aux dérives ou aux fausses promesses, cet outil contribue à mieux protéger nos concitoyens », plaide Stéphanie Rist.