La médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, Catherine Becchetti-Bizot, a présenté, le 8 juillet 2026, son rapport 2025 intitulé « Porter attention aux vulnérabilités, agir en faveur de la santé mentale ». L’an dernier, l’activité a été particulièrement intense pour les médiateurs. « Confrontés à des problématiques sociétales et familiales de plus en plus complexes, ainsi qu’à une forte augmentation des conflits et des violences au sein des établissements, ils ont poursuivi leur mission de pacification et de résolution amiable des litiges tout en répondant à une demande croissante d’écoute, de considération et d’explications de la part des usagers comme des personnels, souvent inquiets, vulnérables et exigeants vis-à-vis de leur administration », résume Catherine Becchetti-Bizot.
L’activité du Médiateur
Au terme de l’année 2025, le réseau des médiateurs de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur a traité près de 28 500 saisines. Le nombre de saisines continue de progresser rapidement, avec une hausse de 20 % en un an, contre 16 % en 2024, et une progression de + 51 % par rapport à 2020. 93 % des saisines reçues avant le 31 décembre 2025 ont pu être clôturées à cette date.
La répartition des saisines reste très stable depuis plusieurs années. Ainsi, en 2025, comme depuis 2022 :
- les saisines présentées par les usagers constituent plus des trois quarts (76 %) des demandes – dont 16 % concernent des écoliers et 51 % des collégiens ou lycéens (public et privé confondus). Celles provenant du premier degré sont en très forte augmentation (+ 93 % en 5 ans pour l’enseignement public). Les réclamations présentées par les étudiants de l’enseignement supérieur (34 % des saisines des usagers) ont connu un nouveau rebond (+ 46 % en un an). La hausse est deux fois plus rapide pour le privé que pour le public, précise le rapport ;
- les saisines présentées par les personnels constituent 24 % du total des réclamations et poursuivent leur progression en volume (6 228 saisines, contre 5 058 en 2024). La part qui a le plus augmenté est celle émanant des non titulaires (+ 42 % entre 2024 et 2025, et + 173 % depuis 5 ans), en particulier celle des contractuels non enseignants (notamment les AESH), qui a crû deux fois plus vite que la part de tous les non-titulaires, pointe le rapport.
Les domaines de saisines
Les domaines des saisines présentées par les usagers se répartissent de la manière suivante.
- 39 % concernent la vie quotidienne dans les établissements (conflits parents-établissement, discipline et comportement, harcèlement, besoins éducatifs particuliers, notation et évaluation, absence de professeurs…). Ce domaine connaît toujours une rapide progression : + 21 % en 2025 et + 136 % sur 5 ans. « Il peut être interprété comme le signe d’une dégradation du lien entre les membres de la communauté éducative », commente Catherine Becchetti-Bizot. Au sein de ce domaine, les questions relatives aux situations de harcèlement sont en forte hausse : de moins de 300 en 2020, elles sont passées à 970 saisines en 2025. De même, l’an dernier, les médiateurs ont traité 1 000 demandes relatives à des situations de violences à l’encontre d’enfants (contre 300 en 2023 et 400 en 2024).
- 27,5 % des saisines des usagers portent sur l’insertion dans le cursus scolaire ou universitaire (inscriptions, orientation, affectations).
- 17 % des saisines touchent à des questions financières ou sociales : frais de scolarité, allocations, cantine, logement et bourses. Sur les cinq dernières années, la médiatrice observe une augmentation de 57 % des réclamations dans ce domaine, scolaire et supérieur réunis.
- 16,5 % des demandes concernent les examens et concours.
Les domaines de saisines présentées par les personnels se répartissent de la manière suivante.
- 43 % des saisines portent sur des questions financières. Ce domaine est, depuis plusieurs années, le premier sujet de sollicitation de la médiation par les personnels, avant les questions de carrière et de mobilité, insiste le rapport. Il a connu une augmentation de 200 % en 5 ans !
- 15 % concernent le déroulement de carrière et les questions statutaires.
- 11 % des demandes concernent les questions de recrutement.
- 11 % portent sur les relations professionnelles, entre pairs ou hiérarchiques : organisation et conditions de travail, présomption de harcèlement ou de discrimination…
- 10 % ont trait aux affectations et mutations et révèlent souvent des situations familiales particulièrement difficiles (éloignement et séparation des familles), soit qu’elles entravent le parcours professionnel des requérants, soit qu’elles induisent des conséquences financières.
- 7 % des saisines sont des sujets de protection sociale (arrêts liés à la maladie, prise en charge du handicap, allégement de service, invalidité).
- 3 % des réclamations concernent les pensions et les retraites (validation, réversion).
Agir en faveur de la santé mentale
En écho à la Grande cause nationale 2025, la médiatrice de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur s’est intéressée à la santé mentale des élèves, des étudiants et des personnels. À travers l’analyse des saisines reçues, son rapport met en lumière « un certain nombre de difficultés et de tensions liées au fonctionnement même du système éducatif, à certains modes de gestion qui parfois, au lieu d’assurer le bien-être et la qualité de vie au travail des usagers et des agents, provoquent ou aggravent leur mal-être et ainsi compromettent leur réussite, alors qu’ils sont déjà vulnérables ou en souffrance. »
- Le parcours des élèves peut être fortement perturbé si une réponse adaptée n’est pas apportée à leurs besoins particuliers et à leur souffrance psychique (du fait d’un problème de communication, de procédures complexes, en matière d’évaluation et d’orientation notamment, ou d’un manque de formation des personnels à la prise en charge de situations sensibles).
- La situation de vulnérabilité d’une partie importante des étudiants, notamment dans les périodes de transition qui génèrent du stress et de l’insécurité, nécessite une proximité et un accompagnement humain renforcé a fortiori lorsqu’ils sont porteurs de handicap ou souffrent de problèmes psychologiques.
- Enfin, l’expression du mal-être au travail augmente chez les personnels à travers des saisines qui témoignent de nombreuses incompréhensions et expressions de découragement. « Ce constat invite à une gestion plus humaine, plus attentive aux situations de souffrance psychologique et plus adaptée à la diversité des profils, en particulier ceux des contractuels non enseignants, dont le nombre a considérablement augmenté depuis quelques années. La qualité de la réponse aux agents et la prise en compte de la spécificité des contractuels constituent autant d’axes de progrès pour éviter le décrochage, améliorer le bien-être et la réussite des acteurs du système éducatif », prône la médiatrice.
« Dans ce contexte, se fait sentir plus que jamais la nécessité de développer et de faire vivre l’esprit et les valeurs de la médiation. L’impartialité, l’indépendance et la juste distance du médiateur par rapport aux autorités sollicitées, doivent lui permettre de contribuer pleinement au rétablissement de la confiance et à l’instauration d’un climat d’étude serein s’appuyant sur le dialogue et le respect réciproque de tous les acteurs de la communauté éducative », est convaincue Catherine Becchetti-Bizot. Ainsi, son rapport se conclut par une série de quinze recommandations visant à « améliorer le fonctionnement et la qualité du système éducatif. »
