Les collectivités territoriales sont particulièrement concernées en raison de la diversité des missions exercées sur le terrain, dans l’espace public, les établissements scolaires, les équipements sportifs, les services techniques ou encore les services d’aide à domicile. Dans ce contexte, la protection des agents face aux fortes chaleurs ne relève plus seulement d’une démarche de prévention recommandée : elle s’inscrit pleinement dans l’obligation légale de sécurité qui incombe à tout employeur public, en vertu de l’article L. 811-1 du Code général de la fonction publique, qui prévoit que les règles en matière d’hygiène et de sécurité des livres Ier à V de la quatrième partie du Code du travail s’appliquent à la fonction publique territoriale.
Une obligation de sécurité qui exige une anticipation constante des risques
L’employeur public est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et préserver la santé physique et mentale des agents placés sous son autorité. Cette obligation s’applique naturellement lors des épisodes de fortes chaleurs. Elle implique d’identifier les situations de travail susceptibles d’exposer les agents à des températures élevées et d’en évaluer les conséquences potentielles sur leur santé.
Cette démarche doit être intégrée au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Les risques liés aux ambiances thermiques ne peuvent plus être considérés comme ponctuels ou exceptionnels. Ils doivent désormais faire l’objet d’une analyse spécifique tenant compte des conditions réelles d’exercice des missions, des caractéristiques des postes de travail et des vulnérabilités particulières de certains agents. Les femmes enceintes, les agents atteints de pathologies chroniques, les travailleurs âgés ou encore ceux exerçant des activités physiquement exigeantes nécessitent une attention particulière.
L’obligation de prévention suppose également une réévaluation régulière des risques en fonction de l’évolution des conditions météorologiques. Une organisation adaptée en début de semaine peut rapidement devenir insuffisante si les températures augmentent fortement. Les encadrants doivent disposer de consignes claires leur permettant d’ajuster sans délai les conditions de travail en fonction des alertes météorologiques et des températures constatées sur le terrain.
Adapter l’organisation du travail pour préserver la santé des agents
La première réponse en matière de prévention consiste souvent à agir sur l’organisation du travail. Les horaires peuvent être aménagés afin de privilégier les périodes les plus fraîches de la journée. Certaines activités particulièrement exposées ou physiquement exigeantes peuvent être reportées, réorganisées ou adaptées. La répartition des tâches peut également être revue afin de limiter les efforts les plus importants lors des pics de chaleur.
Les employeurs doivent également garantir aux agents des conditions matérielles adaptées. L’accès à une eau potable fraîche en quantité suffisante, à des espaces de repos ombragés ou climatisés lorsque cela est possible, ainsi qu’à des équipements compatibles avec les fortes chaleurs constitue un élément essentiel de la prévention. Pour les agents travaillant en extérieur, les mesures de protection doivent être renforcées afin de réduire autant que possible l’exposition directe au soleil et aux températures extrêmes.
La sensibilisation des agents et de l’encadrement constitue enfin un levier déterminant. Les signes précurseurs d’un coup de chaleur, d’une déshydratation ou d’un malaise doivent être connus de tous afin de permettre une réaction rapide et adaptée. Cette démarche doit être menée en étroite collaboration avec les services de prévention, la médecine du travail et les représentants du personnel afin d’en garantir l’efficacité et l’appropriation par l’ensemble des acteurs.
La gestion des épisodes de canicule constitue désormais un enjeu durable de santé et de sécurité au travail pour les collectivités territoriales. Au-delà du respect des obligations réglementaires, elle reflète la capacité de l’employeur public à protéger concrètement ses agents dans un environnement professionnel de plus en plus marqué par les effets du changement climatique.
