[Municipales 2026] Grandeur et décadence d’une IA en campagne électorale

Publié le 18 février 2026 à 13h45 - par

La campagne électorale bat son plein dans les communes. À l’occasion de ce nouveau round démocratique, l’intelligence artificielle s’installe aux premières loges. Pour le meilleur comme pour le pire depuis que nos vies sont conditionnées par cet accélérateur de progrès… ou de crétineries !

Grandeur et décadence d'une IA en campagne électorale
© Conseil départemental du Puy-de-Dôme - Michel Sauvade, Conseiller départemental d'Ambert, Vice-président du Conseil départemental en charge du Numérique, Maire de Marsac-en-Livradois

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C’est le premier grand test grandeur nature de l’IA générative avec les prochaines municipales. Michel Sauvade, maire de Marsac en Livradois et co-président de la commission numérique à l’Association des Maires de France (AMF), est forcément bien placé pour en parler : « Vous tombez bien, je suis sur le chemin du retour du World AI Cannes Festival (WAICF) 2026, où j’ai participé à une table ronde organisée par les Départements de France et l’Association des Maires de France (AMF) sur l’intelligence artificielle ». Pour lui, tout n’est qu’affaire de bon sens : « L’IA peut nous aider, dans les campagnes électorales comme dans le quotidien, notamment dans les petites communes. Je suis bluffé, par exemple, par les analyses budgétaires réalisées par le logiciel proposé par la DGFIP, ça fait gagner un temps fou. Mais il faut être clair : quand on met un outil aussi puissant entre les mains de quelqu’un, il faut que l’intelligence humaine soit symétriquement aussi puissante ! ». Et d’ajouter, dans une veine que le célèbre dialoguiste Michel Audiard n’aurait pas démenti : « Un couillon face à l’IA, ça s’aggrave ! ». Manière de suggérer que, comme dans tous les bonds en avant du progrès, ceux qui en bénéficient doivent savoir en déjouer les chausse-trappes.

Un candidat se retrouve avec une main… à six doigts !

L’IA bouscule tout sur son passage. Et, comme dans un « contrat » de mariage, le pire côtoie le meilleur et vice-versa. Depuis le début de la campagne, la presse locale documente ce lien IA-élus locaux en campagne. À Grenoble, le candidat Hervé Gerbi a confié à l’IA le soin de lui fabriquer une affiche et a intégré un chabot sur son site, présenté comme un outil d’échanges permanent avec les habitants. Moins fun : à Strasbourg, Virginie Joron, sur TikTok, a recouru à l’IA pour « salir » les rues de la commune dans le but malsain de fustiger le laisser-faire du maire sur ce sujet. À Toulouse, l’équipe du maire sortant Jean-Luc Moudenc s’est mis le doigt de l’IA en créant une photo supposée complice entre le candidat LFI (François Piquemal) et François Briançon (PS), ce dernier étant d’ailleurs présenté avec… six doigts sur une main  ! Il y a donc un effet boomerang de l’IA pour les candidats qui la manient avec peu de recul et certaines intentions peu éthiques, celui d’une décrédibilisation accrue.

Les Français de plus en plus IAcompatibles

Une récente note de la Fondation Jean Jaurès sur les LLM (traduire Large Language Model, capables de produire des textes et des images via l’IA) présentés comme les « nouveaux acteurs des campagnes électorales » montre à quel point l’IA générative a fini par basculer dans le quotidien des Français. Les données Ipsos BVA citées par la note mettent en lumière le fait que 68 % des Français déclarent avoir déjà utilisé un outil d’IA générative, contre 39 % un an plus tôt. ChatGPT est désormais le compagnon de route numérique d’un Français sur deux. L’IA ne travaille pas seulement sur la forme de la campagne et son contenu éditorial parfois capillotracté : elle informe aussi ! La même étude Arcom-Ipsos BVA renseigne que 20 % des Français font appel à des agents conversationnels pour s’informer au moins une fois par semaine. Un Français sur quatre a déjà demandé à une IA ce qu’elle pensait d’une personnalité politique ou d’un parti. À moins d’un mois des municipales, 27 % des Français assurent qu’ils feront appel à l’IA pour en savoir plus sur le scrutin. La Fondation Jean-Jaurès considère donc que l’IA n’est plus simplement un facilitateur numérique mais un levier dans la formation de l’opinion.

Un temps de retard juridique ?

Dans l’Oise, Florence Woerth, candidate divers droite à Chantilly, a utilisé l’IA pour transformer une réunion publique en podcast. C’est d’ailleurs plutôt une aide précieuse pour les « petits » candidats qui ne bénéficient pas des moyens financiers des écuries politiques. En off, un candidat engagé dans les Hauts-de-France assure avoir demandé à l’IA de mettre en exergues les faiblesses de son candidat… et les siennes propres ! « Il faut savoir prendre de la distance avec les résultats et donc connaître parfaitement les dossiers », confirme-il, ce qui est le cas le concernant. « Mais je perçois presque un mouvement égalitaire dans ce que permet l’IA. Si elle est bien utilisée, et pas à des fins folkloriques, elle peut permettre à de petits candidats de roder les argumentaires, de disposer d’argumentaires politiques à faire valoir dans le débat », nous confie-t-il. Reste cependant que les démarches malintentionnées peuvent au contraire piéger le débat, le dénaturer, notamment auprès d’un public peu au fait de la capacité destructrice de l’IA. Interrogé par l’AFP, Valère Ndior, professeur de droit à l’université de Bretagne Occidentale, assure que les deep-fakes, les fausses images d’un hyperréalisme troublant, dont la finalité est de « nuire à la réputation de ses rivaux » ou de « manipuler les électeurs » sont susceptibles de tomber sous le coup de lois luttant « contre la diffusion de fausses informations » au cours des campagnes électorales. Comme dans chaque phase de déploiement d’un progrès scientifique, un code éthique s’impose : oui à une IA qui facilite le travail des équipes de campagne, non à une IA mal intentionnée et esthétisante, qui fabrique une image plus qu’un contenu. Aux électeurs de ne pas être dupes et de savoir ouvrir les yeux !

Stéphane Menu

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