Covid-19 et continuité de service : interview de Jean-Jacques Roux, DGS de Marignane

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent s’organiser pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Jean-Jacques Roux, Directeur Général des Services de la ville de Marignane (35 000 habitants), répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Jean-Jacques Roux, DGS de Marignane

Jean-Jacques Roux

Il a fallu rapidement et en même temps :

  • fermer les établissements d’accueil au public et notamment les écoles et les crèches ;
  • mettre en place un service minimum par le biais d’un PCA ;
  • mettre en place les premières mesures pour les agents notamment ceux qui sont les plus fragiles et donc exposés et ceux qui doivent prendre en charge la garde de leurs enfants ;
  • assurer l’organisation du premier tour avec mise en place de tout un dispositif sanitaire pour les agents, les membres des bureaux et les électeurs ;

Beaucoup de choses à gérer de manière simultanée et dans un délai court.

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voir créer ?

Gérer une crise, nous savons faire dans les communes a fortiori du Sud. Outre notre activité de service public de proximité par nature, entre la neige, les inondations et les feux de forêt, nous sommes nombreux à avoir une expérience et une habitude à gérer ce type de situation. L’énorme différence avec nos acquis de l’expérience, pour cette crise sanitaire, c’est sa durée et donc l’inconnue est notre capacité à gérer la crise sur le temps long.

Dans ce type de situation, on culpabilise toujours ou du moins monte un sentiment de regrets. On ne passe jamais suffisamment de temps et on ne consacre jamais suffisamment de moyens à la prévention. On devrait avoir davantage de personnels dédiés et surtout plus d’entrainement à la gestion de crise. Cette relative impréparation technique se compense fort heureusement par le bon sens et la bonne volonté du plus grand nombre.

Par contre, il manque vraiment une coordination entre services d’État et services des collectivités sur ce sujet, au moins au niveau des maires. Il est très difficile aux fonctions où nous sommes d’être en aveugle sur la vraie situation sanitaire locale et nationale.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

La crise a ce côté positif d’être un révélateur de beaucoup de choses. La plus importante est relative aux comportements des agents face à la crise et en conséquence leur positionnement vis-à-vis de leur responsabilité en tant qu’agent public et vis-à-vis de la bonne marche de leur collectif. C’est dans ces  moments-là qu’apparait vraiment le caractère individualiste ou holiste de chacun. Dit autrement, on voit là, en cas de guerre, sur qui on pourra compter et avec qui il ne faut surtout pas la faire… La bonne nouvelle, c’est le sens des responsabilités du plus grand nombre et leur implication, ça fait du bien de le constater.

La crise est également révélatrice du niveau opérationnel de la collectivité. Sa capacité ou non à réagir, vite et bien, est un excellent marqueur du niveau professionnel de l’organisation.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Le message que je souhaite faire passer est que le service public n’a de sens justement que dans la solidarité et l’efficacité et que beaucoup d’entre nous œuvrent dans leur quotidien professionnel pour être vraiment par l’esprit et par les actes en mode « entreprise publique », bien loin de l’image parfois dégradée qui nous colle à la peau.

Je voudrais ici dire qu’à ce jour, le 23 mars, une colère gronde en nous. Comment l’État a-t-il pu nous demander d’organiser le premier tour des municipales dans la situation sanitaire qu’il connaissait ? Outre le non sens actuel (maires élus au premier tour non installés, deuxième tour en juin, interrogation sur la validité du premier tour…), il faut presque prier pour que toutes les personnes ayant participé ou ayant voté à ce premier tour ne soient pas bientôt les « sacrifiés » de la République avec un nombre de malades importants et peut-être de morts. Croisons les doigts que nous n’ayons pas là un scandale sanitaire et qu’il y ait plus de peur que de mal.

Et terminer par des mots positifs et d’espoir : quand on voit l’action et le dévouement du Centre de gestion 13 pour accompagner les communes dans la gestion de cette crise, on apprécie de bénéficier de telles compétences support. Les opérationnels que nous sommes se sentent plus forts et plus sereins pour l’affronter.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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