Municipales et sénatoriales, une élection peut en cacher une autre

Publié le 16 janvier 2026 à 9h20 - par

Derrière la course aux mairies se joue une compétition parallèle plus méconnue mais cruciale pour les partis politiques. L’issue des élections sénatoriales, qui doivent se tenir en septembre 2026, devra beaucoup au scrutin municipal de mars.

Municipales et sénatoriales, une élection peut en cacher une autre
© Par Brad Pict - stock.adobe.com

Les rapports de force au Sénat, dominé par une alliance entre la droite et les centristes, ne devraient pas être bouleversés par ces élections mais les enjeux sont importants, notamment pour le Rassemblement national qui rêve de créer un groupe parlementaire à la chambre haute.

La course aux grands électeurs

Municipales et sénatoriales, quel est le rapport ? Tout est en fait lié au mode d’élection des 348 sénateurs qui siègent au Palais du Luxembourg. Ces parlementaires, représentants des collectivités territoriales, sont élus au scrutin indirect département par département, par un collège de grands électeurs.

Parmi ces derniers, 95 % sont des… conseillers municipaux. D’où l’impact quasi-mécanique des élections municipales sur la composition future du Sénat.

Néanmoins, ce jeu de miroir n’est pas immédiat : seuls 178 des 348 sénateurs seront renouvelés en 2026 – ceux des Bouches-du-Rhône ou du Bas-Rhin par exemple -, quand l’autre moitié des sièges (Île-de-France, Nord…) sera remise en jeu en 2029.

L’élection du prochain maire de Marseille ou de Lyon aura donc une conséquence dès 2026 au Sénat. D’éventuels changements de majorité à Paris ou à Lille n’auront d’effet, eux, que trois ans plus tard à la Haute assemblée.

Autre enjeu plus personnel, l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, élu sénateur de l’Eure en 2020 mais qui n’a jamais siégé, rempilera-t-il ? Il hésite.

Le RN en quête d’un groupe

Le parti de Jordan Bardella pâtit encore au Sénat de sa faible implantation dans les exécutifs locaux. Mais si plusieurs villes d’importance basculent dans son giron, une poignée d’élus RN supplémentaires fera son entrée au Sénat.

Suffisamment pour constituer un groupe à la chambre haute ? Dix sénateurs sont nécessaires pour y parvenir.

« Nous souhaitons avoir le groupe. Nos projections nous disent que c’est largement possible », veut croire le sénateur RN de Seine-et-Marne Aymeric Durox.

Ses regards se tournent immédiatement vers les départements du sud-est de la France, dans lesquels les sénateurs seront renouvelés en 2026 et où le parti progresse nettement. Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Gard, Vaucluse… Autant de territoires cruciaux.

« Si on prend Toulon, on se bat directement pour deux sièges. Si Éric Ciotti prend Nice, c’est un siège assuré voire deux », calcule cet élu, qui n’exclut pas non plus d’enregistrer une poignée de ralliements de sénateurs de droite.

Une droite plus si souveraine ?

Avec ses 130 élus, le puissant groupe Les Républicains a de quoi voir venir, mais il fait face à une érosion progressive qu’il doit tenter de contenir.

L’essor du RN risque notamment de lui faire perdre quelques sièges, reconnaissent plusieurs élus de droite.

« Je ne crois pas à une vague RN, mais on regarde cela de près. Dans certains secteurs géographiques de conquête, il y a un risque », affirme le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi, président de la commission d’investiture de LR, qui espère « limiter la casse à cinq ou six sièges en moins ».

Un autre cadre LR craint lui une certaine « confusion » dans le Sud-est entre les candidats proches de l’UDR d’Éric Ciotti, et ceux pour qui le concept d’une « union des droites » est inimaginable. Avec quelques plumes laissées dans la bataille…

Vigilance à gauche

Avec une centaine de sénateurs répartis dans trois groupes – socialistes, communistes, écologistes -, la gauche va surtout espérer maintenir son score. Cela pourrait s’avérer compliqué, surtout si des villes lui échappent – comme Lyon et Strasbourg, des villes que pourraient perdre les Écologistes.

« Nous espérons maintenir nos acquis et pourquoi pas grappiller ici ou là », expose le chef des 65 sénateurs socialistes du Sénat, Patrick Kanner. Comme souvent, des listes communes à la gauche devraient être constituées dans certains départements : « Là où ça peut être gagnant-gagnant »… mais sans les Insoumis, « qui veulent nous faire tomber », assure le sénateur du Nord.

Privée du moindre élu au Sénat car encore peu implantée localement, La France insoumise (LFI) espère bien, en effet, rebattre les cartes en augmentant son nombre de grands électeurs.

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