Laurent Cacciatore : « Le plan de continuité de l’activité est essentiel mais il faut encore améliorer le lien entre professionnels pour gagner en efficacité »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Laurent Cacciatore, Directeur du CCAS de la Teste de Buch (Gironde), répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer face à la crise du Coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ?

Laurent Cacciatore, directeur du CCAS de la Teste de Buch (Gironde)

Laurent Cacciatore

Le CCAS de la ville de La Teste de Buch gère un Service d’aide à domicile (230 bénéficiaires – 40 000 habitants d’aides à domicile – 30 agents), une Résidence Autonomie (57 résidents – 4 agents) et le Service social (15 agents). La Teste de Buch est l’une des plus grandes communes de France en superficie. Elle présente aussi un fort taux de retraités (35 % de la population a plus de 60 ans). Dès le 4 mars 2020, nous avons pris les 1res mesures avec M. le Maire, Président du CCAS, qui est aussi professionnel de santé (pharmacien) auprès des agents du CCAS. Une note de service a été transmise individuellement pour insister sur les gestes barrières et la conduite à tenir si l’agent ou le bénéficiaire auprès duquel il intervient présente les symptômes (appel au centre 15, prévenir le service…).

Le 4 mars, nous avons aussi transmis un courrier à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans de la commune (soit 4 800 habitants), pour présenter les conduites à tenir en cas de symptômes et expliquer les gestes barrières et leur importance.

Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Pour le CCAS – service social : nous avons maintenu un accueil téléphonique du lundi au vendredi de 8h30 à 17h15 non-stop et un accueil physique de 10h à 13h pour la domiciliation et les demandes d’aides alimentaires urgentes.

En lien avec le Centre Social de la ville, une distribution alimentaire d’urgence est maintenue tous les mercredis matin pour 50 familles soit 110 personnes en moyenne chaque semaine. Des chèques services peuvent être aussi délivrés sur sollicitation auprès des travailleurs sociaux. Avec la crise sanitaire, nous avons adapté nos procédures d’attribution de ses aides alimentaires et de prise de décision… Nous avons aussi rapidement mis en place un service de bénévoles pour permettre de faire les courses aux personnes fragiles, isolées, âgées de la commune, non connues jusqu’à présent par le Service d’aide et d’accompagnement à domicile. Dès le 18 mars, nous avons convenu d’un partenariat avec un supermarché de la ville pour permettre l’accès au Drive pour ces demandes de courses et celles de nos aides à domicile. Une liste de course type a été conçue par l’équipe pour permettre de répondre aux nombreux appels concernant ce service gratuit. Ce protocole permet un gain de temps important et sécurise aussi nos intervenants qui n’ont plus à passer du temps dans les allées de la grande surface. Depuis le 13 mars, nous avons réactivé la liste des personnes vulnérables (90 personnes inscrites) que nous appelons 2 fois par semaine. Les agents du CCAS sont depuis 3 semaines aidés pour les appels par des agents de la ville volontaires – une formation spécifique est apportée aux agents volontaires pour assurer ces écoutes téléphoniques.

Votre collectivité s’est engagée depuis le début de la crise sur la fourniture de masques « maisons » pour pallier au manque de protection, pouvez-vous dire comment vous vous êtes organisés ?

L’idée de confectionner des masques en tissu est née d’une proposition du patron du magasin Mondial Tissus de Biganos. Un 1er don de tissu et de fourniture de matériel (fils, élastiques…) a permis la réalisation de masques de protection à destination des soignants du Centre Hospitalier d’Arcachon, situé sur la commune de La Teste de Buch. Marie-Paule Rousset, adjointe aux affaires sociales, Vice-Présidente du CCAS, a coordonné cette action en trouvant quelques couturières bénévoles dans son entourage et au Centre social. Nous avons aussi utilisé le modèle du CHU de Grenoble pour la confection des premiers masques. Une dizaine de jour plus tard, nous avions une vingtaine de couturières, renouvelé le stock de tissu, et plus de 500 masques étaient produits avec des distributions pour quelques services de l’hôpital (pédiatrie, gériatrie), pour nos aides à domicile, puis les caissières de tous les supermarchés de la ville.

Le CCAS coordonne cette action depuis le 17 mars. Nous réceptionnons le tissu, le découpons et le livrons aux couturières bénévoles. Une fois les masques confectionnés, nous les récupérons au domicile des couturières. Chaque masque est accompagné d’un flyer qui précise son utilisation, les limites qu’il présente en terme de protection (rappel que ces masques n’ont pas les mêmes pouvoirs filtrants qu’un masque FFP2 ou un masque chirurgical) et les conditions de lavage (60°). Le CCAS se charge alors de les distribuer en fonction des demandes des professionnels. À ce jour, plus de 2 000 masques ont été fabriqués et distribués.

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Depuis 2002, je travaille dans un CCAS. Pour avoir aussi vécu une autre crise sanitaire importante – la canicule de 2003, je connais la réactivité de nos établissements publics. Je pense que nous démontrons encore une fois que nous pouvons être réactifs face aux urgences. Les CCAS sont aguerris et préparés à cela, en toute modestie. Nous avons une connaissance fine de nos territoires et de nos habitants. Cette proximité avec les citoyens et l’ensemble des acteurs médico-sociaux permet cette réactivité. Oser, innover, partager… Je pense que ces trois notions nous collent à la peau. Tout ce que nous faisons se construit aussi grâce à nos réseaux. En Gironde, par exemple, les directeurs des CCAS travaillent en réseau avec l’Union départementale des CCAS (UDCCAS33). Nous nous rencontrons régulièrement pour partager nos expériences, actualités, projets… Dès les prémices de l’apparition du Covid-19, nous avons partagé entre directeurs sur notre groupe WhatsApp sur nos actions mises en place, nos stratégies, nos fonctionnements de service. Ainsi, chacun a pu s’inspirer et adapter les actions des autres.

Une crise est souvent révélatrice, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Cette crise intervient dans un contexte assez particulier pour moi. Je viens d’intégrer le CCAS au 1er janvier 2020. J’ai juste eu le temps de découvrir mon équipe, que l’urgence est arrivée. Cette crise a révélé la réactivité et la solidité de mon équipe. Tous les agents ont répondu présents et ont été volontaires pour assurer la continuité du service au public. Certaines collègues sont sorties de leur zone de confort pour travailler sur d’autres champs d’action. Par exemple, la collègue en charge du logement social travaille depuis le 17 mars avec la responsable du Pôle Seniors pour les nouvelles admissions au portage de repas, de téléassistance et les demandes de courses. De même, l’agent en charge de l’accès aux droits s’est porté volontaire pour travailler sur la Résidence Autonomie.

Nos faiblesses sont liées au manque d’anticipation de cette crise. Mais cela nous servira pour mieux nous préparer pour les prochaines. Le plan de continuité de l’activité est essentiel pour ne rien oublier et surtout gagner en efficacité. Encore une fois, le renfort de nos partenariats entre le social, le médico-social et le sanitaire s’avère plus que nécessaire. Même si nos actions semblent utiles, nous avons encore besoin de nous améliorer sur les liens entre professionnels. Travailler ensemble ne se décrète pas, cela se construit et reconstruit dans le temps.

Julie Krassovsky

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