Alain Desbouchages : “Le leadership infirmier doit être mis en avant”

Publiée le 11 février 2026 à 14h00 - par

Élu en novembre 2025 à la présidence de l'Ordre national des infirmiers (ONI), Alain Desbouchages s'est fixé une feuille de route avec de nombreux objectifs, alors même que cette année devrait être marquée par des avancées concrètes pour la profession infirmière.
Alain Desbouchages : “Le leadership infirmier doit être mis en avant”

© M_Toussaint

Vous avez pris la présidence de l’ONI il y a un peu plus de deux mois. Quelles sont vos ambitions concernant l’institution ?

Lorsque j’ai déposé ma candidature pour devenir le président de l’Ordre des infirmiers, dans ma profession de foi, j’ai mis l’accent sur trois objectifs. Tout d’abord la profession infirmière et les enjeux liés à la loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier, c’est-à-dire veiller à la bonne application des décrets, des arrêtés et à l’universitarisation de la formation.

Ensuite, j’entends redonner un lien de confiance à la fois en interne, aux élus de l’Ordre et aux salariés, mais aussi aux partenaires institutionnels et à la profession. Ce n’est pas que le lien était rompu, mais la démission de ma prédécesseure a pu créer une période d’instabilité. Certes, cette période a été comblée par le travail des élus ordinaux locaux et des salariés. Pour autant, il était important de réaffirmer cette confiance. Après deux mois environ à la présidence de l’Ordre, on me témoigne que cette maison tient le cap, qu’elle sait où elle va et qu’elle s’est dotée de partenaires responsables.

Enfin, je suis très attaché au territoire. J’ai été président départemental de l’Ordre infirmier depuis la création de l’institution. Je suis attentif à la proximité. Je souhaite que l’on puisse mettre en avant le leadership infirmier. Si le Conseil national impulse la politique, les remontées d’expériences, les modèles inspirants et les pratiques innovantes portés par des infirmiers et accompagnés par des élus ordinaux locaux doivent être valorisés. C’est ce que je cherche à prioriser.

Pendant longtemps, la légitimité de l’Ordre a été remise en cause. Considérez-vous aujourd’hui que sa place est acquise dans le système de santé ?

L’Ordre infirmier fête ses 20 ans cette année. Il est devenu un acteur incontournable dans l’élaboration des politiques de santé. Nous avons une place au cœur du système de santé. Cet anniversaire va aussi nous permettre de nous questionner sur demain, de nous  projeter. Aujourd’hui, il nous manque environ 800 personnes pour être à 600 000 infirmiers inscrits à l’Ordre. Nous sommes la profession réglementée la plus nombreuse. Mais par principe de pragmatisme, je reconnais qu’effectivement, des personnes sont encore à inscrire, peut-être des irréductibles ou des personnes en fin de carrière. En revanche, pour les jeunes infirmiers, la place de l’Ordre est acquise. Bien entendu, son rôle est parfois encore questionné, comme il peut l’être chez les médecins, les chirurgiens-dentistes ou toute autre profession ordinale. Nous existons avant tout pour garantir aux patients que les personnes exerçant le métier en détiennent les compétences et pour réfléchir aux textes réglementaires ainsi qu’à leurs évolutions.

Il arrive par ailleurs qu’on reproche à l’Ordre de ne pas remplir certaines missions qui, en réalité, ne relèvent pas de nos compétences. À titre d’exemple, nous sommes souvent perçus comme un organe participant aux négociations conventionnelles entre l’Assurance maladie et les représentants des infirmiers libéraux, ce qui n’est pas le cas. Nous ne sommes pas un syndicat. Bien entendu, lorsque les infirmiers acquièrent de nouvelles compétences, nous pouvons affirmer la nécessité d’une reconnaissance financière qui soit à la hauteur, et j’estime être légitime à le dire. Mais nous ne négocions pas.

Aujourd’hui, nous devons encore nous rendre visibles. C’est aussi tout l’objectif de mes déplacements dans les territoires. Je veux représenter un ordre qui accompagne et qui soutient, comme le démontre notre récente campagne de lutte contre les violences sexuelles et sexistes à l’encontre de la profession.

La ministre de la Santé a acté fin janvier 2026 la mise en œuvre de la réforme du métier d’infirmier. Quel regard portez-vous sur ces annonces ?

Nous sommes satisfaits, mais nous restons vigilants sur les applications concrètes. Nous ne pouvons qu’être satisfaits de l’adoption de la loi sur la profession. C’est le cas également du décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier. Désormais, nous discutons des arrêtés actes et soins, et prescriptions. Le premier a déjà été amendé deux fois et nous attendons la version finale de la part de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Les annonces de la ministre de la Santé sur l’accès direct aux infirmiers pour la prise en charge des plaies et de la cicatrisation laissent supposer que les amendements ont été pris en compte. Le constat est identique pour la consultation infirmière. Nous avons d’ailleurs des échéances : d’ici mars, il faudrait que les textes puissent être examinés par le Haut conseil des professions paramédicales (HCPP). Nous veillerons à ce que les décrets n’enferment pas les infirmiers dans leurs pratiques et que leur autonomie soit bien garantie. Ces évolutions sont prises dans l’intérêt du patient et de l’accès aux soins, en coordination avec les autres professions de santé, car nous sommes tous en responsabilité.

Qu’en est-il de la formation des étudiants ?

Nous avons eu une frayeur en fin d’année 2025. Après que les projets de décret et d’arrêté ont été votés par le HCPP, nous espérions que la réforme soit appliquée à la rentrée universitaire de septembre 2026. Mais le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) a bloqué le texte en raison des discussions entre l’État et les Régions concernant le financement des places en Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi). La situation a été débloquée et l’universitarisation aura bien lieu en septembre avec un nouveau référentiel de formation, en cohérence avec les nouvelles missions infirmières.

L’attractivité du métier et la fidélisation des infirmiers restent des enjeux majeurs. Quel rôle spécifique l’Ordre peut-il jouer face à l’épuisement professionnel et aux abandons de carrière ?

Ce sont des mots importants pour cette mandature. L’universitarisation de la formation et l’application des ratios de soignants au sein des services hospitaliers peuvent permettre cette attractivité et fidélisation. Je souhaite que nous travaillions sur les interruptions de parcours, sur la remise en activité ad hoc, et que l’Ordre soit perçu comme une instance auprès de laquelle il est possible d’aller demander de l’aide et un accompagnement. La mise en œuvre de la certification va également aider les professionnels en activité. C’est un cercle vertueux.

Propos recueillis par Laure Martin

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