La préparation budgétaire bat son plein. Se comparer avec des collectivités de même strate, de la même intercommunalité ou à des collectivités qui vous ressemblent est utile. Étudier les ratios financiers de collectivités de même strate est assez simple. Allez sur le portail de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) où vous trouverez, classés par départements, tous les comptes administratifs (CA) individuels des communes (de 2000 à 2025) et des EPCI (de leur création à 2025), sans oublier ceux des départements et des régions (de 2008 à 2025)1.
Données brutes de la DGFIP : utiles et basiques
Pour chaque collectivité et chacun de ses CA, regardez d’abord l’onglet chiffres-clés : recettes et dépenses de fonctionnement, d’investissement, capacité d’autofinancement, encours de la dette. Puis, une fiche détaille toutes ces données. À chaque fois, on peut immédiatement se comparer aux moyennes de la strate en €/hab. figurant au regard des chiffres de sa collectivité. Dans sa note de présentation synthétique du budget primitif 2025, la commune de Valliquerville (1 494 hab., Seine-Maritime) par exemple, a comparé simplement les ratios de son budget primitif 2025 avec ceux de sa strate de population (500 à 2 000 hab.) en 2023. Ses dépenses réelles de fonctionnement (DRF) sont ainsi de 588 €/hab. contre 722 € pour la strate. Côté recettes, elle observe que son produit des impositions directes, ses recettes réelles de fonctionnement (RRF) et sa Dotation globale de fonctionnement (DGF) sont inférieurs à ceux de la strate, sans plus. Par contre, la note justifie le poids de 46 % des dépenses de personnel par rapport aux DRF : il est supérieur à celui de sa strate à 44 %, car l’exercice de nombreuses tâches d’entretien et de maintenance se fait en régie. Mais, in fine, rappelle la note, les DRF sont inférieures à celles de la strate, on l’a vu. Le benchmarking est ici minimal. La commune montre juste que sa situation financière est bonne et qu’il n’y a pas d’anomalie. Cela ne sert pas à orienter le budget.
L’OFGL : un accès simplifié aux données
L’Observatoire des finances et de la gestion publique locale (OFGL) regorge lui aussi de données financières locales, issues de la DGFIP, mais retraitées en une cinquantaine d’agrégats financiers, relatifs aux dépenses ou recettes de fonctionnement ou d’investissement ou constituant des ratios financiers. Ici, on peut filtrer par collectivités, par strates et surtout créer sont propre panel de collectivités locales comparables. Exemple ? Pour comparer La Baule-Escoublac (16 912 hab., Loire-Atlantique) à un panel d’autres communes touristiques de même strate de la région Pays de la Loire, rendez-vous ici pour « accéder aux indicateurs clés des comptes des collectivités locales ». Étape 1, renseignez la catégorie de collectivités souhaitée, ici donc les communes. Étape 2, sélectionnez Pays de la Loire, Loire-Atlantique, Cap Atlantique et enfin La Baule-Escoublac, puis les communes de 10 000 à 19 999 hab., puis en cliquant sur « Plus de filtres », indiquez (commune) « touristique ». Étape 3, définissez votre groupe de référence, en sélectionnant Pays de la Loire, puis la même strate et enfin « touristique ». Vous obtenez alors un groupe de 6 communes à comparer avec La Baule-Escoublac2. Les chiffres à comparer sont larges et répartis dans quatre onglets : grands équilibres des budgets, section de fonctionnement et épargne, section d’investissement, dette et trésorerie. Ils sont bruts ou bien en euros/hab., portent sur les budgets annexes ou bien principaux ou les deux (après neutralisation des flux financiers entre les deux), tout ceci sous forme de tableaux, graphiques, courbes interactifs… Dans un cinquième onglet, on accède à une synthèse comparée – exportable vers excel via un copier-coller -. Autre module disponible en page d’accueil, la « Cartographie des résultats financiers des collectivités locales » : on cartographiera les agrégats financiers de son choix par catégories de collectivités, à l’échelle France, région ou département3. On peut enfin poser des questions directement sur la plateforme.
Si l’on veut des données plus précises ne figurant pas sur le site de l’OFGL, par exemple les primes d’assurances (compte 616), il faut en page d’accueil, aller sur « Explorer le détail des comptes des collectivités locales », puis taper 616 ou primes d’assurances dans la barre de recherche. On est alors renvoyé vers les fiches individuelles DGFIP, avec à la clé un tableau brut excel de la balance des 9 489 communes qui ont renseigné cette rubrique.
Un cabinet pour aller plus loin, interpréter…
Tant qu’on reste à ces niveaux simples, on peut soi-même, en se familiarisant aux fiches DGFIP ou aux outils de l’OFGL, faire des comparaisons annuelles. Quand ? L’OFGL sort son observatoire des collectivités locales chaque année début juillet et tous les jeux de données (CA de l’année précédente) sont disponibles début septembre. Mais « pour aller plus loin, éviter les mauvaises comparaisons, les fiches DGFIP ne suffisent pas. Pour mieux interpréter ce que l’on détecte de l’analyse comparative, pour faire de la pluriannualité et ainsi vérifier qu’une chose anormale sur une année se répète ou non après, alors on peut solliciter son Centre de gestion, conseiller aux décideurs locaux ou association départementale des maires », conseille Thomas Rougier. Les grandes collectivités locales, voire les moyennes, recourront, elles, à un cabinet de finances locales pour ce faire, à l’image de la commune du Grau-du-Roi (8 588 hab., Gard) avec le cabinet Michel Klopfer. Ce dernier, à partir d’un échantillon de 33 communes touristiques françaises comparables, a analysé l’effort fiscal, l’évolution des dépenses de fonctionnement 2014-2024, l’épargne brute, l’encours de dette et la capacité de désendettement4. Ici, il conclut à « une capacité de désendettement à la moyenne de l’échantillon », à « un des meilleurs taux d’épargne brute » et à « une situation financière à fin 2024 très correcte », qui a justifié selon la mairie « le vote d’une baisse d’impôt en 2025 de plus de 1 M€, alors même que l’effort fiscal est déjà inférieur à la moyenne des communes littorales comparables ». Pour le secrétaire général de l’OFGL, « recourir à un cabinet, c’est solliciter un observateur extérieur qui confirmera ou non un diagnostic interne ». Par contre, si on a creusé une année, y revenir l’année d’après n’est guère nécessaire, « sauf sur un point particulier détecté », selon Thomas Rougier.
Y a-t-il intérêt à contacter directement une autre collectivité ? Oui si l’on détecte une situation très proche de la sienne : communes industrielles, ayant des quartiers prioritaires, littorales, de montagne…. « Si sur plusieurs années, des communes de son interco parviennent à investir beaucoup, les rencontrer est intéressant », conseille Thomas Rougier.
Interpréter avec prudence… et orienter des décisions
Question cruciale : que peuvent apporter les comparaisons ? « On peut partir de zéro en n’ayant rien pressenti et faire une analyse comparée complète, en vue de détecter des points particuliers, note Thomas Rougier. Classiquement, on compare plutôt l’investissement, la dette et la fiscalité ». Attention, comparaison n’est pas raison. « La moyenne n’est pas un objectif en soi. Comparer, c’est avant tout comprendre pourquoi il y a des écarts », précise Thomas Rougier. Il faut penser compétences. Une communauté de communes qui a l’eau et l’assainissement, la petite enfance, la voirie… aura plus de charges qu’une autre qui en est dépourvue. Pour neutraliser ces transferts de compétences, les comparaisons à l’échelle du bloc local (communes + EPCI) sont utiles. Sur le site de l’OFGL, à l’étape 1 précitée, choisissez « Communes et leurs groupements à fiscalité propre ».
Pour un EPCI qui a la collecte des déchets, l’eau potable, tel équipement culturel en budgets annexes – pareil pour des communes -, il faudra pour le comparer à d’autres, étudier les budgets de chacun de manière consolidée, ce que propose l’OFGL – mais pas les fiches de la DGFIP -, avec des jeux de données regroupant budget principal et budgets annexes après neutralisation des flux financiers entre eux. Concernant les charges de personnel, si on internalise un maximum de travaux et de services, elles seront élevées (cf l’exemple de Valliquerville plus haut), alors que si on externalise beaucoup, c’est le poste prestations de services qui sera élevé. Côté dette, une commune peut être très endettée par rapport à d’autres, mais offrir des équipements et des services plus importants. Une autre peut avoir un niveau faible d’investissements par rapport aux autres, simplement parce qu’elle a moins de bâtiments et moins de routes. Côté recettes, on aura peu de ventes de produits et services, s’il y a une politique de gratuité de services. Comparer sert à comprendre, choisir relève de la décision politique.
Ceci dit, comparer pourra orienter certaines décisions. Si l’on souhaite dégager de nouvelles marges de manœuvre, savoir qu’on est nettement en-dessous de sa strate en produits de fiscalité, toutes choses égales par ailleurs, pourra inciter à revoir les taux. Avoir rencontré une collectivité similaire qui a stabilisé ses charges à caractère général par des renégociations de contrats ou sa masse salariale par une politique de non remplacements des départs à la retraite, un meilleur contrôle des heures supplémentaires, des avancements de grades non systématiques… pourra inciter à prendre des décisions impactant le budget primitif. À vous de comparer.
Frédéric Ville
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Valence Romans agglo, fan des données de l’OFGL Suite à son pacte financier et fiscal, Valence Romans agglo (VRA) publie chaque année un document sur la situation financière de ses 54 communes, en leur apportant des éléments de comparaison, soit entre elles, soit avec le niveau national. Pour cela, elle se sert du site de l’OFGL. Élise Robin, responsable du service Planification financière, y apprécie « des données fiables, une même source », une « facilité et rapidité d’utilisation par n’importe quel agent » et « des recherches pour documenter et comparer la situation des 54 communes, assez automatisables ». VRA a ainsi présenté différents graphiques d’évolution des dépenses et recettes de fonctionnement, de l’épargne brute sur 2017-2024 : « Attention, les chiffres présentés – et retraités – ne sont pas toujours exactement les mêmes que ceux des comptes administratifs des communes5 », précise Élise Robin. VRA utilise le module cartographie de l’OFGL pour comparer par exemple l’encours de dette/hab. de ses 54 communes et le présenter ensuite aux élus via des captures d’écran. Elle se sert enfin de l’analyse financière comparative pour présenter les investissements par communes classées en fonction de leur strate de population. (source : Le webinaire de présentation de data.ofgl.fr en rediffusion) |
1. En cas de fusions de communes ou d’EPCI entre eux, recherchez les données aux noms des anciennes communes et EPCI jusqu’aux dates de fusions, puis aux noms des nouvelles communes et EPCI après.
2. En plus de La Baule-Escoublac, ce sont Pornic, Guérande, Saint-Brévin-les-Pins, Saint-Hilaire-de-Riez et Pornichet, communes a priori comparables.
3. Webinaire d’apprentissage de la plateforme de l’OFGL.
4. Lire le rapport d’analyse financière du Grau-du-Roi, novembre 2025.
5. Atténuations de charges et de produits non présentées par l’OFGL.