Blocage des lycées : Édouard Geffray, propulsé en première ligne face à la colère lycéenne

Publié le 6 octobre 2026 à 8h30 - par

Des lycées brûlés ou bloqués un peu partout en France, des jeunes interpellés par milliers et des élèves et personnels blessés : le placide Édouard Geffray, ministre de l’Éducation au profil plutôt technicien que politique, se retrouve en première ligne face à un incendie qu’il n’a jusqu’ici pas réussi à contenir, alors que ce mardi, des dizaines de milliers de lycéens vont de nouveau manifester pour des moyens et une place nouvelle pour la jeunesse. Pour cet « Acte III » d’un mouvement qui a démarré mi-septembre en région parisienne, les lycéens ont reçu le soutien d’une intersyndicale de l’Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires) qui a appelé à descendre dans la rue à leurs côtés, à Paris, Lyon, Marseille et une trentaine d’autres villes.

Blocage des lycées : le discret Édouard Geffray, propulsé en première ligne face à la colère lycéenne
© Par Florence Piot - stock.adobe.com

Nommé rue de Grenelle il y a presque un an, ce fin connaisseur de l’Éducation nationale, ancien numéro deux du ministère (2019-2024), jouait jusqu’ici les discrets dans l’équipe Lecornu. Il répétait à l’envi qu’il n’y aurait pas de « réforme Geffray », privilégiant les ajustements aux bouleversements d’ampleur dans un ministère qui a connu sept locataires depuis 2022.

C’était sans compter l’embrasement du mouvement lycéen : le voilà au cœur d’une crise dont la gestion par le ministère fait débat.

« Il y a sans doute un peu de retard à l’allumage lié à une analyse erronée ou incomplète de la situation. Ils sont sans doute passés à côté des ressorts qui ont conduit » à l’explosion du mouvement, estime auprès de l’AFP la syndicaliste Sophie Vénétitay.

Le mouvement part mi-septembre de quelques établissements de la région parisienne, avant de s’étendre. Les lycéens dénoncent l’insalubrité de certains bâtiments, des classes et des emplois du temps surchargés, des absences de professeurs non remplacées ou encore les inégalités liées à Parcoursup.

Un mouvement d’ampleur et de vives tensions

À mesure que la mobilisation gagne du terrain, la situation se durcit. Proviseurs agressés, tirs de mortiers, établissements incendiés : la contestation est ponctuée de violences et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Lors d’un « acte II » particulièrement tendu, jeudi dernier, plus de 1 000 lycées sont perturbés. Plus de 200 sont bloqués. Les images passent en boucle sur les chaînes info.

Depuis le début du mouvement, plus de 5 000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue, selon les chiffres officiels. Des centaines de membres des forces de l’ordre et près d’une centaine de personnels de l’Éducation nationale ont été blessés.

Sans oublier 190 élèves blessés depuis le début du mouvement, selon Édouard Geffray. Un adolescent de 15 ans a eu sa main arrachée par une grenade à Lens lundi 5 octobre. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocus, le parquet a évoqué des lésions « compatibles » avec un tir de LBD.

Aux prémisses du mouvement, alors qu’il ne faisait pas la une, la première réaction publique d’Édouard Geffray est un message sur X, le 24 septembre. « Les difficultés scolaires doivent être entendues et traitées », écrit-il notamment, tout en condamnant « fermement » les « violences et les blocages » en Île-de-France.

Dialogue 

Le lendemain, comme d’autres membres du gouvernement, il s’en prend aux « députés LFI » qui « encouragent » des « jeunes à bloquer les lycées ».

Une attaque non justifiée pour Agnès Andersen secrétaire générale du syndicat de chefs d’établissement ID-FO : « Un lycéen, ça sait penser. Vouloir tout réduire en disant qu’ils sont tous manipulés, c’est non. »

Du côté de la rue de Grenelle, on assure toutefois que, dès fin septembre, l’action était déjà de mise. « On avait déjà le cas du lycée Saint-Exupéry, à Créteil, dans le viseur, et on avait commencé à déclencher les moyens nécessaires avec le rectorat », rapportait lundi l’entourage du ministre à l’AFP.

Au sein de cet établissement de quelque 1 500 élèves, le premier à s’être mobilisé, des renforts ont depuis été obtenus, notamment un proviseur adjoint et une infirmière supplémentaires.

« Aujourd’hui, ils ne bloquent plus parce qu’ils estiment avoir eu gain de cause. C’est la preuve qu’on a su les écouter et répondre à leurs revendications, et que le dialogue permet d’améliorer les choses », observe-t-on au ministère.

Face à la mobilisation grandissante, le ministre a annoncé la semaine dernière le prochain lancement d’une plateforme de concertation pour recueillir les revendications des élèves. Sans empêcher les blocages de continuer.

« Bras de fer »

« Sur la partie dialogue, on ne peut pas dire qu’il n’est pas à l’écoute », estime Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat SE-Unsa, soulignant qu’Édouard Geffray a reçu vendredi 2 octobre les organisations syndicales, les fédérations de parents d’élèves ainsi que les représentants lycéens.

« Ça a été un bras de fer » pour obtenir ce rendez-vous, nuance Ryad Rani président de l’Union syndicale lycéenne (USL). Le ministre propose des « travaux », « des discussions », mais « on ne va pas attendre encore six mois », fustige-t-il.

À l’issue de ces rendez-vous, le ministre a promis un plan d’action destiné à accélérer le remplacement des enseignants absents, notamment dans les classes à examen, l’une des revendications centrales du mouvement. Il a également annoncé un travail sur les rythmes scolaires et une réflexion sur la « démocratie scolaire ».

Lundi 5 octobre, c’est dans un lycée des Yvelines qu’il a tenté d’apporter de nouvelles réponses, à la veille de la journée de mobilisation de mardi 6 octobre, lors d’une visioconférence avec des chefs d’établissement et des échanges avec des élus du Conseil de la vie lycéenne (CVL).

Un déplacement toutefois « lunaire », pour Sophie Vénétitay. « Un gamin se fait arracher la main, des personnels se font agresser, et il va se mettre dans un lycée pour faire une vidéo avec les chefs d’établissement », s’agace la syndicaliste. « Ce n’est absolument pas à la hauteur du moment politique qu’on vit. »

« Convergence » ?

« On appelle à massivement bloquer tous les lieux d’études pour être en capacité de continuer à faire grandir la mobilisation et se retrouver avec une convergence des lycéens, lycéennes, étudiants, étudiantes, mais aussi des travailleurs et des travailleuses, d’autres secteurs qui commencent à nous appuyer », a expliqué Eloïse Lefebvre-Milon, de l’Union étudiante, qui recensait une trentaine de sites bloqués déjà lundi 5 octobre.

La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, classé à gauche, a également appelé les agriculteurs à faire « converger » les « colères » et à rejoindre la mobilisation des lycéens avec leurs tracteurs.

À un peu plus de six mois de la présidentielle, élection qui verra certains des lycéens mobilisés voter pour la première fois, cette mobilisation s’étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement.

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