L’enquête1 menée par l’Unccas atteste l’implication des CCAS et des CIAS, en première ligne pour gérer la canicule auprès des personnes notamment les plus vulnérables. 96 % d’entre eux ont organisé des appels téléphoniques aux personnes vulnérables afin de s’assurer de leur état de santé, rappeler les consignes de prévention et déclencher, si nécessaire, une intervention ou une visite. 62 % ont justement réalisé des visites à domicile lorsque leurs appels restaient sans réponse ou que la situation le nécessitait. Au-delà du suivi administratif des registres, les CCAS assurent une présence humaine indispensable pour prévenir les situations de rupture ou de danger. L’enquête révèle ainsi que les équipes des CCAS/CIAS font preuve d’un accompagnement humain direct qui dépasse largement la simple diffusion de consignes de prévention : contact téléphonique, présence au domicile, accès à la fraîcheur, information et logistique. Pour autant, les équipes sont face aux défis de l’identification. 50 % d’entre eux rencontrent des difficultés à joindre certaines personnes vulnérables, c’est d’ailleurs la principale difficulté mise en évidence par l’enquête.
Renforcer les moyens humains
Face à cette réalité, à cette organisation « poussée à ses limites », « il apparaît nécessaire de renforcer les moyens humains, financiers et matériels alloués aux CCAS afin de leur permettre d’assurer efficacement leurs missions de prévention et de veille auprès des publics vulnérables ». 25 % des CCAS et CIAS ont d’ailleurs signalé, via l’enquête, un manque de personnel pour faire face aux épisodes de chaleur, qui ont lieu en période estivale, alors que les effectifs sont déjà réduits. 27 % des structures mentionnent un manque de personnel pour faire face à l’intensification des besoins, un tiers des répondants (33,6 %) déclarent avoir dû mettre en place des mesures exceptionnelles (astreintes, rappels d’agents, ouvertures élargies ou renforcement des permanences) et 18 % des répondants estiment ne pas disposer des équipements nécessaires pour répondre à l’ensemble des besoins. La gestion de la canicule s’avère être un travail collectif qui mobilise déjà les élus, les associations, les professionnels de santé et les services municipaux. Les répondants souhaiteraient solliciter de nouveaux partenaires pour les prochains épisodes de canicule. Ils évoquent notamment les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les services d’aide à domicile, les bailleurs sociaux, la Croix-Rouge française ou encore les commerçants et entreprises.
Des solutions à déployer
L’enquête montre ainsi que les attentes exprimées par les CCAS/CIAS dépassent la seule gestion des épisodes de canicule. Elles appellent à renforcer les moyens d’action, à améliorer le repérage des personnes les plus vulnérables, à développer des solutions de proximité et à inscrire l’adaptation sociale aux fortes chaleurs dans une stratégie durable. L’UNCCAS formule ainsi quatre propositions.
1/ Faire de la canicule une cause collective
L’idée de l’Unccas est d’appeler la société civile à ouvrir ses portes aux côtés des CCAS/CIAS car les épisodes de canicule bouleversent durablement le quotidien. Les entreprises, commerces, cinémas, hôtels ou encore équipements privés pourraient contribuer à cet effort en mettant ponctuellement leurs locaux ou leurs services à disposition pendant les épisodes de fortes chaleurs. L’Unccas appelle ainsi à structurer cette mobilisation autour d’un véritable réseau territorial de lieux refuges, identifié et coordonné par les CCAS/CIAS.
2/ Mettre en œuvre un « Fonds blanc canicule » à la hauteur des enjeux
Le 25 juin 2026, le Premier ministre a annoncé la mobilisation d’un fonds de 100 millions d’euros destiné au financement des équipements de rafraîchissement dans les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). L’Unccas plaide pour une évolution de ce « Fonds blanc canicule » en mobilisant une enveloppe plus importante, afin qu’il accompagne non seulement les investissements, mais également les dépenses de fonctionnement supportées par les communes et leur CCAS/CIAS (astreintes, renforts d’équipes, équipements de rafraîchissement, ouverture de lieux climatisés, transport des personnes âgées ou fragiles, etc.). Cette évolution apparaît d’autant plus nécessaire que les besoins d’adaptation des collectivités sont considérables. Selon l’Institut de l’économie pour le climat, les investissements supplémentaires nécessaires pour adapter les bâtiments publics des collectivités atteignent 3,2 milliards d’euros par an, tandis que ceux consacrés à la rénovation des logements sociaux dépassent 600 millions d’euros par an. Dans le même temps, les moyens du Fonds vert d’accélération de la transition écologique ont été fortement réduits, passant de 2,4 milliards d’euros par an en 2024 à 837 millions d’euros par an en 2026.
3/ Élargir et consolider les registres canicule communaux
L’Unccas appelle à faire évoluer le cadre juridique des registres canicule afin d’améliorer leur exhaustivité et leur actualisation, dans le respect des libertés individuelles. Plusieurs pistes pourraient être expertisées, notamment le partage encadré de certaines données administratives ou un meilleur croisement des informations déjà disponibles. Une meilleure connaissance des publics vulnérables permettrait également de renforcer la mobilisation de la réserve communale, des jeunes en service civique ou encore d’autres acteurs de proximité.
4/ Anticiper les crises de demain en s’entraînant davantage à les affronter ensemble
L’Unccas propose enfin de développer des exercices de simulation associant les CCAS/CIAS, les collectivités, les services de l’État et l’ensemble des partenaires concernés. Ces mises en situation permettraient d’identifier les points de rupture susceptibles d’apparaître lors d’un épisode de chaleur intense et durable, tout en renforçant la coordination opérationnelle le jour J. Elles contribueraient également à structurer durablement les réseaux d’acteurs mobilisés autour des CCAS/CIAS (santé, transports, associations, aide à domicile, etc.) afin de renforcer la capacité des territoires à faire face aux crises climatiques. Grâce à leur connaissance des publics fragiles et de leur rôle de coordination locale, les CCAS/CIAS ont toute leur place dans la préparation et l’animation de ces exercices.
Laure Martin
1. L’enquête a été menée du 30 juin au 3 juillet 2026 auprès des 4 300 CCAS et CIAS adhérents de l’Unccas. Elle a recueilli plus de 600 réponses, provenant de structures de tailles et de territoires variés.
