Cantine à l’école : la recette des enfants pour savourer ce moment

Éducation

Des millions d’élèves, de la maternelle au lycée, mangent chaque jour à l’école : ils s’y restaurent, mais pas seulement. La cantine s’accompagne de rituels parfois anciens et les enfants déploient leur imagination pour rompre la monotonie de ce repas aux règles très strictes.

« C’est un endroit contraignant pour les enfants. On leur demande d’être assis sans trop bouger et de respecter les règles de l’institution et du repas à la française, avec son entrée-plat-produit-laitier-dessert », note Géraldine Comoretto, sociologue.

« Malgré ces contraintes, les enfants réussissent à se réapproprier les objets et l’espace. Ils utilisent tout ce qu’ils ont sous la main pour le transformer en quelque chose de ludique et rendre ce moment moins monotone », ajoute la chercheuse, qui a observé les comportements à la cantine pendant deux ans.

Le verre, le broc d’eau, les couverts, les aliments… Tout peut être utilisé à d’autres fins que leur fonction première.

Depuis des générations, les enfants regardent le chiffre (de 1 à 48) au fond de leur verre Duralex. Un numéro qui leur donne leur âge fictif et désigne le « bébé » ou le « vieux » de la tablée. À leur arrivée à la table, dans certaines écoles, les élèves se précipitent pour toucher le broc d’eau. Le dernier à y poser sa main sera chargé de le remplir.

La petite cuillère que l’on fait tourner sur la table désignera un couple d’amoureux « sans se soucier de leur sexe, de leur âge et encore moins de la véritable nature de leurs sentiments », raconte Benjamin Rondeaux, professeur dans un collège du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), qui mange à la cantine depuis 20 ans.

Un plateau ou une assiette qui tombe et c’est le concert d’applaudissements. « Ça pourrait être un peu humiliant mais en fait ça réjouit tout le monde », constate le professeur, auteur de « Self-Service » (Les Éditions du Motel) consacré aux us et coutumes de la cantine scolaire.

Les frites sont enfoncées dans les narines pour imiter un morse et un morceau de peau de mandarine est plaqué sur les gencives pour avoir un sourire orange. La queue de la pomme que l’on tourne en comptant jusqu’à ce qu’elle se détache donne l’âge du fruit.

« On n’est pas censé jouer avec la nourriture. L’enjeu est de ne pas se faire attraper et donc pour les enfants c’est encore plus drôle », souligne Géraldine Comoretto.

« Tous dans le même bateau »

Les jeux cessent avec l’entrée dans l’adolescence. Pour les collégiens et les lycéens, qui prennent un plateau et s’assoient à leur guise, il s’agit avant tout de ne pas rester isolé. « Manger seule ? Jamais ! Je suis toujours avec mes copines », s’écrie Marianne, 14 ans, scolarisée dans un petit collège de Bretagne.

Filles et garçons mangent ensemble lorsqu’ils sont petits et retrouvent ainsi leur amoureux(e) lorsqu’il ou elle est dans une autre classe. Les tables deviennent unisexes à mi-parcours de l’école élémentaire, avant de redevenir mixtes en fin de collège.

Les batailles de petits pois ou de petits suisses n’existent plus dans les réfectoires d’aujourd’hui, mais Joshua, 16 ans, dans un établissement parisien, se souvient d’un grand de Terminale qui avait balancé ses œufs mayonnaise à une fille de Troisième « qui riait trop fort ».

Car la cantine, si elle est un espace plus apaisé que la cour de récréation, demeure un lieu, comme le reste de l’école, où se jouent des rapports de forces.

Le contenu de l’assiette fait rarement l’objet de discussions. « Sauf lorsqu’on a du lapin. Car plusieurs copines ont un lapin domestique. Du coup, ça les met en colère », explique Marianne.

Autres exceptions : les repas spéciaux. Léon, 5 ans, en maternelle dans la banlieue toulousaine, décrit avec précision la bûche du repas de Noël « avec des zigzags en chantilly et un petit sapin en décoration ». Les déjeuners à thème, chinois ou américain, « suscitent l’effervescence », rigole Benjamin Rondeau.

« La cantine à la française, c’est tout le monde à la même enseigne : profs et élèves, riches et pauvres. Que ce soit la fête ou pas bon du tout, on est tous dans le même bateau. C’est ce qui me plaît », déclare-t-il.

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