Olivier Vernay, DGS de la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire : « Les agents peuvent être fiers de leurs capacités de résilience »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Olivier Vernay, Directeur Général des Services de la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous avez maintenus ?

Olivier Vernay, DGS de la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire

Olivier Vernay

Avec l’équipe de Direction générale, nous avons travaillé, avant les décisions de confinement, sur un plan de continuité des activités (PCA), qui nous a permis de définir les services publics indispensables et la manière dont nous allions continuer à les assurer. Nous avions pour objectifs principaux de préserver la santé des agents et des usagers en respectant les règles de distanciation sociale, de poursuivre les projets en cours et d’adapter nos missions à cette crise sanitaire.

L’enjeu a été, et demeure, de mener ces trois objectifs dans un délai contraint et avec des moyens humains limités, certains agents ne pouvant assurer leurs missions en présentiel ou en télétravail pour garder leurs enfants.

Certains services ont été fermés au public (centres aquatiques, équipements sportifs, médiathèques, écoles n’accueillant pas d’enfants des personnels soignants, relais d’assistantes maternelles, épicerie sociale…) mais beaucoup d’entre eux ont développé de nouveaux services afin d’être en soutien et en accompagnement de nos différents publics. 

L’accompagnement social des bénéficiaires de l’épicerie se fait désormais par téléphone et des colis alimentaires sont livrés à domicile.

Le service Développement économique assure avec l’Office de tourisme un accompagnement quotidien sur les différents dispositifs d’aide auprès des professionnels de santé, des entreprises et artisans, des commerces, des agriculteurs, des associations…

Nous avons lancé un service très apprécié de réservation des déchèteries sur le site internet ou par téléphone afin de réouvrir progressivement les déchèteries aux particuliers et aux professionnels. 

Le service d’instruction des autorisations du droit des sols a été maintenu afin de ne pas retarder les projets immobiliers, que ce soit pour le développement économique ou pour les particuliers.

Les éducatrices jeunes enfants proposent tous les jours aux assistantes maternelles des activités pour les enfants. Les accueils de loisirs sans hébergement accueillent les enfants des personnels soignants, des forces de l’ordre, et de l’aide sociale à l’enfance et maintiennent un lien avec les familles et les enfants qui n’ont pas pu être accueillis. Une livraison de livres à domicile va être très prochainement organisée par les médiathèques afin de permettre aux usagers de continuer à s’évader, les stocks de lecture constitués avant le confinement étant épuisés…

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

La Communauté de Communes des Terres du Val de Loire est issue de la fusion de quatre communautés de communes au 1er janvier 2017 et de l’intégration de cinq syndicats (développement économique, collecte des déchets, assainissement, gestion des milieux aquatiques). Elle a pu se structurer, harmoniser ses process, mais nous n’avions pas anticipé une telle crise sanitaire.

Nous n’avions pas suffisamment de masques, de gel hydroalcoolique pour protéger nos agents. Nous n’avions pas encore expérimenté le télétravail que nous avons mis en œuvre dans l’urgence pour une grande partie des agents. Ces deux domaines sont à améliorer.

Une crise est souvent révélatrice à ce stade. Qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Trois forces, que j’ai valorisées auprès des équipes sous le terme de « SEA team », ont particulièrement émergé dans le cadre de cette crise sanitaire :

  • Solidarité : beaucoup d’agents, dont les services sont fermés, sont volontaires pour assurer des missions différentes depuis leur domicile ou sur le terrain. Des cadres assurent par exemple la direction des ALSH à la place de leurs collègues afin de leur permettre de garder leurs enfants ou de préserver leur santé plus fragile. Des MNS proposent des activités sportives aux enfants accueillis dans les ALSH.

Cette crise accélère la cohésion des équipes et la construction d’une culture commune qui était naissante.

  • Engagement : les équipes sont très investies pour assurer les trois objectifs, cités plus haut, de préservation de la santé, poursuite des projets et adaptation des missions. Elles ont à cœur de faire preuve de réactivité et de solidarité et de porter haut les couleurs du service public.
  • Adaptabilité : les responsables de services proposent des nouveaux services aux usagers afin notamment de maintenir ce lien social indispensable aux publics ou aux partenaires qui pourraient être fragilisés par cette crise sanitaire, économique et sociale.

Les agents peuvent être fiers de leurs capacités de résilience.

Les actions de proximité, d’accompagnement et d’information auprès des communes membres sont par ailleurs très appréciées par les maires.

Cette crise a également mis en avant un certain nombre de points faibles en matière d’équipements de protection individuelle, de télétravail ou de process en situation de crise. Nous devons construire de nouveaux outils que nous n’avions pas anticipés.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité. Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

À chaque événement majeur, les citoyens saluent le dévouement des agents du service public : les forces de l’ordre pendant les attentats, les pompiers lors de l’incendie de Notre-Dame, les soignants et les enseignants lors de cette crise sanitaire. 

Nous prenons actuellement conscience non seulement de l’importance du service public mais également de l’importance d’un certain nombre de métiers, également indispensables, exercés par des femmes et des hommes pas toujours reconnu.e.s, ni valorisé.e.s : caissier.e.s, éboueurs, livreurs, aides-soignant.e.s, agents de nettoyage, conducteurs de transports en commun, ouvriers…

Cette crise montre l’engagement de toutes et tous pour combattre le virus. Les agents du service public comme ces salariés méritent une plus grande attention et une plus grande reconnaissance de la part de chacun.

Cette crise permet aussi la création de nouvelles solidarités, une relocalisation progressive de la production industrielle stratégique, le développement des maraîchers et producteurs locaux, l’attention portée à la transition énergétique, l’importance du « vivre ensemble »… Les équipes de direction générale doivent se saisir de ces enjeux et construire avec les élus, les populations et les agents, des projets de territoire qui y répondent.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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