Christine Delhaye : « Nous avons recensé plus de 550 démarches d’Agenda 21 scolaires en France »

Éducation

Christine Delhaye pilote le programme Éducation au développement durable au Comité 21. Cette association facilite les démarches d’Agenda 21 au niveau national, en offrant des outils et des ressources. Après la publication d’un guide méthodologique et d’un argumentaire, l’association devrait ouvrir, cette année, un site internet portail sur ces projets de développement durable avec une entrée dédiée au scolaire.

Lettre des professionnels de l’éducation : Quelle est la genèse des démarches Agenda 21 dans les établissements scolaires ?

Christine Delhaye :
Au niveau de l’Éducation nationale, il y a d’abord eu la circulaire n° 2004-110 du 8 juillet 2004 qui demandait d’introduire la notion de développement durable dans toutes les disciplines. Cette circulaire visait à généraliser une expérimentation dans 80 établissements. Il y a ensuite, après cette première phase de généralisation, une seconde circulaire, la circulaire n° 2007-077 du 29 mars 2007, qui précise les objectifs selon trois axes : former les professeurs et les autres personnels impliqués dans cette éducation à l’environnement et au développement durable, multiplier les démarches dans les établissements et les écoles et ouvrir les établissements aux partenariats. Depuis la création des Agenda 21 suite au Sommet de la Terre de Rio, le Comité 21 accompagne les territoires dans ces démarches. Avec notre expertise de plus de dix ans, nous avons adapté notre méthode aux établissements scolaires en tant que lieux de vie. Nous avons, d’ailleurs, publié un guide à leur intention.

LPE :
Quelle est la bonne démarche pour initier un Agenda 21 scolaire ?

Christine Delhaye : C’est une démarche volontaire, inscrite dans le projet d’établissement et montée en partenariat avec les collectivités locales, les associations, les institutionnels et les entreprises du territoire. C’est un projet qui s’élabore avec tous les acteurs et qui s’évalue. Il faut bien avoir cela en tête. Ensuite, il s’agit de s’adapter à l’établissement en question : le projet sera  différent si c’est en milieu rural ou urbain, s’il y a 1 500 ou 300 élèves…

Nous proposons un plan en six étapes dont certaines sont vraiment incontournables. La première concerne la mobilisation : former, informer toute la communauté scolaire aux enjeux du développement durable, à savoir le chef d’établissement, les enseignants, les personnels et agents administratifs, le bibliothécaire, les parents et pas seulement les élèves ! C’est primordial. Si personne ne comprend de quoi il s’agit, le sujet aura du mal à mobiliser. Pour cette formation, il y a de nombreuses pistes possibles : des visites de terrain, l’invitation d’experts, l’organisation d’expositions et de portes ouvertes au moyen des posters de Yann Artus Bertrand ou des affiches Deyrolle. Des outils, il en existe des tonnes, que ce soit les vidéos du ministère de l’Agriculture, les plaquettes de l’Ademe… Le CRDP d’Amiens, pôle national de compétence Éducation au développement durable, recense sur son site ces ressources agréées par l’Éducation nationale.

LPE : Mais il ne suffit pas d’être formé et informé pour s’engager…

Christine Delhaye :
Pour démarrer le projet, les établissements ont souvent tendance à sauter la seconde étape : réaliser l’état des lieux. Où en est-on, qu’a-t-on déjà fait ? Il s’agit de mobiliser la communauté scolaire, particulièrement les élèves qui enquêteront sur les enjeux : consommation de papier, de flux, empreinte écologique, jumelage, actions réalisées… C’est une étape incontournable, même s’il ne s’agit pas d’un diagnostic aussi poussé qu’un bilan énergétique, par exemple.
L’étape suivante consiste à identifier les axes de travail en s’appuyant sur les résultats de l’état des lieux : lutter contre le changement climatique, valoriser la diversité culturelle, et à lancer le plan d’action : la réalisation d’un pédibus, la mise en place d’un compost ou de récupérateurs d’eau de pluie…
Mais il ne faut pas oublier le volet social : la sécurité routière, la lutte contre la drogue… Car l’Agenda 21 comprend l’environnemental, mais englobe aussi le social, l’économique, la santé… Cela va notamment mettre l’élève en lien avec le monde économique.

LPE :
Existe-t-il des bonnes pratiques à citer en exemple ?

Christine Delhaye : Ce sont souvent les collectivités locales qui ont démarré, bien sûr en partenariat avec l’Éducation nationale.  Les collectivités gèrent les bâtiments, mais aussi les agents techniques (Atoss), la cantine, les transports scolaires… Ce sont donc souvent elles qui ont aussi lancé les démarches d’Agenda 21 scolaires. Elles accompagnent techniquement et financièrement les établissements. Très souvent, la collectivité  donne à la démarche Agenda 21  un intitulé spécifique : il y a les lycées 21 en Languedoc-Roussillon, les éco-collèges des Hauts-de-Seine, les établissements du développement durable en Haute-Normandie.
L’académie de Rouen a d’ailleurs été, pendant longtemps, la seule académie à se lancer dans ce projet et à mettre en place une plateforme d’échange avec les partenaires du territoire (agence de l’eau, associations, région, deux départements, villes…).  Cette plateforme a lancé un appel à candidatures, puis une formation/action à la méthode. Un label a été créé, puis un site web, une charte d’engagement, une rencontre annuelle… 140 établissements sont désormais concernés, de l’école primaire au lycée.
Depuis 2006, la Franche-Comté a aussi retenu 37 établissements qui travaillent en réseau avec l’aide d’outils (site internet, forum 21, lettre d’info). En Gironde, un appel à projet a débuté en 2008 : dix établissements ont reçu 3 000 euros sur deux ans (et 1 000 euros supplémentaires de l’Ademe) pour mettre en place la démarche en s’appuyant sur les associations locales. La région et la communauté urbaine de Bordeaux se sont également engagées dans la démarche.

LPE : Quels freins avez-vous identifiés ?

Christine Delhaye : Nous entendons souvent que c’est compliqué ! Mais non, il faut s’adapter au contexte et, bien sûr, mettre en place un comité de pilotage d’une douzaine de personnes avec des représentants des collectivités, de l’établissement scolaire, des parents…
Souvent, les établissements ont un fonctionnement très cloisonné. L’Agenda 21 implique une autre façon de travailler. Les enseignants, les administratifs, les parents et les institutions locales communiquent entre eux : c’est une ouverture de l’établissement sur son territoire qui s’opère. Le manque de temps est souvent invoqué par les professeurs. La mobilisation s’essouffle parfois si elle ne repose que sur quelques volontaires. Le changement des personnels de direction, les mutations peuvent casser la dynamique. La formation pose beaucoup de problèmes. Cela s’améliore tout doucement avec l’ouverture de certaines formations proposées par des associations environnementales et par l’Éducation nationale aux enseignants.
Les circulaires ont fixé des objectifs mais, dans les faits, les programmes n’ont pas encore été revus pour intégrer des références au développement durable dans toutes les disciplines. La refonte des programmes de cinquième a été réalisée pour la rentrée 2009-2010. Au Grenelle de l’environnement, il y a bien eu un groupe de travail « Éducation au développement durable pour la sphère scolaire », qui a rendu un rapport avec des propositions, mais sans applications concrètes. Dans l’Éducation nationale, il faut du temps pour changer les choses.

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