Covid-19 et PCA : Alexandra Artis, Directrice générale adjointe des services, pôle vie sociale de la ville de Vence, et Directrice du CCAS

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Alexandra Artis, Directrice générale adjointe des services, pôle vie sociale de la ville de Vence, et Directrice du CCAS, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du Coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Alexandra Artis, Directrice générale adjointe des services, pôle vie sociale de la ville de Vence, Directrice du CCAS de la ville de Vence

Alexandra Artis

Il s’est agi de protéger à la fois le personnel et les bénéficiaires des services de maintien à domicile du CCAS [service d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD)] et service de soins infirmiers à domicile (SSIAD), et assurer la réponse à l’urgence sociale.

Les services de maintien à domicile du CCAS ont identifié les visites prioritaires pour le maintien à domicile des personnes vulnérables, ainsi que les professionnels en charge de ces visites.

L’ouverture du CCAS a été restreinte à la gestion des services de maintien à domicile : les aides à domicile et aides-soignants interviennent pour des personnes vulnérables et pour des actes essentiels de la vie, les besoins vitaux et uniquement dans cette situation.

De plus, un contact téléphonique est fait régulièrement auprès de nos bénéficiaires via la plateforme téléphonique séniors.

L’accueil téléphonique a été aussi renforcé.

Le télétravail a été mis en place pour tout le personnel administratif de l’établissement.

En outre, tout le personnel physiquement présent au CCAS, ainsi que les aides-soignants et les aides à domicile ont été équipés de solutions hydro-alcooliques, de masques et de gants. J’ai organisé un contrôle de la température des agents. Un rappel des règles d’hygiène devant être adoptées et notamment des gestes barrières est régulièrement fait. Ce sont les mesures qui ont été immédiatement mises en place dans le plan de continuité de l’activité.

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Les services du CCAS savent gérer les crises. En effet, ils sont des acteurs de la gestion du risque pour les périodes de canicule, de grand froid ou encore en cas de déclenchement du plan communal de sauvegarde.

Mais une telle crise sanitaire est inédite : le confinement général est une donnée qui n’avait pas été envisagée et donc anticipée. Il faudra donc davantage envisager les possibilités de télétravail dans ce type de crise et œuvrer pour une meilleure communication entre tous les acteurs.

La création systématique d’une cellule de crise réunissant décideurs politiques et principaux acteurs de terrain paraît indispensable.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Organiser le service public dans un contexte de confinement général a demandé un mode organisationnel de télétravail qui jusqu’alors n’avait pas été envisagé à une telle échelle, eu égard au nombre d’agents concernés et à la durée du télétravail, et a fortiori, dans des services opérationnels tournés vers les populations les plus fragiles, qui souffrent souvent de l’illectronisme.

Mais les équipes du CCAS ont fait preuve d’un grand professionnalisme, de pragmatisme et de solidarité. Il faut ici souligner que la coopération renforce et la solidarité unit. C’est là une belle démonstration du sens du service public.

Par ailleurs, cette crise sanitaire a suscité de la peur auprès des équipes : peur d’être contaminé et peur de contaminer. Face à une telle pandémie et aux conséquences des mesures prises par le gouvernement impactant notre quotidien, nos vies professionnelles et privées, il faudra penser l’accompagnement psychologique et le bon niveau d’information dans nos sphères professionnelles. Le manager doit en période de ce type de crise être particulièrement à l’écoute de ses collaborateurs.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Trois professions sont souvent décriées : le politique – le journaliste – le fonctionnaire.

Au travers de cette crise sanitaire, il est permis de penser que les citoyens prennent conscience de l’importance du service public et du rôle des fonctionnaires.

Le CCAS est le plus souvent le premier accueil social inconditionnel de proximité. Il œuvre en particulier, pour une politique de maintien à domicile, politique publique essentielle face au vieillissement des populations dans nos sociétés. Or, beaucoup de citoyens ignorent les missions concrètes d’un CCAS, qui est pourtant un établissement indispensable dans la mise en œuvre des politiques publiques de l’action sociale et est incontournable dans la gestion de crise.

Le CCAS est composé d’hommes et de femmes, qui œuvrent avec discrétion, qui agissent tous ensemble avec cette infinie patience de ceux qui savent qu’on n’arrive jamais au bout du malheur des hommes et que pourtant tout acte sauve.

Mais le CCAS est souvent le parent pauvre des budgets des communes. Je forme le vœu qu’à l’avenir les missions du CCAS soient mieux connues et reconnues.

Boris Cyrulnik disait sur France inter : « J’entends parler de crise, mais la définition de la crise c’est qu’après ça repart comme avant. Là, c’est une catastrophe, pas une crise : ça repartira mais pas comme avant ».

Tout dépendra de la réaction politique, et de la trajectoire qui est suivie après.

Propos recueillis par Hugues Perinel

Posté le par

Recommander cet article