Le ministre de l’Intérieur, dont la démission a été refusée dimanche 18 octobre par Emmanuel Macron, a reconnu également sur France Inter « un manque d’anticipation » samedi dans la mobilisation des forces de l’ordre, dont l’effectif était sous-dimensionné face aux casseurs et pilleurs venus en masse en marge des manifestations.
Il a donné le chiffre de « 60 000 » policiers et gendarmes mobilisés samedi sur tout le territoire. Le 8 décembre 2018, lors du mouvement des gilets jaunes, 80 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés, 89 000, il y a un an pour le mouvement « Bloquons tout ».
Comme on lui demandait à plusieurs reprises si la situation avait été « hors de contrôle » samedi, il a fini par concéder : « Oui, samedi dans certaines grandes villes, vous ne pouvez pas regarder les commerçants en face quand vous avez des centaines de commerces qui ont été pillés et dire qu’on n’a pas perdu le contrôle sur certaines de ces grandes villes ».
Quant à sa démission, il a expliqué l’avoir remise « parce qu’il est responsable de tout ce qui se passe ». « J’ai remis ma démission au président de la République pour ces raisons. Moi, j’ai été haut fonctionnaire, j’ai un sens de l’intérêt général. Et vu les dégâts qu’il y a eus, il était normal que je remette ma démission ».
Laurent Nuñez a mis en cause sans les nommer des responsables politiques. « Moi, je prends ma part de responsabilité. Mais il ne faut pas que ces débats viennent éluder le fait qu’on a eu des casseurs, des pilleurs, des militants d’ultragauche », a-t-il dit, estimant que des responsables politiques de gauche « ne dénonçaient pas avec la vigueur qu’ils devraient avoir ceux qui s’en sont pris aux forces de l’ordre de manière extrêmement violente ».
S’agissant des violences et pillages qui se sont déroulés dimanche et dans la nuit dans Paris, le ministre a affirmé que « 350 » personnes avaient été interpellées – 351 exactement, a tweeté la préfecture de police.
« Impuissance » de l’État »
La gestion des manifestations par les autorités est fermement dénoncée par une grande partie de la classe politique et par certains maires.
À six mois de l’élection présidentielle, l’opposition pointe la responsabilité d’Emmanuel Macron.
Le président avait tenté de répondre aux inquiétudes dimanche soir par une allocution solennelle qui a réuni 16,7 millions de téléspectateurs. Mais faute d’annonce majeure, elle n’a pas calmé les critiques.
La gauche lui reproche de rester sourd aux revendications des manifestants, tandis que la droite lui réclame davantage de fermeté.
Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a lié les violences à une « forme de pourrissement de ce mouvement social organisé par le gouvernement ».
Dommages et responsables
Face au choc des violences, le Premier ministre Sébastien Lecornu a ouvert à 10h une cellule interministérielle de crise qui porte sur trois volets, « économie-commerce », « assurance » et « suivi judiciaire », selon Matignon.
Il a par ailleurs été chargé par Emmanuel Macron de réunir partis, syndicats, collectivités et parlementaires.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est, pour sa part, attendu à Marseille, ville frappée de plein fouet par les violences.
Des commerçants, distributeurs, hôteliers et restaurateurs, ainsi que les banques et assurances ont par ailleurs été reçus dès 9h00 à Bercy pour faire le point sur l’ampleur des dégâts matériels.
Le président du réseau des chambres de commerce et d’industrie en France (CCI France) a estimé lundi 19 octobre que l’on « dépassera les 2 000 » commerces touchés, évaluant les dégâts à « des centaines de millions d’euros ».
La procureure de Paris, Laure Beccuau, a promis de tout faire pour retrouver les coupables de violences ou de pillages, en utilisant par exemple des traces d’ADN ou des empreintes qu’ils auraient pu laisser.
Gabriel Attal, candidat centriste à la présidentielle, a comme d’autres responsables, pointé le rôle des réseaux sociaux et plaidé pour leur « blocage temporaire » là où se déroulent des émeutes.
Les maires dénoncent des « actes prémédités » et veulent un changement dans le maintien de l’ordre
« À Limoges comme dans d’autres villes », la police « a manqué de moyens » et « reculé » face aux casseurs, a fustigé le maire Guillaume Guérin (LR), qui réclame au gouvernement « un plan Marshall » et « une pluie de millions » pour reconstruire l’hôtel de ville dévasté par un incendie, jugeant que « l’État a failli ».
Dans une lettre adressée dimanche à Guillaume Guérin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a quant à lui promis que la mairie serait reconstruite avec l’aide de l’État « car elle est le symbole d’une Nation qui ne se laisse ni abattre, ni intimider ».
Après ce week-end de chaos, qui a sidéré la presse internationale, l’Association des Maires de France (AMF) appelle, à des rassemblements « à partir de midi » devant les mairies pour dénoncer les « attaques graves portées contre les institutions démocratiques ».
« Maires, conseillers municipaux, agents du service public, nous nous engageons tous les jours pour faire vivre nos communes dans la paix et l’unité. Nous sommes aujourd’hui écœurés et révoltés », écrit l’AMF, après les violences qui ont touché samedi des mairies et a appelé à « changer la doctrine d’intervention des forces de l’ordre ». « Ces actes très graves ont été prémédités et leurs auteurs, qu’ils soient des ultras politisés ou des casseurs venus s’en prendre aux commerces, sont dangereux, organisés, armés, déterminés », écrit l’Association des Maires de France (AMF) dans une déclaration transmise à la presse.
« Incendier une mairie, agresser ses agents, les menacer de mort comme à Limoges, sont des actes qui vont bien au-delà du symbole. C’est une attaque organisée contre ce que nous avons en commun de plus précieux : la paix civile et nos libertés publiques fondamentales », ajoute l’association.
« Les événements du 17 octobre ont marqué l’échec de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et montré l’insuffisance criante de leurs moyens d’intervention. Il faut changer la doctrine d’intervention et leur donner réellement les moyens d’agir sur le terrain », écrit l’AMF.
« Il est aussi indispensable que le travail des services de renseignement soit pleinement exploité, afin de prévenir les infiltrations de cortèges par des individus dangereux, et de procéder aux interpellations en amont de la manifestation », demande l’association.
La crise française n’est pas passée inaperçue à l’étranger : le président américain Donald Trump a écrit que « la France brûle », estimant que le pays était « brisé » par l’immigration.
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